En 1992, Albert Michel s’apprêtait à partir à New York pour le compte d’UBS, quand il a été abordé par la Banque de l’Etat de Fribourg pour en prendre les rênes – elle deviendra la Banque cantonale de Fribourg (BCF) en 1996. «C’était risqué. L’institution dormait», confie un observateur. Or depuis 1993 et l’arrivée du capitaine Albert Michel à la barre de ce gros navire régional, les records tombent chaque année. Et 2009 a été du même tonneau que les précédentes. Pour la 16e fois, consécutivement, la banque a encore affiché une progression annuelle de ses performances et elle a gagné au passage plus de 11 000 nouveaux clients, comme elle l’a annoncé à la fin janvier. Résultat: le bilan a pratiquement doublé depuis dix-sept ans pour atteindre 12,5 milliards de francs à la fin 2009 et le bénéfice net est passé de 16,4 millions à 94,5 millions de francs. Bref: la BCF est affaire qui roule et elle fait désormais partie des grandes banques de Suisse. Mieux même, l’établissement a été honoré à plusieurs reprises: meilleure banque retail de Suisse en 2005, selon une étude réalisée par Accenture et l’Université de Saint-Gall. Le magazine Bilan a classé la BCF trois années de suite première banque du pays… «Depuis 1990, la BCF, qui emploie 476 collaborateurs, a versé 300 millions de francs au canton», se réjouit Albert Michel. «Nos fonds propres ont progressé de 775 millions pour atteindre 1,104 milliard de francs.» Un bilan qui fait des jaloux jusqu’à la Bahnhofstrasse, dit-on.
SES ALLIÉS
JEAN-FRANÇOIS RIME Radical dans l’âme et la manière, Albert Michel entretient de très bonnes relations avec l’ensemble du Conseil d’Etat fribourgeois et des représentants fribourgeois à Berne, affirme-t-il. Pas de jaloux donc. «Je travaille avec eux. Dans l’ensemble, ils font du très bon boulot.» Il avoue tout de même avoir un faible pour Jean-François Rime, ancien radical reconverti en UDC: «En tant qu’entrepreneur, il sait de quoi il parle quand il s’exprime sur l’économie.»
GRUYÈRE CONNEXION Albert Michel s’est appuyé sur la Gruyère quand il est revenu dans le canton de Fribourg après une quinzaine d’années à parcourir la Suisse et le monde pour le compte d’UBS. Ses alliés dans le domaine: Louis Ruffieux, rédacteur en chef de La Liberté, Maurice Ropraz, préfet radical de la Gruyère et Christian Castella, patron de la Fédération patronale du Sud fribourgeois qui constate: «Albert est un homme d’une brillante vivacité d’esprit et d’une redoutable efficacité.»
LES CLUBS SERVICES Membre du Rotary, du Guillon, des Anysetiers, du Prosper Montagné, des confréries de la Chaîne des rôtisseurs et de la Commanderie de Bordeaux, il est également sénateur de la Jeune chambre économique.
JEAN-DANIEL PAPILLOUD Albert Michel est proche de Jean-Daniel Papilloud, directeur de la Banque cantonale du Valais: «On se parle régulièrement. Nous travaillons sur des marchés comparables. Et puis, nous sommes aussi les deux plus anciens directeurs en fonction d’une banque cantonale.»
SES REFUGES
SA TRIBU Albert Michel a six enfants et deux petits-fils, Lucien et Charles: Steve, banquier comme lui, Céline, administratrice d’une discothèque à Bulle, Laetitia, sage-femme, Christel, avocate stagiaire, Christopher, qui va partir pour un an en voyage d’étude aux USA, et Alexander, gymnasien. «C’est ma tribu. Nous sommes très proches.»
LA GRUYÈRE Veveysan d’origine, l’homme aime la Gruyère où il vit avec sa compagne Corinne, naturopathe. «J’ai une maison au bord du lac. C’est une région où je me ressource.» Il y a atterri voilà une vingtaine d’années alors qu’il travaillait encore pour UBS. Une période mouvementée. «J’avais déménagé 15 fois en 19 ans.»
