Il ne s’est guère exprimé publiquement jusqu’ici dans le cadre de la crise traversée par le groupe de cliniques Genolier Swiss Medical Network (GSMN).
«IL VAUT MIEUX CREVER UN ABCÈS PLUTÔT QUE LAISSER POURRIR LA SITUATION.»
Pourtant, Alain Fabarez est l’un des acteurs centraux de ce feuilleton à rebondissements. Il a d’abord été ami, puis partenaire en affaires d’Antoine Hubert, l’entrepreneur valaisan qui a repris la Clinique de Genolier en 2002 après avoir fait fortune dans l’immobilier.
Mais très vite, le vent a tourné. L’été dernier, Alain Fabarez et plusieurs autres actionnaires de GSMN ont cherché à destituer l’administrateur délégué et sa garde rapprochée. Aujourd’hui, Antoine Hubert est de nouveau en place et lance une offre publique d’achat (OPA) afin de permettre une sortie aux actionnaires mécontents.
Alain Fabarez, troisième plus important actionnaire avec un peu moins de 6% de GSMN, s’y oppose. Pour la première fois, il s’exprime longuement sur ses motivations et ses griefs dans le cadre de cette affaire.
Après la crise ouverte l’été dernier, tout le monde croyait la hache de guerre enterrée. Pourquoi êtes-vous opposé à cette OPA?
J’estime qu’il y a eu des manquements au sein du conseil d’administration de GSMN dans le cadre de la préparation du rapport relatif à l’offre. Je soutiens que cela n’a pas été fait de manière indépendante, dans le but délibéré de sous-évaluer la valeur effective des actions de la société au seul profit d’Antoine Hubert.
Je ne peux pas en dire plus car la Finma (Autorité de surveillance des marchés financiers, ndlr) doit encore se prononcer sur la validité de l’OPA qui est actuellement bloquée.
N’êtes-vous pas en train d’accentuer encore les problèmes au sein de GSMN? Le groupe a déjà fait savoir que les conflits internes ont eu un impact très négatif sur le chiffre d’affaires 2010 de la Clinique de Genolier.
Les mauvais résultats de GSMN ne datent pas de l’année dernière. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les rapports de gestion antérieurs et voir le cours de l’action, qui est passé de quelque 40 francs début 2007 à 19 francs aujourd’hui. Ce n’est pas moi qui ai généré ces résultats.
En exposant vos divergences, vous renforcez toutefois la mauvaise image du groupe…
Parfois dans la vie, il vaut mieux crever un abcès pour repartir de manière saine, plutôt que laisser pourrir une situation. En l’occurrence, je suis persuadé qu’Antoine Hubert ne fait que détruire de la valeur à la tête de GSMN. Quant au président Raymond Loretan, il s’est rangé complètement derrière Antoine Hubert.
Vous avez pourtant vous-même adhéré à un accord à la fin du mois d’août dernier qui a permis de réintégrer Raymond Loretan et Antoine Hubert, tous deux évincés lors de l’assemblée générale du 9 juin 2010.
En effet, mais Antoine Hubert a trahi sa parole une semaine plus tard, lors de l’assemblée générale du 6 septembre 2010. Au lieu d’élire les membres sur lesquels nous nous étions mis d’accord, il a fait entrer deux nouvelles personnes qui lui étaient acquises, faisant basculer le rapport de force au sein du conseil d’administration.
Il a également repris des fonctions opérationnelles, ce qu’il s’était engagé à ne plus faire. A ses côtés, Raymond Loretan n’a pas cillé. Cette conduite m’a profondément dégoûté. Les autres actionnaires de Genolier se sont également sentis trahis.
N’était-ce pas légitime de la part d’Antoine Hubert de chercher à reprendre le contrôle du groupe qu’il avait créé? Quelques mois plus tôt, ce sont lui et Raymond Loretan qui avaient fait les frais d’un putsch…
Un putsch, c’est quelque chose de scandaleux, qui se fomente de manière secrète. Ce qui s’est passé lors de l’assemblée générale du 9 juin 2010 n’était que l’aboutissement d’un processus qui a vu la majorité des actionnaires se rendre compte, petit à petit, qu’Antoine Hubert détruisait plus de valeur qu’il n’en créait. Cela n’a rien à voir avec un putsch.
Pour ma part, c’était la troisième assemblée générale consécutive où je m’opposais ouvertement à sa façon de diriger le groupe.
GSMN est né de la fusion entre le groupe Agefi, que vous avez créé, et les cliniques Genolier. A partir de quand avez-vous jugé qu’Antoine Hubert n’était pas la bonne personne pour diriger le groupe?
