Andrea Pfeifer ne cache pas sa satisfaction. Une joie compréhensible: l’entreprise dont elle est la CEO, AC Immune, a été sélectionnée, le 4 décembre, parmi les «Pionniers technologiques 2009» par le World Economic Forum (WEF).
Pour la société biotechnologique installée au Parc scientifique d’Ecublens, sur le campus de l’EPFL, c’est un signe évident de reconnaissance. Mais Andrea Pfeifer a surtout été «touchée» en constatant que le WEF honorait des compagnies développant des innovations technologiques susceptibles de «changer la vie des gens».
C’est en effet cet objectif que vise AC Immune en s’attaquant à un problème de taille: la maladie d’Alzheimer, cette neurodégénérescence principalement liée à l’âge. Un défi à la fois humain, social et économique. Face à cette maladie, qui touche actuellement plus de 26 millions de personnes dans le monde et qui pourrait en affecter 107 millions en 2050, les médecins sont démunis. Ils ne disposent que de trois médicaments qui, certes, améliorent la mémoire et la qualité de la vie des patients, mais dont les effets ont une durée limitée.
Sus aux protéines toxiques. Pour améliorer la situation, les chercheurs d’AC Immune, comme d’autres chercheurs, se sont donné une cible: sus aux bêta-amyloïdes toxiques, considérées comme la principale manifestation de la maladie d’Alzheimer. Il s’agit en fait de protéines naturellement fabriquées par l’organisme qui, dans certaines circonstances, sont relâchées dans le tissu cérébral sous différentes formes pathogènes pour les neurones. Elles peuvent notamment s’accumuler sur les cellules nerveuses pour former des «plaques séniles».
Ce qui fait dire à Geneviève Leuba, chercheuse au Centre de neurosciences psychiatriques de l’Unil et du CHUV, que, en «s’attaquant à ces protéines, on pourrait résoudre une bonne partie du problème». De nombreuses équipes travaillent donc à la mise au point de vaccins thérapeutiques ou de médicaments susceptibles de détruire ces molécules, voire d’empêcher leur formation.
En 2000, l’entreprise californienne Elan Pharmaceutical a élaboré un premier candidat-vaccin qui consistait à introduire des protéines bêta-amyloïdes dans le cerveau des malades, en comptant sur le système immunitaire pour réagir et produire des anticorps contre ce fauteur de trouble. Toutefois, certaines des personnes enrôlées dans l’essai clinique ayant développé des méningoencéphalites, les tests ont été arrêtés.
Les chercheurs s’orientent désormais vers une vaccination «passive» dont l’objectif est d’injecter directement des anticorps dans le cerveau en espérant qu’ils détruiront les dépôts toxiques. C’est l’une des voies choisies par AC Immune. La société a élaboré un «anticorps anti-bêta-amyloïde» qui agit en solubilisant les plaques séniles. En août dernier, elle a démarré les premiers essais cliniques de phase I (qui visent essentiellement à démontrer la non-toxicité des molécules expérimentées), dans le cadre d’une collaboration avec la firme américaine Genentech.
Parallèlement, l’entreprise lausannoise développe un «médicament oral», précise Andrea Pfeifer. Elle n’en dira pas plus, sinon pour souligner que «celui-ci est déjà prescrit depuis trente ans pour une autre indication, ce qui signifie qu’il est très sûr». Cette substance, nommée ACI-91, aurait pour effet «de protéger les neurones et, comme les vaccins, de détruire les plaques séniles». AC Immune vient d’ailleurs d’être autorisée à démarrer les essais cliniques de phase II de ce produit dont elle pourra alors mieux évaluer l’efficacité.
Une dizaine d’essais cliniques. Elle est loin d’être la seule sur ce créneau. Nombreux sont ceux qui se sont lancés dans la course d’un marché mondial estimé à 12 milliards de dollars en 2010. Des start-up, comme la lausannoise Bellus Santé (ex-Neurochem) qui, après des tests cliniques non concluants, remet l’ouvrage sur le métier. Des grands de la pharma aussi, comme Roche qui travaille sur un anticorps et compte lancer, l’année prochaine, des essais en phase II. Au total, plus d’une dizaine d’essais cliniques sont en cours dans le monde, l’un d’eux – mené par Elan – ayant même atteint la phase III.
Qui gagnera la course? Celui qui mettra sur le marché le traitement qui aura «le moins d’effets secondaires», répond Andrea Pfeifer, laquelle se dit persuadée que la firme qu’elle dirige fait, dans ce domaine, partie des «meilleures élèves de la classe». Pour les malades potentiels que nous sommes tous, peu importe le nom du vainqueur. D’autant plus que la lutte contre cette maladie passera, comme le souligne Geneviève Leuba, «par une multithérapie», donc par une combinaison de vaccins et médicaments qui s’attaqueront, en différents points, à la «cascade» d’événements conduisant à la mort neuronale et à la démence. Le problème a beau être complexe, Andrea Pfeifer, comme d’ailleurs nombre de spécialistes du domaine, considère «qu’il y a de fortes probabilités que l’on dispose des premiers traitements anti-alzheimer dans cinq ans».
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