L’anecdote n’est pas très glamour, mais, si Angry Mum existe, c’est un peu grâce à Koh-Lanta, l’émission de téléréalité de TF1.
«Sa diffusion a coïncidé avec le moment où mon mari et moi avions recommencé à sortir, raconte l’auteure, Hélène Becquelin, sœur du dessinateur Mix & Remix. Nous laissions les enfants devant la télévision et allions boire un verre dans un café pour discuter.»
La graphiste et le matheux. De ces discussions est né un projet commun, réunissant les compétences d’Hélène et de Momo (Yves, de son vrai prénom).
Elle, graphiste de formation, s’était décidée à se remettre au travail, inspirée par les blogs de Lisa Mandel et de Lynda Corazza, et encouragée par un premier projet d’envergure réalisé durant l’avent 2003. «J’avais pu le faire sans que cela ait de conséquences sur notre vie familiale. On mangeait juste un peu plus de surgelés.»
Lui, informaticien, se prend au jeu et l’aide à concevoir le site Angrymum.com. «Je l’ai pris comme un challenge et cela m’a permis de compléter mes connaissances dans ce domaine», avoue-t-il.

Commencée en 2006, l’aventure Angry Mum connaît une consécration cet automne, avec la parution d’un premier ouvrage chez l’éditeur français Glénat. Composé de planches récrites et redessinées ainsi que d’histoires inédites, Angry Mum s’énerve reste fidèle à l’univers développé sur la Toile.
Une mère de famille en proie aux petites contrariétés du quotidien, mue par un cocktail équilibré de mauvaise foi, de cynisme souriant et de nostalgie bancale. Le tout esquissant le portrait original d’une famille moderne. Mais attention, «rien de biographique», souligne l’auteure. Ou juste un peu...
Esthétiquement, le livre se démarque de l’univers BD habituel. Par sa forme, sa mise en couleurs et sa narration, le travail d’Hélène Becquelin s’apparente à un recueil de nouvelles graphiques, jouant de refrains internes (la série des «Slaloms», de l’appartement au marché, en passant par le parc) et d’une mise en pages dynamique. «C’est sans doute lié au fait que je ne viens pas de cet univers, mais du graphisme», analyse la dessinatrice de 47 ans.
Reste que, dans sa famille, ce succès n’a pas changé grand-chose. Boris et Lucie, personnages récurrents d’Angry Mum, ne regardent pas leur maman différemment. «Je la vois dessiner, mais c’est son boulot, observe la fille de 14 ans. Et puis, avec nous, ce n’est pas une “angry mum”.»
Quant à l’aîné, âgé de 17 ans, il tient le même discours, plutôt distancié. Mais corrobore certaines des scènes racontées dans le livre, comme lorsque sa mère lui fait écouter ses vieux disques des Ramones, après l’avoir surpris en train de chantonner Hey Ho Let’s Go!.
Quant à Momo, il continue à œuvrer en coulisse pour augmenter le trafic du site de sa femme... quand il n’est pas occupé à télécharger des applications ludiques sur son smartphone.
Angry Mum s’énerve. Glénat. Vernissage: Lausanne. Le Bourg. Ve 10, dès 22 h. Exposition: Payot. Lausanne. Jusqu’au 22.
Louiza, Mix & Remix, Angry Mum
Un air de famille... ou pas

«Je signe Mix & Remix, donc je n’ai aucun problème à être un Becquelin», répond Philippe lorsqu’on le taquine sur son patronyme, désormais célèbre avec le succès de sa sœur et de sa fille. Avant d’ajouter: «Mais beaucoup de gens imaginent que c’est ma femme qui dessine et non ma sœur.»
Plus ironique, Hélène parle d’une «malédiction Becquelin», un caractère un peu dingo hérité du côté de leur papa. Tout en remarquant qu’elle est la seule à avoir conservé son nom de famille pour son nom d’artiste.
Quant à Louiza, elle tord le coup au mythe de l’enfant d’artiste, qui souffrirait de la célébrité de ses parents. «Enfin, sauf lorsque mes copains d’école me demandaient une dédicace de Mix & Remix. Mais bon, c’était plus ennuyeux pour lui que pour moi.» Ah, les joies de la famille...
«Nous ne sommes pas une famille très “famille”, note toutefois Louiza. Peu de réunions, peu de repas avec toute la smala. Et, comme je vis aujourd’hui à Paris, c’est encore plus difficile d’entretenir un lien. Même si je m’entends très bien avec mon père et que je lui ressemble beaucoup.»
Un père qui lui envoie plusieurs mails par jour ou des messages via Facebook. C’est d’ailleurs sur le site de socialisation que les trois illustrateurs de la famille Becquelin communiquent le plus entre eux. «Mais on ne parle jamais boulot ou dessin», observe Hélène.
Une séparation entre travail et famille qu’on sent même dans leurs jugements sur leurs travaux respectifs. «Je ne pense pas grand-chose des dessins de mon frère ou de ma nièce, avoue Hélène. Je ne suis pas particulièrement leur travail et ne me prends pas la tête à essayer de savoir ce qu’il pense du mien.»
De son côté, Philippe se réjouit du succès de sa sœur, dont il admire le courage et la facilité, même s’il goûte peu au genre autobiographique. Quant à sa fille, il est en «fan». «J’adore son style, son dessin frais et arty et son humour loufoque.»
Un amour partagé: «Plus ses dessins sont couillons, plus j’adore», lâche Louiza. Quant au travail de sa tante, si elle conserve un souvenir attendri des poupées que celle-ci lui confectionnait à Noël, elle est moins passionnée par Angry Mum.
«J’aime son style de dessin, j’essaie parfois de reconnaître les quartiers de Lausanne qu’elle dessine, mais ses histoires ne me parlent pas trop... Peut-être plus tard, quand j’aurai des enfants.»
Exposition Mix & Remix. Lausanne. Station M1-M2 Lausanne-Flon. Jusqu’au 14. http://blog.louiza.ch http://louiza.ultra-book.com
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