Le 21 mars, Alain Riedo a serré un nombre incalculable de mains. Des mains rugueuses d’industriels, comme des mains lisses de banquiers et de politiciens.
Directeur de la Chambre de commerce de Fribourg, il organisait au Pâquier-Montbarry le traditionnel Apéritif de printemps de l’économie régionale. Cette année, quelque 850 personnes, patrons d’entreprise surtout, ont pris part au plus grand raout de réseautage que connaît le canton.
Seize mois après son entrée en fonctions, Alain Riedo s’est ainsi reconverti à l’échelle locale des affaires. Il a beau représenter avant tout des entreprises exportatrices, il travaille essentiellement depuis son bureau de Fribourg. Loin des aéroports qu’il a trop fréquentés pendant ses années à la tête du fabricant de condensateurs électriques Maxwell.
Son passé de patron, sa carrure internationale, c’est pourtant ce qui lui vaut le crédit dont il jouit auprès des membres de la Chambre. Alain Riedo n’est pas qu’un administrateur, c’est un industriel.
Celui qui a débuté par un apprentissage d’électromécanicien a fini par diriger Montena Components, à Rossens. Une société en difficulté, qu’il a sauvée en la mariant à son concurrent américain Maxwell Technologies. Mais, à 54 ans, le Gruérien préfère désormais s’activer pour l’économie de son canton.
Ses refuges
SA FAMILLE

En premier lieu sa compagne Fabienne, ainsi que les enfants de celle-ci, Simon et Emmanuelle. Lâcher un job qui exige de sillonner le monde pour se recentrer sur Fribourg, il l’a fait en grande partie pour passer plus de temps avec eux.
LA MONTAGNE

Peau de phoque, randonnée, parapente: Alain Riedo aime tout ce qu’offre la montagne. Une passion qui l’a soudé avec beaucoup d’amis et de dirigeants fribourgeois. «A travers la haute montagne, on peut se rendre compte de la valeur de chacun», pose-t-il. Dès qu’il a quelques heures, Alain Riedo s’évade sur les flancs de la Hochmatt, qui domine sa maison de Charmey.
Ses compagnons de route
CHARLES PHILLOT

C’est la présence du patron de Frewitt à la présidence de la Chambre de commerce qui a convaincu Alain Riedo d’en prendre la direction. Amis, les deux hommes se connaissent depuis plus de vingt ans.
«En 1988, il m’avait déjà convaincu de changer de poste pour rejoindre la société qu’il dirigeait alors», raconte Alain Riedo. Depuis, ils ont arpenté les sommets ensemble, faisant équipe dans la mythique Patrouille des glaciers.
FRITZ HUNZIKER

Il y a dix ans, Montena était un fournisseur de l’argovien Pfiffner, société d’électrotechnique dont les ventes atteignent 80 millions de francs. Au fil des affaires, Fritz Hunziker, son directeur, et Alain Riedo se sont liés d’amitié.
Si bien que le premier a demandé au second de siéger dans son conseil d’administration. «Il nous fait profiter de son expérience internationale et de sa connaissance du milieu», apprécie Fritz Hunziker.
Ses inspirations
JEAN-PASCAL DELAMURAZ

«Je l’ai toujours admiré», se souvient Alain Riedo à propos de l’ancien conseiller fédéral. «Je l’ai rencontré en 1996. Nous étions en pleine crise et il avait décidé de visiter six entreprises suisses en bonne santé. Il est venu chez nous et, comme nous nous sommes bien entendus, il m’a emmené avec lui pour voir les autres sociétés.
A la fin de la journée, alors que tout le monde était déjà parti, il est monté dans un hélicoptère en me lançant “Tchô Riedo”. Moi je suis resté planté tout seul au milieu de la Suisse alémanique. J’étais conquis.»
PERCY BARNEVIK

