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MUSICIEN Alexandre Desplat compose des musiques de films.
François Guillot / AFP Photo

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Festival
Alexandre Desplat mène la musique à Genève

Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 27.10.2010 à 15:37

Invité d’honneur de Tous écrans, le compositeur français que Hollywood s’arrache propose une carte blanche et anime une master class. Il évoque son métier, sa passion.

La master class qu’Alexandre Desplat donne à Cinéma tous écrans s’intitule Compositeur: 3e auteur. Le musicien est très attaché à cette notion. Pour des raisons prosaïques car, avec le réalisateur et le scénariste, le compositeur touche des droits d’auteur sur un film.

Mais aussi parce que le statut de compositeur pour le cinéma n’est plus ce qu’il était à la grande époque de Maurice Jarre, Michel Legrand ou Georges Delerue, les prestigieux précurseurs. Le cinéma commercial a balayé la notion d’auteur et nombre de musiques de films se sont uniformisées.

«J’aime les compositeurs qui on de la personnalité. Ennio Morricone, Nino Rota, Bernard Herrmann ou, plus récemment, Danny Elfman ont leur identité, leur saveur singulière. On n’arrive pas à imaginer les films de Sergio Leone, Fellini, Hitchcock ou Tim Burton sans leurs couleurs.»

Alexandre Desplat n’a jamais voulu écrire pour le concert ou l’opéra. Adolescent passionné de cinéma, il s’est rendu compte du rôle fondamental de la musique de film, et aussi de son potentiel, puisqu’elle permet d’intégrer des instruments de jazz à l’orchestre symphonique. A 49 ans, il est un des compositeurs les plus sollicités par le cinéma. Extrêmement actif à Hollywood, il vit toujours en France, biotope de la Nouvelle Vague.

Mélodieuses, brillantes et soyeuses, subtiles même dans les fortissimo, ses partitions ont déjà rehaussé quelque 70 longs métrages, sur le Vieux Continent (Quand j’étais chanteur, Coco avant Chanel, L’armée du crime, tous les films de Jacques Audiard...) comme aux Etats-Unis (Lust, Caution, d’Ang Lee, The Ghost Writer, de Polanski, Twi-light: New Moon, L’étrange cas de Benjamin Button, Harry Potter and the Deathly Hallows...).

Amplifier l’image. Le travail avec les réalisateurs est très varié. Certains ont une idée plutôt arrêtée, d’autres attendent du compositeur qu’il les déstabilise, trouve des couleurs, des rythmes, révèle des émotions. «La musique agit comme un révélateur. Elle fait réfléchir à la psychologie, aux personnages. Elle amplifie l’image.» Il faut rester humble: «Une idée géniale peut ne pas tenir le coup. C’est le film qui décide. Il doit y avoir une solidarité, une harmonie entre le son et l’image.»

Alexandre Desplat récuse la vieille boutade selon laquelle une bonne musique de film est une musique qu’on ne remarque pas. «C’est idiot. Un bon acteur, une bonne photographie, ça se remarque. Je n’aime pas la musique de film grise, banale, manquant de personnalité.

Elle doit s’intégrer tout en brillant.» Et lorsqu’elle se fait assourdissante, soulignant de rugissements de trombones des explosions déjà assourdissantes? «Le cinéma a inventé des codes auxquels il est difficile de se soustraire. Si cela fait partie du genre, cela ne me dérange pas qu’il y ait de la musique sur les explosions et les hélicoptères.»

«Divine féminin.» La musique de film peut-elle s’écouter sans les images? Absolument, répond Alexandre Desplat: «C’est le but et la difficulté de l’exercice. Comme l’architecture, la musique de film doit équilibrer fonction et fiction.» Il y a dans ces musiques «une telle dose de beauté», que le compositeur transcrit les grandes partitions symphoniques pour le Traffic Quintet de sa femme, la violoniste Dominique Lemonnier.

A Genève, l’ensemble présente Divine féminin, drame musical en 4 actes qui, accompagné par les vidéos d’Ange Leccia et basé sur le mythe de Médée, «décline toutes les Médée modernes, femmes sacrificielles et sacrificatrices», soit la Callas, Camille Claudel, Virginia Woolf et leurs avatars sur écran – Nicole Kidman, Isabelle Adjani, Ingrid Bergman...

Divine féminin. Genève. Uptown, salle Broadway. Me 3, 20 h 30. www.trafficquintet.com
Master class Alexandre Desplat. Genève. Uptown, salle Broadway. Je 4, 16 h 30. masterclass@cinema-tous-ecrans


Audiovisuel

Tous les écrans mènent à Genève

Lancé au mitan des années 90 dans le contexte du Festival Stars de demain, Tout Ecran se fondait sur une idée provocatrice, presque scandaleuse à l’époque, selon laquelle le noble cinéma et la vilaine télévision participaient d’une même dynamique. Il s’agissait de favoriser le dialogue entre les frères ennemis. Depuis, le couple s’est officialisé, car tous les films sont coproduits par la télé et, barbotant dans la médiocrité, le festival ne rayonnait plus guère au-delà de Plainpalais.

La manifestation genevoise saisit sa seconde chance, fait peau neuve sous l’impulsion d’une nouvelle directrice, Claudia Durgnat. Formée à l’école du Montreux Jazz Festival, cette Aiglonne rayonnante a longtemps vécu aux Etats-Unis où elle a créé le Festival des cinq sens. Elle a aussi dirigé le Festival du film français de Los Angeles et la première édition du Middle East International Film Festival d’Abu Dhabi.

Forte de ces expériences internationales, elle est prête à relever le «magnifique défi» de cette 16e édition au cours de laquelle Cinéma tous écrans devrait retrouver son lustre perdu.

Un plan de relance du festival sur trois ans a été élaboré. Cette année, l’accent a été mis sur l’accueil, l’identité et l’architecture. Le chic complexe Uptown, derrière la gare, remplace la tente venteuse devant le Grütli. Le festival se standardise aux normes internationales.

Un logo malin enchâssant trois écrans pour dessiner un œil fait son apparition. Et la qualité des projections, qui a souvent laissé à désirer par le passé, sera désormais irréprochable. En 2011, la programmation et les thèmes transversaux seront développés. En 2012 Cinéma tous écrans assiéra définitivement son statut international.

En 1995, il existait deux formats d’écrans. Aujourd’hui, du multiplex au téléphone portable, ils sont innombrables. Tous écrans témoigne de cette prolifération en présentant des produits audiovisuels de tous formats: longs et courts métrages suisses et internationaux, séries TV (dont la première de 10, un produit TSR fort attendu), des web séries, des fictions interactives, une journée (ve 5) consacrée au «storytelling interactif», sans oublier les Touching Stories sur iPad et même un concours de films sur téléphones mobiles...

Cinéma tous écrans. Festival international du film. Genève. Du lundi 1er au di 7 novembre. www.cinema-tous-ecrans.com

Lire également l'article: Comment la télé et le cinéma se dopent au transmédia





Tags: Alexandre Desplat, Tous écrans, musique de film,

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