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Alcoolisme: Vaud fait sa révolution avec fracas

Par Tasha Rumley - Mis en ligne le 29.07.2009 à 10:31

DÉPENDANCES. La Fondation des Oliviers prend un virage à 180° sur la manière de traiter les alcooliques. Imposée par le canton, cette réorganisation crée l’émoi, entraîne des démissions et le licenciement d’un couple de cadres présent depuis 30 ans.

Les Oliviers, c’étaient eux. Depuis 35 et 33 ans, Catherine et Philippe Jaquet incarnaient la Fondation du Mont-sur-Lausanne, qui traite les alcooliques et les toxicomanes par l’abstinence totale.
Le 23 juillet, le couple a été licencié. Cela faisait trois semaines que les tensions étaient à leur comble. A la fin juin, le conseil de fondation avait décidé que le changement de cap de la maison, qui se préparait depuis deux ans, se ferait bel et bien. En larmes, Catherine Jaquet – cheffe des traitements et de la formation – avait annoncé à son équipe qu’elle et son mari étaient «finis». Otages du conflit entre le couple d’un côté, et le conseil de fondation, le canton de Vaud et les alcoologues du CHUV de l’autre, les 115 employés travaillent, depuis, dans un climat de deuil. Deux proches collaborateurs des Jaquet ont déjà démissionné. Par e-mail, tous se sont vu interdire de parler à la presse. Au cours de son enquête, L’Hebdo n’a eu accès qu’au directeur adjoint pédagogique Philippe Jaquet et de façon limitée: le directeur des Oliviers Pascal Demaurex a tenu à assister à tous les entretiens.
Pourquoi tant de tensions? Durant des décennies, les Jaquet ont donné le «la» dans le milieu des dépendances. Dans les années 70, à une époque où l’alcoolisme n’intéressait ni la médecine ni les politiques, ce sont eux qui ont créé – avec le fondateur des Oliviers Daniel Quartier – un premier accueil des dépendants. La fondation s’est développée jusqu’à posséder trois sites dans la région lausannoise et accueille aujourd’hui plus d’une centaine de résidents par an.
Privée mais subventionnée par l’Office fédéral des assurances sociales et par le canton de Vaud, l’institution a tracé sa propre route. Grâce à une formation interne des employés, la maison a développé sa propre philosophie, déclarée d’inspiration chrétienne, à laquelle les usagers se soumettent via une charte rigoureuse.
Ce régime autarcique a été violemment ébranlé le 1er janvier 2008. La nouvelle péréquation financière a fait de l’Etat de Vaud le premier bailleur de fonds, alors que la Confédération se retirait. Devenu maître du portemonnaie, le canton a saisi l’occasion d’ordonner l’éclectique paysage alcoologique vaudois. Les résidences - les Oliviers, Estérelle-Arcadie, l’Epi – et les associations – Fondation vaudoise contre l’alcoolisme (FVA), centre de traitement en alcoologie (CTA) – devraient dorénavant agir en bonne intelligence et se répartir les tâches. Le système EVITA a été mis sur pied: il centralise les admissions, pose un diagnostic médical et social et dirige le malade vers l’institution appropriée. A terme, il vise à favoriser l’ambulatoire par rapport au résidentiel, tout aussi efficace selon les études récentes, mais moins cher.
Cette coordination exigeait d’établir une ligne commune à tous. Or, comme pour la toxicomanie, la ligne choisie s’inscrit dans une logique de souplesse, opposée à celle, intransigeante, des Jaquet.
 
Une alternative à l’abstinence. Dans le canton de Vaud, c’est désormais le professeur Jean-Bernard Daeppen qui fait référence. C’est à lui qu’a été offerte la première chaire d’alcoologie de Suisse, au CHUV en 2007, et il conseille Pierre-Yves Maillard sur ces questions. En octobre dernier, les services du conseiller d’Etat lui ont demandé une analyse des besoins et de l’offre. Verdict: certaines prestations sont surreprésentées, d’autres inexistantes. Le bas seuil, par exemple. «Il s’agit de personnes qui ont de graves répercussions de leur consommation d’alcool et qui n’envisagent pas une démarche d’abstinence», explique le docteur Didier Berdoz, proche collègue de Jean-Bernard Daeppen au CTA et membre du conseil de fondation des Oliviers. Le bas seuil propose de traiter les alcooliques avec des exigences modérées, en correspondance avec leur affaiblissement psychique et physique, et autorise une consommation d’alcool contrôlée. Ce serait aux Oliviers de le mettre sur pied.
Or, le bas seuil se trouve aux antipodes de la pratique de l’institution. Ses programmes actuels font de l’abstinence un impératif, considérée comme l’unique moyen de retrouver une qualité de vie et contrôlée via l’urine. Efficace pour certains dépendants, estiment les médecins du CTA, mais l’abstinence délaisse les plus faibles: aux Oliviers, environ 50% des dépendants rechutent ou abandonnent, selon le directeur Pascal Demaurex.
«Depuis plusieurs années, des milliers de chercheurs étudient l’alcoolisme, dit Jean-Bernard Daeppen. Aujourd’hui, on a bien plus de preuves scientifiques qu’il y a 30 ans, lorsque la recherche en était à ses balbutiements. Les études montrent que la consommation contrôlée peut être une meilleure alternative à l’abstinence dans certains cas.»
C’est un combat entre praticiens et scientifiques qui se joue. Après des décennies de presque monopole des éducateurs sur l’alcoolisme, on assiste à une médicalisation des traitements. Aux Oliviers, la restructuration devrait mener à engager des médecins et des psychologues pour suivre les usagers au quotidien.
 
