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Alain Berset: "Je crains surtout l'argent de l'UDC"

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 24.02.2010 à 12:06

CRISE. Alain Berset ne croit pas à une réforme cosmétique du gouvernement, mais beaucoup plus à la mise en place d’une cellule d’évaluation des risques, rôle que le Conseil fédéral ne peut pas jouer.

En six ans, le sénateur fribourgeois est devenu l’un des ténors du Parlement. Pour L’Hebdo, il livre son regard sur la Suisse d’aujourd’hui et sur les défis que devra affronter le Parti socialiste lors des élections fédérales de 2011.

Comment analysez-vous la crise que traverse la Suisse?

Nous sommes confrontés à une multitude de crises qui sont parfois parallèles et parfois la conséquence les unes des autres. Nous nous trouvons dans une situation beaucoup plus complexe que lors de la crise des fonds en déshérence des années 90 ou du grounding de Swissair en 2001. En 2007, beaucoup pensaient encore que rien ne pouvait nous arriver et que nous vivions dans un Sonderfall. Jusqu’au moment où Singapour est entré dans le capital d’UBS, un signal que nous n’avons pas su interpréter correctement.

Vous aussi!

C’est vrai. Mais deux mois plus tard, au printemps 2008 déjà, je réclame des mesures pour relever les fonds propres dans les grandes banques et pour éviter que certaines activités risquées ne mettent en danger les autres secteurs. On m’a ri au nez.

Vous parlez d’une cascade de crises sans précédent. Lesquelles?

En 2008 a éclaté la crise financière, suivie en 2009 de la crise de l’économie réelle, de laquelle découle une crise sociale cette année avec une forte poussée du chômage. Et je crains fort une crise de finances publiques en 2011, due à une chute des rentrées fiscales. Ce qui frappe le plus, c’est que les milieux qui ont provoqué la catastrophe, soit les «traders des banques casinos», sont les seuls à ne pas assumer les conséquences des autres crises qui ont suivi.

Mais les banquiers paient aussi les pots cassés de ces excès, surtout UBS qui a perdu la confiance de nombreux clients.

Les banquiers paient aussi, c’est vrai, mais jamais dans l’ampleur de la débâcle qu’ils ont provoquée.

Comment sortir des crises?

La vraie question à se poser est: comment faire pour que cela ne se reproduise pas? Il faut rééquilibrer les forces au profit de la politique. Il faut que la politique se renforce dans son rôle et qu’elle puisse se développer au niveau international comme l’économie l’a fait en se globalisant. On ne peut pas apporter de réponse nationale à des problèmes globaux. Par exemple, on ne résoudra de manière satisfaisante la question de l’augmentation des fonds propres que dans des forums internationaux, dont les conclusions seraient reprises par les Etats.

La sortie de crise passe-t-elle par une réforme du gouvernement?

J’ai toujours pensé que les simples ravalements de façades – comme le fait de nommer un président pour deux ans au lieu d’un – étaient vains.

Que proposez-vous, alors?

Une réforme courageuse consisterait à créer une cellule d’évaluation des risques, composée de quatre ou cinq personnes chargées d’alerter le Conseil fédéral en cas de danger de crise. Il est essentiel de bouger avant qu’il ne soit trop tard. Le Conseil fédéral fait fausse route quand il pense qu’il peut lui-même jouer le rôle de cette cellule.

Des voix, y compris dans votre parti, s’élèvent pour réclamer l’élection du Conseil fédéral par le peuple.

Ce n’est vraiment pas la solution, et j’y suis opposé. Cela pourrait alimenter un climat détestable entre les régions linguistiques du pays, de même qu’entre les centres urbains et les campagnes. L’élection du gouvernement par le peuple pourrait être praticable si nous pouvions l’accompagner d’une transparence sur le financement des partis et des campagnes politiques, ainsi que de garanties sur la répartition géographique et linguistique du gouvernement.

Et si c’était le cas?

Je n’y crois pas, car si on fixe des quotas, leurs représentants seront considérés comme des conseillers fédéraux de Ligue B. Et si on n’en fixe pas, les régions périphériques et les minorités disparaîtront du gouvernement. Je ne pense pas qu’un Conseil fédéral composé de sept industriels alémaniques passant leur temps à garantir leur réélection serait une bonne affaire pour le pays.