Très rapidement. Je le connaissais de manière amicale, mais je n’avais jamais travaillé avec lui. Lorsque j’ai commencé à entrer dans le fonctionnement du groupe, j’ai découvert avec effarement une gestion qui me paraissait dangereuse.
Je ne pouvais m’y associer, car s’il y a une chose dont je suis fier, c’est d’avoir dirigé un groupe comme L’Agefi pendant plus de vingt ans sans avoir jamais eu de condamnation ou de procès. Et je ne voulais pas en risquer un.
La justice vaudoise a annoncé qu’elle ne donnera pas suite à une plainte pour blanchiment d’argent, corruption et gestion déloyale déposée par le conseil d’administration contre Antoine Hubert l’été dernier. Le volet pénal est donc clos.
Il n’y avait plus d’accusateur, suite à un accord entre les parties. Et tout cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas des problèmes de gestion au sein du groupe. Il n’y a qu’à relire le rapport d’audit de PricewaterhouseCoopers commandé par le conseil d’administration l’été dernier, qui cloue au pilori la gestion Hubert/Loretan.
Contestez-vous la stratégie d’expansion par acquisitions poursuivie par le groupe?
Au contraire, je la soutiens. Mais celle-ci doit reposer sur une gestion saine, transparente et dynamique.
Quel est votre intérêt aujourd’hui à bloquer l’OPA? Agissez-vous par vengeance personnelle?
Je n’ai aucune animosité personnelle vis-à-vis de Raymond Loretan ou d’Antoine Hubert, qui est un homme intelligent et charismatique. Je ne fais que réagir à une OPA fondée sur des critères pour le moins critiquables. Il s’agit aussi de montrer que je serai toujours là pour défendre les autres actionnaires du groupe.
Pourquoi ne pas vendre vos actions?
A 19 francs, c’est une offre spoliatrice.
N’y a-t-il pas une part d’émotionnel là-dedans pour vous, en tant que fondateur du groupe Agefi qui a perdu le contrôle de son groupe?
Pas du tout. Je ne suis pas quelqu’un qui se retourne. Tout ce qui appartient au passé me laisse froid. Je regarde en avant et je me bats dans l’intérêt de Genolier, de ses médecins, de ses collaborateurs et de ses actionnaires.
Avez-vous encore des contacts avec Antoine Hubert et Raymond Loretan?
Je ne les ai pas rencontrés depuis la dernière assemblée générale. Nous échangeons seulement des e-mails.
Profil
ALAIN FABAREZ
1945 Né à Paris.
1978 Rejoint L’Agefi Suisse, dont il deviendra rédacteur en chef, directeur général puis propriétaire.
1999 Entrée en Bourse.
2006 Agefi Groupe rachète les cliniques Genolier, dirigées par Antoine Hubert.
2007 Raymond Loretan devient président de la nouvelle entité, AGEN Holding.
2008 Alain Fabarez claque la porte du conseil d’administration pour «divergences de vues». AGEN Holding devient GSMN.
Si vous avez raté le début
Le 9 juin 2010, le président de GSMN Raymond Loretan et le directeur général Antoine Hubert ne sont pas réélus par l’assemblée générale du groupe.
Parmi les actionnaires qui ont évincé les deux hommes figurent Alain Fabarez, Michael Schröder, Jaime Rossel et le fonds américain Lincoln Vale. Ils reprochent à l’ancien directeur ses goûts de luxe, ses frais de déplacement en hélicoptère, un style de management jugé opaque et les mauvais résultats du groupe.
Le 6 septembre 2010, suite à plusieurs rebondissements durant l’été, les protagonistes signent «la paix des braves». Raymond Loretan et Antoine Hubert sont réintégrés. La crise est officiellement terminée.
Le 20 janvier 2011, GSMN annonce qu’Antoine Hubert, allié à l’industriel français Michel Reybier au sein d’une nouvelle société appelée Medical Research, Services & Investments (MRSI), lance une offre publique d’achat (OPA) sur le groupe. Il s’agit d’une formalité puisque les deux hommes détiennent ensemble déjà quelque 55% du capital. Le prix offert est de 19 francs par action.
Le 22 mars 2011, la Finma annonce que deux actionnaires de GSMN, Michael Schröder et Alain Fabarez, ont recouru contre la décision de la Commission des OPA (COPA) constatant que l’OPA est conforme à la loi. Ce recours est actuellement en train d’être examiné et bloque l’OPA.
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