Tout se passe comme si, depuis un mois, les ennemis jurés de l’Amérique concouraient tacitement à faire gagner John McCain dans la dernière ligne droite pour l’élection présidentielle du 4 novembre. Les attentats revendiqués ou attribués à des mouvances affidées à al-Qaida se multiplient. Le 18 septembre, au Yémen, un groupe inconnu, le Djihad islamique au Yémen, visait l’ambassade américaine.
Deux jours plus tard, à Islamabad, un autre groupe, les Partisans de l’islam, faisait exploser une bombe dévastatrice, en exigeant que le Pakistan cesse toute coopération avec les Etats-Unis.
Ailleurs, en Inde, en Algérie et en Turquie, les explosifs des islamistes ont décimé des centaines de personnes, tandis que, en Afghanistan, les talibans gagnent du terrain. Ces attentats surviennent dans un contexte où la crise fragilise McCain. Le tsunami financier, en effet, bénéficie – si l’on peut dire – à la candidature Obama, comme le rappelle Daniel Warner, politologue américain et professeur à l’IHEID de Genève.
«On sait que Bill Clinton avait laissé des comptes équilibrés. Cette crise est donc perçue comme la conséquence de la politique des républicains et de leur credo: moins de taxes, moins de réglementations.» Sarah Palin, colisitière de McCain, a contribué à le faire remonter dans les sondages après l’investiture du 4 septembre, mais «l’effet Palin» a été balayé par la vague de préoccupations économiques.
Sur ce terrain, McCain a accumulé bourdes et maladresses. La veille du krach, il déclarait que «les fondamentaux de l’économie américaine sont solides». Il a soutenu le plan de sauvetage de la Fed en faveur de l’assureur AIG, alors qu’il défendait la position inverse un jour avant.
Si l’on sait que le vétéran du Viêtnam entend se présenter comme le meilleur défenseur de son pays, la fréquence soudaine des attentats et l’augmentation de leur intensité pourraient aisément alimenter les amateurs de complots, dans un contexte où le républicain est en recul dans les sondages.
«Avec démagogie et populisme», souligne Daniel Warner, McCain surfe sur l’autre enjeu majeur du scrutin: la sécurité. Pastichant la chanson des Beach Boys, il a osé chanter «Bomb, bomb, bomb Iran!» en public. Il a reçu l’appui des «flingueurs» de Hollywood, Sylvester Stallone et Robert Duvall, qui a prononcé la célèbre tirade d’Apocalypse Now: «J’aime l’odeur du napalm au petit matin.»
Le cow-boy septuagénaire ne boude pas non plus, à l’occasion, la métaphore testiculaire: «Quand le leadership est nécessaire, le sénateur Obama n’a pas montré qu’il avait ce qu’il faut.» Mais voilà, dans un contexte où la situation s’améliore en Irak, il faut d’autres arguments.
Les poseurs de bombes, de même que les présidents iranien et nord-coréen qui ont réitéré leurs menaces nucléaires, les 18 et 19 septembre, viennent lui en donner à point nommé. Un peu comme si ceux-là se disaient qu’une Amérique dirigée par Obama serait moins haïssable que celle de McCain. Or, à leurs yeux, il importe que l’Amérique reste haïssable.
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• 27 juillet Turquie Deux bombes tuent 17 personnes et en blessent 154 à Istanbul. Ankara accuse les Kurdes du PKK, qui nient. La Turquie a déjà été la cible d’al-Quaida.
• 19 août Algérie Un attentat-suicide fait 43 morts et 45 blessés à 60 km d’Alger. Le lendemain, deux autres tuent 12 personnes à Bouira. Ils sont revendiqués par al-Qaida au Maghreb.
• 13 septembre Inde Cinq attentats à New Delhi provoquent la mort de 20 personnes et 98 blessés. Ils sont revendiqués par un groupe islamique local, les Moudjahidine indiens, auteurs de 16 attentats qui ont fait 150 morts en un an.
• 18 septembre Yémen Un groupe inconnu, le Djihad islamique au Yémen, qui se dit proche d’al-Quaida, revendique l’attentat de la veille contre l’ambassade américaine (10 morts).
• Iran Téhéran réaffirme sa volonté de poursuivre son programme nucléaire.
• 19 septembre Corée du Nord Pyongyang annonce qu’il se prépare à redémarrer le réacteur de Yongbyon que le pays s’était pourtant engagé à démanteler.
• 20 septembre Pakistan Un attentat monstre à l’Hôtel Marriott d’Islamabad (53 morts, 266 blessés) est reven-diqué par un groupe inconnu, les Fedayines Islam, qui exige l’arrêt de la coopé-ration Pakistan – Etats-Unis.
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