L'Hebdo;
2003-09-18 Alinghi sur l'écume des jours nouveaux Revanche Dans la baie de San Francisco, la Moët Cup lance la campagne pour la Coupe de l'America 2007. Le team «Oracle» reçoit celui d'«Alinghi».
Revanche Dans la baie de San Francisco, la Moët Cup lance la campagne pour la Coupe de l'America 2007. Le team «Oracle» reçoit celui d'«Alinghi». François Egger décode ce défi.
Le désir l'habite depuis plus de cinq mois. Un désir obsessionnel, une volonté obstinée d'effacer un souvenir insupportable qui le ronge depuis la fin de la Coupe Louis Vuitton. «Il n'existe pour moi et mon équipe qu'un seul objectif au monde: battre Alinghi au mois de septembre», a même récemment déclaré Chris Dickson sur le site internet d'Oracle. Le skipper du syndicat californien veut prendre sa revanche face à Alinghi et gommer la double défaite indigeste que lui a infligée Russell Coutts lors de la dernière Coupe de l'America.
Pour arriver à ses fins, Dickson s'est donné tous les moyens. Six jours sur sept depuis plus d'un mois, le Néo-zélandais navigue dans la baie de San Francisco, entre le prestigieux Golden Gate Bridge et la mythique île d'Alcatraz. Les sorties d'entraînement à deux bateaux n'ont rien d'une balade de plaisance pour touristes émerveillés. Avec sa légendaire main de fer, il prépare méticuleusement ses équipiers à l'affrontement en disséquant les subtilités du match racing et des vents californiens.
Devant la détermination américaine, Alinghi semble accorder moins d'importance à l'enjeu sportif de l'événement. Les marins ont commencé leur préparation il y a une dizaine de jours avec un bateau qui n'a pas été modifié depuis ses dernières navigations en eau pacifique. «Nous avons pris un peu de retard dans notre préparation», reconnaît Bernard Schopfer, chef de presse du Défi suisse. «Tout est une question de proportions. Venir à San Francisco avec une équipe de cinquante personnes coûte cher. Nous n'avons pas jugé nécessaire de nous déplacer deux mois avant le début de la compétition.»
Nouveaux enjeux Pour Bruno Troublé, responsable de la communication de la Moët Cup, l'enjeu des régates est plus psychologique que sportif. «Si Oracle gagne, cela permettra de montrer aux autres équipes en préparation pour la prochaine Coupe qu'Alinghi est battable.»
La revanche entre Alinghi et Oracle donne donc surtout l'opportunité aux équipes et aux sponsors de se retrouver et de communiquer, après une parenthèse de près de six mois. Elle permet aussi de développer la médiatisation de la Coupe aux Etats-Unis, où l'on a un peu boudé l'événement en 2003. «C'était un des points négatifs de la dernière campagne, admet Bruno Troublé. La voile n'est pas un sport majeur dans ce pays. Le fait qu'il n'y ait pas eu de bateaux américains en finale de la Coupe a fortement limité la visibilité de la compétition. Nous sommes aussi ici pour relancer l'événement et placer les Class America à nouveau sur le devant de la scène.»
Nouvelle équipe En cas de victoire, Chris Dickson n'effacera qu'en partie son amertume. Oracle n'affronte pas l'Alinghi de la Coupe de l'America. Le défi suisse a changé, évolué. «Nous savions pertinemment que si nous ne nous remettions pas totalement en question après notre victoire, nous serions incapables de gagner à nouveau le trophée», a déclaré Ernesto Bertarelli devant les grands industriels suisses réunis pour l'occasion à San Francisco. «Nous avons donc secoué la boîte à idées, remis en question certains principes pour déterminer de nouveaux objectifs, de nouvelles valeurs.»
Alinghi s'est donc réinventé selon Bernard Schopfer. Et comme lors de la précédente campagne, son président s'est fortement impliqué au départ pour fixer les principales lignes directrices du défi. Le fruit de ces réflexions est visible pour la première fois lors de la Moët Cup. Le plus éclatant: Russell Coutts n'est pas à la barre de SUI 64. Il a laissé la place à son «sparring partner»Jochen Schuemann qui, pour la première fois, mène officiellement le bateau suisse dans une compétition internationale. Le choix de mettre le quadruple médaillé olympique sur le devant de la scène fait désormais partie des nouveaux objectifs d'Alinghi. «En tant que tenant du trophée, nous ne participerons pas à la future compétition des Challengers», explique le chef de presse. «Nous devons donc à l'interne construire deux équipes capables de remporter la Coupe de l'America, avec deux skippers et trente marins de premier plan, expérimentés et habitués au stress d'un événement majeur.»