Méthodes musclées. Les points de friction ne touchent pas que les traitements. Ce sont également les méthodes musclées des Oliviers qui devraient disparaître. Par exemple, du dimanche soir au vendredi soir, les usagers se font confisquer leur téléphone portable. «C’est pour qu’ils restent concentrés sur leur traitement, assure Philippe Jaquet. Mais aussi pour éviter que les dealers ne les tentent par SMS, car certains venaient la nuit sur notre parking.» Or, cette mesure protectrice les entrave aussi dans les liens avec leurs proches, même s’ils peuvent utiliser le téléphone public de la maison. Plus surprenante encore est l’interdiction qui leur est faite d’entamer une relation amoureuse pendant la cure, qui dure six mois. «Car ils ne feraient que remplacer une addiction par une autre, émotionnelle, prévient Philippe Jaquet. Nous leur conseillons de commencer par s’occuper d’une plante. Si elle ne meurt pas après un an, ils peuvent adopter un animal. S’il survit également un an, le dépendant peut songer à une relation amoureuse.» A l’Etat de Vaud, Françoise Jaques, cheffe du Service de prévoyance et d’aide sociales, semble découvrir cet interdit: «Au-delà des raisons qui pourraient le justifier, il porte atteinte aux droits fondamentaux», s’étonne-t-elle.
La chute des Jaquet n’était pas inéluctable. A la fin juin, Jean-Bernard Daeppen a rencontré Catherine Jaquet et dit l’avoir encouragée à prendre part aux changements, mais elle aurait refusé. Aujourd’hui, tous les employés des Oliviers marchent sur des œufs, par crainte que d’autres têtes tombent. Quant aux programmes, l’institution les modifiera progressivement, ce qui pourrait prendre deux ans. Il est même question de changer de locaux, afin de séparer les hauts et les bas seuils. Car peu importe la doctrine: impossible, pour un abstinent, d’être confronté aux effluves d’un congénère qui consomme.





Tags: actuels, suisse, alcoolisme, Fondation des Oliviers,

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Réaction de Chris
le 26.07.2011 à 20:08
Hélas, une fois de plus je constate que nous vivons...
 
Réaction de abstinant
le 07.09.2009 à 21:48
J'ai fais les oliviers il y a 2 ans et...
 
Réaction de Crésus
le 28.08.2009 à 23:09
Le professeur jamais cité, comme le dit Victor, va un...
 
Réaction de Fabien
le 28.08.2009 à 22:17
Allons-nous sortir de notre déni et arrêter de se battre...
 
Réaction de Victor
le 28.08.2009 à 21:58
Une politique sociale définie par l'état et conseiller par un...
 
Réaction de martine
le 28.08.2009 à 19:33
je m'adresse à Philoup, Merci pour vos commentaires éclairés et sans...
 
Réaction de philoup
le 27.08.2009 à 19:39
Il est probant que l'article qui nous est donné de...
 
Réaction de fanny
le 19.08.2009 à 23:29
3 messages à adresser, le 1er à Sylvie.Si c'est bien à...
 
Réaction de rubeckia
le 19.08.2009 à 15:22
Quelle tristesse et quelle revolte pour moi d'apprendre la nouvelle....
 
Réaction de sylvie
le 18.08.2009 à 20:46
Je suis effondrée de constater une fois de plus que...
 
Réaction de Paulo0869
le 17.08.2009 à 09:58
Ecrit et Envoyé le 05.08.2009 Madame Tasha Rumley, L’article paru dans l’Hebdo...
 
Réaction de Sigi
le 16.08.2009 à 09:01
Très chère Martine, Lorsque j'écris mon premier jet ... vous devez...
 
Réaction de martine
le 14.08.2009 à 19:47
Monsieur SIGI...votre parcours n'est pas si différent des autres.Lorsque l'on...
 
Réaction de Pierre Sigi
le 14.08.2009 à 09:33
Chers Lecteurs, MM Daeppen et Maillard ... Quelle tristesse, désespoir même...
 
Réaction de laurence
le 09.08.2009 à 14:07
Je ne suis pas trés étonnée de cette nouvelle, j'ai...
 
Réaction de Charles
le 07.08.2009 à 03:21
Le conseil de l'Europe a édité une résolution "relative à...
 
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le 06.08.2009 à 19:38
Tout d'abord, M.professionnel.Votre réaction est exacte jusqu'au moment ou, je...
 
Réaction de Léonard
le 06.08.2009 à 17:05
Réagir aux allégations stupides (lausannoise), c'est inutile. Par contre cela...
 
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le 06.08.2009 à 15:20
Chère Lausannoise, Connaissez-vous vraiment bien ce couple, qui n'a cessé...
 
Réaction de Fanny
le 05.08.2009 à 20:06
J'ai fréquenté les Oliviers durant env.9 mois.Sans grand succès mais...
 
Réaction de lausannoise
le 05.08.2009 à 07:17
je trouve cette nouvelle formule très bien. c'est regrettable que...
 
Réaction de martine
le 05.08.2009 à 00:13
Au retour d'une réunion appelée "Colombe", je découvre ce texte,...
 
Réaction de Sandra
le 03.08.2009 à 21:38
J'ai appris la nouvelle aujourd'hui et je suis sous le...
 
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le 30.07.2009 à 23:13
Entre l'infini de l'univers et la connaissance de soi-même,...
 



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