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Par Séverine Saas - Mis en ligne le 22.08.2012 à 12:33 |
Apremière vue, l’objet ressemble à une épitaphe sur laquelle on se serait contenté de graver «Akris, 1922-2012». C’est tout le contraire. Ce livre anniversaire paraîtra à la fin du mois aux Editions Assouline pour célébrer les 90 ans d’existence de la luxueuse maison suisse de prêtà-porter. Akris, un pavé à l’image de la marque: épuré et bien conçu. En bonne élève, Valerie Steele – l’influente directrice du Museum at the Fashion Institute of Technology, à New York – y a réuni témoignages, images d’archives et de défilés pour explorer l’histoire et les codes esthétiques qui ont forgé le succès mondial de la maison saint-galloise. Membre de la prestigieuse Fédération française de la couture et du prêt-à-porter, Akris défile depuis 2004 à Paris aux côtés des Chanel, Dior et autres Yves Saint Laurent. En dix ans, elle a ouvert 12 boutiques aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Depuis 2000, la marque est présente au Bon Génie de Genève, au même étage que Gucci ou Sonia Rykiel. Une idée de la modernité. Parler d’Akris, c’est raconter la saga des Kriemler. Elle commence en 1922, lorsque Alice Kriemler-Schoch ouvre un atelier de couture à Saint-Gall pour fabriquer des tabliers de ménagère. Son fils, Max, transforme ensuite l’entreprise en marque de prêtà-porter reconnue pour son savoir-faire. Mais la star, c’est le petit-fils, Albert Kriemler, à la tête des créations depuis 1980. Sous son air d’architecte timide, il a fait d’Akris une maison de mode d’envergure internationale, épaulé par Peter, son manager de frère. «Albert est l’âme d’Akris, et pour comprendre ce qui rend Akris spéciale, il faut le comprendre», écrit Valerie Steele. Ce qui différencie Albert Kriemler de ses aïeux, c’est une certaine vision de la modernité, qu’il distille à coups de maximes du type: «Les habits devraient valoriser l’apparence de la femme, pas la dominer.» A voir et à toucher. La femme Akris a donc de l’esprit et une vie à vivre. Pour elle, le créateur conçoit des pièces fonctionnelles qui traversent le temps et les tendances, «des vêtements de style plutôt que des vêtements de mode au sens étroit et éphémère du terme», observe Leyla Belkaïd, directrice du master en management du luxe de la Haute Ecole de gestion de Genève. Un minimalisme de luxe 100% Swiss made que s’arrachent les (riches) working girls américaines dans les années 80. Les clientes de la marque s’appellent aujourd’hui Angelina Jolie, princesse Charlène de Monaco, Cameron Diaz ou encore Doris Leuthard, des femmes au pouvoir sans paillettes. Prudente, la mode «spectaculairement antispectaculaire» d’Akris ne boude pas la recherche stylistique, comme le démontre Valerie Steele avec quelques collections inspirées de Félix Vallotton, Giorgio Morandi, Adolf Loos ou encore de Herzog et de Meuron. Autant de variations sur le même thème: «Des manteaux, des robes ou des vestes construits sur une base géométrique pure, essentielle, qui exploitent parfaitement le tombé, le relief et l’esthétique de l’étoffe», commente Leyla Belkaïd. Une perfection visuelle à la lisière d’un certain ennui, n’étaient le toucher haute couture des étoffes et la finesse des broderies. «Je ne peux pas travailler avec des tissus bon marché», dixit Albert Kriemler. Heureusement pour lui, Saint-Gall abrite les meilleurs spécialistes de l’industrie textile comme Forster Rohner ou Jakob Schlaepfer. C’est avec eux qu’il travaille de nouvelles textures, à moins qu’il ne se tourne vers le service de recherche et développement de tissu qu’il a créé chez Akris. Pas étonnant que la maison soit l’une des seules à avoir développé le double face, technique reliant deux épaisseurs de tissu par une couture invisible. Les transferts de photos sur robes ont aussi attiré l’attention des magazines de mode, de m ê m e qu’un magnifique travail du crin de cheval. Avec son artisanat de luxe, Akris est souvent comparée à la maison Hermès. Une analogie certes flatteuse, mais tout de même. L’understatement d’Akris a quelque chose d’irrésistiblement suisse. Son esprit d’aventure aussi: «Aller défiler à Paris, au milieu des plus grandes maisons, c’est un goût du risque qui impose le respect, estime Alexandre Fiette, conservateur des textiles au Musée d’art et d’histoire de Genève. La marque a su rester fidèle à ses convictions.» Valerie Steele ne s’y est pas trompée: les 90 ans d’Akris valaient bien un bouquin. «Akris». De Valerie Steele. Editions Assouline, 192 pages. |