Au côté de Schuemann se tiennent cette semaine huit nouveaux marins, dont les qualités et les compétences sont mises à l'épreuve. «On ne change pas une équipe qui gagne, commente le skipper allemand, mais il nous faut désormais faire différemment pour progresser, amener de nouvelles idées et du sang neuf. Ces navigants, qui possèdent déjà tous une expérience de la Coupe, viennent enrichir notre équipe.»
Nouvelles recrues Parmi ces nouvelles recrues, le Français Nicolas Texier, ancien équipier des Italiens de Prada. Pour ce «grinder» de 29 ans, pouvoir défendre une Coupe de l'America fait partie des moments privilégiés d'une vie. «Je vais essayer d'apporter ma jeunesse et mes convictions à Alinghi. Mais être testé par la meilleure équipe vous met forcément sous pression.»
Toutefois, nous rassure Bernard Schopfer, la colonne vertébrale d'Alinghi, reste inchangée. Ernesto Bertarelli, Russell Coutts, Jochen Schuemann, Rolf Vrolick, ou encore Grant Simmer sont des personnages clés et forment les fondations inébranlables de l'équipe. Par ailleurs, plus de 70% du Team gagnant d'Auckland est resté en place, dans le secteur sportif, du design ou de la communication.
Les réflexions et remises en question menées il y a quelques mois ont aussi abouti à la définition d'une attitude sportive différente. «Nous ne souhaitons pas nous définir comme un "defender", un défenseur du trophée. Nous ne partons pas du principe que, grâce à notre victoire, nous avons acquis la Coupe de l'America, et donc qu'elle nous appartient. Nous préférons nous identifier en tant qu'un nouveau conquérant de l'Aiguière d'argent..»
Nouveaux objectifs La Moët Cup est le premier événement d'une longue campagne pour la Coupe de l'America 2007, dont le but annoncé est de rendre le match-racing plus populaire, accessible et spectaculaire. C'est pourquoi les douze régates qui se disputent dans la baie de San Francisco se courent sur un parcours restreint et visible depuis la baie. Les bateaux sont barrés respectivement par les skippers, Jochen Schuemann et Gavin Brady, ainsi que par les propriétaires, Ernesto Bertarelli et Larry Ellison.
Les deux syndicats Alinghi et Oracle partagent donc la même envie de faire vivre l'événement entre les différentes coupes. «Il est très important que nos bateaux naviguent régulièrement pendant ces quatre prochaines années pour nos sponsors, nos spectateurs, mais aussi pour nos marins. Il n'existe pas de meilleur entraînement que la compétition», estime Jochen Schuemann. Cette volonté nouvelle de moderniser les règles de la compétition et d'offrir un spectacle attractif fait désormais partie intégrante de la stratégie de communication d'Alinghi.
Nouvelle attachée de presse Le défi suisse s'est par ailleurs fixé un autre objectif à moyen terme: faire connaître son nom aux Etats-Unis tout en développant la promotion de la voile et de la Coupe de l'America dans le Nouveau Continent. Le syndicat helvétique a ainsi récemment engagé à mi-temps une attachée de presse américaine, Michelle Slade, qui s'occupera de l'émancipation de la marque dans son pays. «Les Américains ignorent pour beaucoup le nom d'Alinghi, ils n'ont tendance à s'intéresser qu'à ce qui se passe dans leur pays. Il va donc y avoir un gros travail d'éducation à faire.»Cette démarche répond notamment à une demande des sponsors qui souhaitent augmenter leur visibilité outre-Atlantique. Alinghi, de son côté, désire développer les événements de promotion de la voile et de la Coupe aux Etats-Unis, avec en projet dès l'année prochaine une série de régates à Newport, à l'image de celles organisées à San Francisco.
Le Défi suisse s'est donc bel et bien réinventé. Le corps de l'équipe n'a pas changé, mais les lignes directrices ont évolué, les objectifs ont été réajustés. Et les premiers résultats ont vu le jour sous le soleil californien... |
Pari Si «Oracle» (à droite) gagne, cela montrera aux équipes en préparation pour la prochaine Coupe qu'«Alinghi» (à gauche) est battable.
Jochen Schuemann Le quadruple médaillé olympique prendra la barre du bateau suisse.
Pari Si «Oracle» (à droite) gagne, cela montrera aux équipes en préparation pour la prochaine Coupe qu'«Alinghi» (à gauche) est battable.
Jochen Schuemann Le quadruple médaillé olympique prendra la barre du bateau suisse.
«Il nous faut amener du sang neuf pour progresser.»
Jochen Schuemann, skipper
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