Je suis le jeune homme qui ac compagne Anne Sinclair.» Avec ses manières élégantes et réservées très côte est, sa mise et son visage bien faits, le Suisse Paul Ackermann aurait pu resservir, à son compte, le mot célèbre que JFK prononça à l’arrivée du couple présidentiel américain en 1961 à Paris: «Je suis l’homme qui accompagne Jackie Kennedy.» A l’époque, la France n’avait d’yeux que pour la première dame des Etats-Unis. Lundi 23 janvier, à Paris toujours, dans les locaux du quotidien Le Monde, la presse de l’Hexagone et de l’étranger n’en a que pour ceux, bleu revanche, d’Anne Sinclair.
L’épouse de DSK, autre acronyme fameux, présente ce jour-là Le Huffington Post, lancé le matin même, édition française d’un site internet à succès outre-Atlantique, dont elle assure la direction éditoriale. Paul Ackermann, qui a fait ses armes de journaliste à L’Hebdo de 2003 à 2007, en est le rédacteur en chef. A 34 ans seulement.
«C’EST UN POSTE QUI NE SE REFUSE PAS!»
Paul Ackermann, rédacteur en chef du HuffPo
Il se souviendra longtemps de cette matinée, de ce show. Sur l’estrade, il côtoie des puissants: énarques, banquiers, journalistes stars. Matthieu Pigasse, David Kessler, Louis Dreyfus. Ses patrons. Des «tycoons» de la presse française, des habitués des tours de table capitalistiques. Deux femmes: Anne Sinclair, la légende de 7 sur 7, l’émission qu’elle présenta de 1984 à 1997 le dimanche soir sur TF1, en mode «nouveau départ» après avoir mis sa carrière entre parenthèses pour Dominique Strauss-Kahn. Assise à côté d’elle, Arianna Huffington, une Américaine d’origine grecque, fondatrice, en 2005, aux Etats-Unis, du Huffington Post, devenu le plus important journal en ligne du monde, devant les plus grands sites de presse américains, avec 37 millions de visiteurs uniques par mois, et acquis en février 2011 pour 315 millions de dollars par le portail internet AOL.
La clé de cette réussite: une sélection d’articles d’actualité repris sans rien débourser parmi ce qui se fait de mieux sur la Toile journalistique, et des chroniques originales rédigées bénévolement par des personnalités en tout genre. La recette prendra-t-elle en France? Quelque 200 blogueurs de renom devraient y contribuer. Le talentueux et mordant Nicolas Bedos est l’un d’eux, on annonce la participation de Rachida Dati, une langue de vipère. La démarche éditoriale qui consiste à agréger des contenus vaut toutefois de vives critiques à Arianna Huffington. «Piratage!», tonne le New York Times. La Société des rédacteurs du Monde, dont l’entreprise est coactionnaire du Huffington Post français avec AOL et Matthieu Pigasse, s’inquiète, elle, d’un possible mélange des genres.
Imperturbable, l’intéressée affiche une distinction sophistiquée à l’américaine, savant brushing à la mèche blonde, mince, souriante, courtoise. Divorcée d’un politicien républicain, elle a brigué en 2003, en candidate indépendante, le poste de gouverneur de la Californie enlevé par Arnold Schwarzenegger, qu’elle qualifie alors de «Hummer», comprendre, de grosse brute militaire. Cette expérience des «hommes» explique peut-être en partie qu’elle ait demandé à Anne Sinclair, dont le carnet d’adresses fait rêver, de prendre les rênes éditoriales du «HuffPo» français.
BondyBlog connection. Voilà dans quoi est embarqué Paul Ackermann, sept jeunes journalistes sous ses ordres, marié à une Française, père d’un petit garçon de 2 ans. «C’est Serge Michel qui m’a proposé en novembre dernier la rédaction en chef du Huffington Post français. J’ai accepté, c’est un poste qui ne se refuse pas.» Paul donne sa démission au Figaro.fr, dont il est le chef d’édition après être passé par 20minutes.fr.
Les deux hommes se connaissent bien. Serge Michel, suisse lui aussi, est l’actuel directeur adjoint des rédactions du Monde. Il a lancé le Bondy Blog en 2005 quand il dirigeait la rubrique internationale de L’Hebdo. Avec d’autres de leurs collègues, ils ont couvert, de Bondy, les émeutes des banlieues. «Anne Sinclair est une personne agréable, ouverte, elle me laisse complètement libre dans mon travail et m’a assuré d’emblée que l’affaire DSK n’était pas un sujet interdit», affirme le jeune rédacteur en chef.
Paris, l’Amérique, Porrentruy. C’est dans cette ville du canton du Jura, où ses parents habitent encore, que Paul Ackermann a passé «sa matu», avant d’entamer des études de lettres à Genève. Le Tour de France s’y arrêtera en juillet. Le HuffPo à «Porren», avec Anne Sinclair, le temps d’une arrivée d’étape. On ne veut pas rater ça.
Tags: Anne Sinclair, Huffpo, Huffington Post, Paul Ackermann,
|