Le Suédois, ex-patron d’ABB, a restructuré le groupe d’ingénierie dans les années 90. «A l’époque, ABB était mon plus gros client et la façon dont Percy Barnevik a réorganisé l’entreprise, en intégrant verticalement toutes les unités de la chaîne de production, m’a plu. J’ai repris ce modèle pour l’entreprise que je dirigeais», se souvient Alain Riedo.
Ses relais économiques
PASCAL GENTINETTA

Le directeur d’Economiesuisse se déplace volontiers à Fribourg, pour parler des enjeux de l’économie nationale avec des chefs d’entreprise locaux, constate Alain Riedo. «Cela nous donne une vision plus large de la situation et nous évite aussi de rester cloisonnés dans notre petit univers fribourgeois.»
ALBERT MICHEL

«Il est essentiel, pour la Chambre, d’avoir de très bonnes relations avec le directeur de la Banque cantonale de Fribourg. Et là, nous avons vraiment la même volonté de pousser la région vers l’avant», indique Alain Riedo.
THIERRY MAURON

Le futur patron du groupe de presse Saint-Paul a longtemps dirigé la promotion économique fribourgeoise. C’est dans ce contexte qu’il a côtoyé Alain Riedo.
«Il s’est engagé sur des dossiers importants, comme l’amélioration des relations entre les hautes écoles et l’économie, ou la politique d’innovation, notamment à travers sa présidence du pôle scientifique et technologique du canton», pose Thierry Mauron.
BERNARD SOTTAS

«C’est quelqu’un d’actif, qui prend les choses en main. Tout le contraire d’un fonctionnaire, au sens péjoratif du terme», lance le fondateur de l’entreprise de construction métallique Sottas, à Bulle.
Ses relais politiques
BEAT VONLANTHEN

Le conseiller d’Etat en charge de l’Economie fribourgeoise et la Chambre de commerce sont sur la même longueur d’onde. Une paix des ménages qui a longtemps fait défaut dans le canton.
JEAN-FRANÇOIS RIME

«J’apprécie qu’il ait de la pratique industrielle, il comprend de quoi les entrepreneurs ont besoin», note le conseiller national (UDC/FR) et patron de la scierie Despond, à Bulle.
Un compliment renvoyé par Alain Riedo. «Je ne suis pas forcément d’accord avec les idées de l’UDC, mais Jean-François Rime est l’un des politiciens qui s’engagent le plus pour l’économie. Il est un relais important au niveau fédéral.»
JACQUES BOURGEOIS

Le conseiller national (PLR/FR) est un «pragmatique qui sait de quoi il parle, notamment sur la question de l’approvisionnement énergétique», loue Alain Riedo.
«Nous avons des contacts réguliers, durant lesquels il me fait part des problèmes concrets auxquels font face les entreprises. Moi, j’intègre ces éléments aux discussions de la Commission de l’environnement, de l’aménagement et de l’énergie du Conseil national que je préside», détaille le politicien.
Ses adversaires
CHRISTIAN LEVRAT

Alain Riedo n’aime pas ce que représente le président du Parti socialiste: «Un syndicalisme dogmatique, qui ignore la réalité des patrons.» Une inimitié a priori, que cet autre Fribourgeois lui rend bien.
«Je n’ai pas souvenir d’avoir parlé à ce monsieur. Mais la Chambre de commerce est un haut lieu de la pensée néolibérale, dont l’influence est très faible. Prenez la récente initiative pour des impôts équitables, ou la révision de la loi sur le chômage: au niveau cantonal, le peuple a désavoué la Chambre.»
LE PDC DE LA VILLE DE FRIBOURG
Aux côtés du canton, la Chambre de commerce milite pour la création d’un parc scientifique sur le site de la future exbrasserie Cardinal, en plein Fribourg. Mais le PDC de la ville y verrait mieux des appartements de luxe et menace de lancer un référendum pour torpiller le projet. «Un manque de vision», tonne le patron des patrons.
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