Samedi dernier, un petit malin a gagné un iPod Touch. Il avait pronostiqué la date exacte de la mort d’Amy Winehouse, dans le cadre d’une loterie organisée sur internet, à la morbide adresse When Will Amy Wine house Die. com.
Sur 96 026 participants – pour seulement 237 mails de protestation – ils ne sont que quatre à avoir trouvé la «bonne réponse». Mais le site ne fera pas de frais supplémentaires et ne récompensera qu’un seul vainqueur. Dont on tait le nom. Lui a droit à l’anonymat et au calme.
Phénomène de foire. Sordide, l’anecdote est à l’image de l’obscénité avec laquelle on a traité la chanteuse britannique durant les cinq années qu’aura duré sa gloire. Phénomène de foire ou exutoire d’une époque aussi conservatrice que paradoxale, on la traquait sans cesse et documentait sa déchéance.
A la manière d’une héroïne de téléréalité, dont on aurait juste oublié qu’elle n’était pas un personnage de fiction, ses déboires suffisaient à distraire les masses timorées, à s’offrir le frisson de la marge par procuration. Jusqu’à commenter sa mort prochaine avec une légèreté indécente, à longueur de chroniques, comme dans l’attente impatiente d’un drame qui terminerait la légende.
En mourant à 27 ans, Amy Winehouse aura donné satisfaction aux tabloïds. Et rejoint quelques autres martyrs du rock, grands brûlés, mais pas forcément aussi traqués en leur temps.
Certains sites vendent d’ailleurs déjà des T-shirts du «Club des 27» – 39 francs la pièce — où le prénom de la chanteuse côtoie désormais ceux de Kurt Cobain, Jim Morrison, Brian Jones, Jimi Hendrix et Janis Joplin. Espérons juste que comme eux, sa musique excédera sa légende.
Et diva soul. Comète soul-jazz qui aura irradié le milieu des années 2000, son second album Back to Black restera en tout cas comme un milestone musical. Rarement tradition et modernité se seront si bien mariées, conciliant la grammaire R’n’B à des textes façon uppercuts.
De Rehab à Addicted, comme l’aveu déjà d’une rédemption impossible, Amy Winehouse y chantait ses démons et ses addictions avec autant de force que de classe, sans concession, dans un souffle brûlant, riche en cuivres, en swing, en rythmes et en émotion.
Cette émotion durera. Comme celle qui émane de cette fin tragique. Les tabloïds en feront une dernière une, feuilletonneront quelques jours en attendant le rapport final d’autopsie, puis passeront à autre chose, sans vergogne.
Le choc des photos cessera. Restera le poids des mots. Et la puissance d’une voix d’exception. Beaucoup y reviendront dans les prochaines années. Tandis qu’Amy Winehouse reposera en paix. Enfin.
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