Avril. Le temps se radoucit et l’on a envie de mettre le nez dehors. Sauf ceux que l’atmosphère printanière incommode. Yeux qui piquent et qui pleurent, muqueuses irritées: les pollens en suspension dans l’air leur donnent le rhume des foins. C’est pour eux, et tout particulièrement pour les personnes sensibles au pollen de bouleau, qu’une start-up lausannoise, Anergis, est en train de développer un vaccin tout à fait innovant.
Les premiers essais cliniques viennent de s’achever et «les nouvelles sont bonnes», se félicite François Spertini, médecin chef du Service d’immunologie et d’allergie du CHUV et fondateur de la petite société. Il y a en effet de quoi se réjouir lorsque l’on sait que 20 à 25% des Suisses souffrent d’allergies diverses et que, parmi eux, un sur quatre réagit aux pollens d’arbres, en premier lieu de bouleau.
Une solution consiste à désensibiliser ces patients en leur injectant des doses croissantes d’allergène – la protéine du pollen responsable des allergies. La méthode a porté ses fruits, mais le traitement est long (trois à cinq ans) et provoque parfois de fortes réactions. Pour éviter ces inconvénients, les chercheurs d’Anergis ont élaboré un vaccin, nommé «AllerT» qui est constitué de la protéine qui sème le trouble, mais coupée en morceaux. C’est là toute l’astuce car, lorsque l’allergène est fragmenté, le système immunitaire ne le reconnaît plus. Lui qui, habituellement, a la fâcheuse tendance à prendre les grains de pollens pour de dangereux pathogènes, s’en trouve leurré et reste coi. Cette immunothérapie devrait permettre «d’utiliser des quantités d’allergène dix fois plus grandes que les doses les plus fortes employées dans les désensibilisations classiques», explique Christophe Reymond, le directeur scientifique d’Anergis. Et de réduire considérablement la durée du traitement: «Nous sommes partis sur un schéma de cinq injections étalées sur deux mois.»
Cacahuètes. Après des tests cutanés, qui «nous ont permis de vérifier que notre concept était juste», commente Christophe Reymond, les médecins du CHUV ont lancé leur premier essai clinique englobant une vingtaine d’allergiques au pollen de bouleau. Les résultats sont en cours d’évaluation, mais déjà, un fait s’impose: aucun des volontaires n’a eu de réaction allergique. Signe que «la sécurité du produit est très bonne: c’était le but premier de cette étude et il est atteint».
Les essais vont donc pouvoir continuer. Il s’agira cette fois d’accroître la cohorte des volontaires – entre deux et trois cents personnes – afin de rechercher la bonne dose de vaccin à injecter et surtout, de tester l’efficacité de cette immunothérapie.
En parallèle, Anergis compte aussi s’attaquer à une allergie alimentaire fréquente, celle provoquée par les cacahuètes, pour laquelle «il n’existe strictement aucun traitement», précise François Spertini.
Des projets ambitieux, mais coûteux. Anergis a jusqu’ici bénéficié d’un «prêt privé» de près de deux millions de francs, ainsi que d’une subvention de 750000 francs octroyée par l’agence pour la promotion de l’innovation de la Confédération (CTI).
Cinq ans. Mais il faudra plus de fonds encore pour que la petite société puisse disposer de son propre laboratoire (actuellement, les recherches sont faites au CHUV), et qu’elle puisse poursuivre ses essais cliniques. La start-up cherche donc 13 millions d’euros (près de 20 millions de francs) pour les deux ou trois prochaines années. «C’est faisable, car nous avons un bon dossier. Nous sommes en contact avec des sociétés de capital risque en Suisse et en Europe qui manifestent de l’intérêt pour notre projet», dit Vincent Charlon. Si les espoirs du CEO d’Anergis se concrétisent, et si les futurs essais se révèlent concluants, un vaccin contre le pollen de bouleau «pourrait être disponible dans cinq ans», estime François Spertini. De quoi permettre aux allergiques de profiter pleinement de la douceur d’avril.
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