SES CONCURRENTS
LA BCV La Banque cantonale vaudoise de Pascal Kiener est venue réaliser quelques affaires dans le pré carré de la BCF: notamment le cinéma multiplexe au centre de Fribourg et la rénovation de l’arsenal de Bulle. «C’est le jeu de la concurrence, tout dépend aussi de la façon dont on apprécie les risques…», remarque Albert Michel tout en avouant que la BCF ne se gêne pas pour aller brouter sur d’autres pâturages.
RAIFFEISEN «Les Raiffeisen sont actives comme nous sur le terrain immobilier. Bien sûr, ce sont des concurrentes. Mais nous offrons d’autres services qu’elles.»
SES PARIS
COMPTOIR GRUÉRIEN On lui a dit, «c’est impossible». Albert Michel l’a fait: créer de A à Zun comptoir à Bulle en quelques mois. Et depuis sa première édition en 1987, la foire triennale de la Gruyère s’est hissée dans la cour des grandes de Suisse romande avec plus de 130 000 visiteurs. «Les gens m’ont traité de fou à l’époque. Ils pensaient que mettre sur pied ce comptoir en neuf mois était voué à l’échec», se souvient celui qui n’était que directeur adjoint de la succursale bulloise d’UBS. «Il fallait s’entourer de personnes compétentes et surtout oser. Quand on a le feu, on peut réaliser des exploits.» Depuis, le comptoir a reçu de nombreux prix dans le cadre des Jeunes chambres économiques. Une fierté qu’il partage avec Denis Galley directeur du dernier comptoir gruérien et directeur de la division marché de la BCF.
RETRAITE Albert Michel fêtera le 11 novembre ses 62 ans. L’âge de la retraite pour les cadres de la Banque cantonale de Fribourg (BCF). Et pour son patron depuis 17 ans? «Ça va se décider cette année, répond-il. On pourrait imaginer que je prolonge mon contrat d’un ou deux ans. Mais je pourrais aussi changer de voie. J’ai reçu des offres intéressantes. J’ai aussi des envies de grands voyages.» Ce qu’il y a de certain, c’est que sa succession à la tête de la BCF occupe déjà les esprits dans le canton de Fribourg. Normal: le directeur de la BCF est considéré comme le huitième conseiller d’Etat fribourgeois.
SES INSPIRATIONS
NICOLAS HAYEK En plus de la trentaine de sociétés dont il est membre, Albert Michel concentre une partie de son énergie sur des projets novateurs. Il fait notamment partie du CA de Swiss Hydrogen Power SA, société qui devrait produire des électrolyseurs et qui devrait s’établir à Fribourg. Cette société fait partie de la holding Belenos Clean Power SA fondée par Nicolas Hayek. «Hayek est un créateur qui ose et qui réalise. En séance de conseil, sa présence est déterminante: il fait preuve d’une grande capacité d’analyse et de synthèse.»
JEAN-CLAUDE BIVER «Le directeur général des montres Hublot est un gagnant et un visionnaire. Il ne vend pas un produit, il vend une philosophie. Quand il dit qu’il faut rêver de jour, j’abonde. Il faut être positif dans la vie. Je dis toujours qu’il faut tirer les leçons de ses erreurs mais, surtout, concentrer son énergie sur l’avenir.»
ERHARD LORETAN Footeux durant quarante ans, cycliste, amateur de ski-alpinisme (il a participé à l’avant-dernière Patrouille des glaciers), Albert Michel est impressionné par l’alpiniste Erhard Loretan. «J’aime bien ces gars qui se fixent des objectifs hors du commun. Il faut aussi de la chance. Un jour, Loretan m’a dit qu’une voix l’accompagne, le guide dans les montagnes.» Dieu? Albert Michel sourit.
| Blaise Goetschin (Directeurs des banques cantonales) | | |
| Jean-Noël Duc (Directeurs des banques cantonales) | | |
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