L’UDC dicte à nouveau l’agenda politique après avoir été déstabilisée un an par la non-réélection de Christoph Blocher en 2007. Comment se fait-il que vous soyez si impuissants face à elle?

On assiste en ce moment à un certain dérapage du système de la démocratie directe. Une initiative peut être utilisée pour résoudre un véritable problème, mais aussi à des fins électoralistes. On l’a bien vu lors de la campagne sur l’initiative exigeant d’interdire la construction de minarets. Cette initiative a tenté de résoudre un problème inexistant. En revanche, elle a généré un débat légitime sur la place de l’islam en Suisse, mais sans lui apporter la moindre ébauche de réponse.

La grande force de l’UDC est d’être à l’écoute des peurs des gens. Pourquoi le Parti socialiste n’y parvient-il pas?

C’est faux. Lorsque nous nous battons pour empêcher une diminution des rentes du 2e pilier, c’est dans l’intérêt des gens. Même chose avec la caisse unique dans l’assurance maladie, qui pourrait juguler la hausse des coûts de la santé: une famille avec deux enfants verse aujourd’hui environ 12 000 francs de primes par année, soit le double d’il y a dix ans, et perd donc beaucoup de son pouvoir d’achat. Nous sommes aussi le seul parti gouvernemental à vouloir éviter de pénaliser les jeunes au chômage. Nous sommes très en phase avec les problèmes que tout le monde rencontre. Dans tous ces domaines les partis de droite, et notamment l’UDC, défendent les assurances plutôt que la population.

Il n’en reste pas moins que vous essuyez beaucoup de défaites électorales.

On ne peut pas mener une politique à long terme qui se base sur le ressentiment et le rejet. Il faut tout miser sur l’intégration des hommes et des femmes dans la société, le marché du travail, et le monde associatif. L’intégration concerne tout le monde, pas seulement les étrangers.

Ensemble, la gauche et le PDC sont les deux seules forces à être majoritaires dans les deux Chambres. Pourquoi ne collaborez-vous pas davantage?

Nous avons tendu la main dès le printemps 2007, mais il faut être deux pour dialoguer. Nous avons fait des propositions sur l’économie, la santé, l’énergie, l’environnement, mais nous n’avons pas eu de réponse positive. Depuis 2007, je constate une perte d’orientation générale de la politique. Nous sommes passés d’un pays gouverné au centre à une Suisse où se forment des majorités à géométrie variable. Il n’y a plus de ligne claire, dans la mesure où les partis du centre n’ont pas choisi leur allié.

Craignez-vous de tomber à 15% aux élections fédérales de 2011?

Non. Je ne crains qu’une chose: que la campagne dérape sous les sommes énormes d’argent que l’UDC pourrait investir dans la campagne, sans oser dire qui la finance. Avec de l’argent, il est possible de créer un climat détestable. La Suisse demeure un des seuls pays du monde à ne pas avoir de règles sur le financement des partis et des campagnes. Je ne comprends d’ailleurs pas l’obstination du Parti libéral-radical et du PDC à refuser toute transparence à ce sujet.

Ne risquez-vous pas de perdre un de vos deux sièges au Conseil fédéral?

Non. Car le Parti socialiste est la véritable alternative à la politique bourgeoise menée par la majorité.

Et si les Verts vous contestaient un siège?

Faire de la politique, ce n’est pas seulement occuper des sièges. C’est d’abord vouloir mettre ses propres solutions en œuvre. Et je n’ai pas entendu beaucoup de propositions des Verts concernant la crise financière, la crise économique, et les grands problèmes de société.

 

PROFIL

ALAIN BERSET

1972 Naissance à Fribourg.

2000 Membre socialiste de l’Assemblée constituante fribourgeoise.

2003 Election au Conseil des Etats.

2008-2009 Président du Conseil des Etats.



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Tags: Alain Berset,

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Réaction de p-alain
le 26.02.2010 à 22:05
Depuis quelques mois,monsieur Berset, conjointement avec son frère siamois Levrat...
 



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