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Par Marie Maurisse - Mis en ligne le 12.05.2010 à 09:13 |
Il y a une année, elle débarquait à Lausanne avec ses casseroles pour insuffler au Beau-Rivage une cuisine toute en finesse. Aujourd’hui, Anne-Sophie Pic, cheffe gastronomique française, semble avoir réussi sa plongée dans les contrées suisses. «Je fais appel à des producteurs de la région qui promeuvent une culture raisonnée, explique cette brune discrète. Cet hiver, j’ai fait une huître à la fondue et la féra du lac en terrine. Je pense également à travailler la meringue!» Celle qui, adolescente, avait refusé de venir à Lausanne pour faire son école hôtelière affiche un bel enthousiasme pour les rives du Léman. Pour autant, Anne-Sophie Pic ne traverse que ponctuellement la frontière – elle passe la plupart de son temps dans son fief, le restaurant familial situé à Valence, près de Lyon. En France, elle est la seule femme cheffe à revendiquer les fameuses trois étoiles au Michelin; mais en privé, cette star du goût est une modeste, qui justifie son existence par l’existence de la lignée Pic (en cuisine depuis 1891). Héritière avant tout, elle porte sur ses épaules le poids de son grand-père, puis de son père. Autour d’elle, quelques rares proches forment le «clan Pic», ce cocon qui la rassure. Dernier-né de ce groupe, son fils Nathan, à qui elle dédie son livre à paraître sur la cuisine pour enfants. SES CONFRÈRESGÉRARD RABAEY Le chef du Pont de Brent, au-dessus de Montreux, a goûté la cuisine d’Anne-Sophie Pic et la trouve «bonne». «Elle a mérité ses deux étoiles (au Beau-Rivage, ndlr), ajoute-t-il. Mais je doute que mes clients, qui viennent depuis plus de trente ans, osent passer les portes de ce palace. Je ne sais pas si elle sera encore là dans vingt ans.» La venue d’une Française gêne-t-il ce chef étoilé? «Pas du tout! Il y a tellement de concurrence… Cela nous stimule.» PHILIPPE ROCHAT Le chef de Crissier a également apprécié les créations d’Anne-Sophie Pic. «C’est la même cuisine qu’à Valence, dit-il. Je n’ai rien à redire. De toute façon, à la fin, c’est le client qui choisit.» SA FAMILLEANDRÉ PIC Son grand-père paternel était cuisinier dans les années 30 et a fondé la Maison Pic à Valence. «On l’appelait “le débonnaire”, dit-elle. C’était un homme qui aimait la gourmandise, un vrai généreux.» ADRIEN ET ANDREA BOREL Ses grands-parents maternels ont laissé à la gastronome de merveilleux souvenirs olfactifs. «Tous les dimanches, nous allions faire la cueillette dans leur jardin potager.» JACQUES PIC Comme souvent, le père est la clé qui permet de comprendre le cheminement d’une personne. Dans un premier temps, Anne-Sophie Pic tourne le dos à la tradition familiale en rejoignant l’Institut supérieur de gestion de Paris et en effectuant des missions pour des marques de luxe. Puis, lors de vacances en famille, elle redécouvre le métier de son père et décide d’entrer en apprentissage à ses côtés, à Valence. «Il est décédé brutalement quelques mois après mon arrivée, en 1992, explique-t-elle. Ce moment a été une rupture dans mon existence.» SUZANNE BOREL-PIC «Ma mère a toujours été dévouée à sa famille, dit sa fille. Pendant des années, elle n’osait pas cuisiner devant son mari… Depuis son décès, elle s’y est mise et concocte de très bonnes choses pleines d’ail et d’aromates pour mon fils.» DAVID SINAPIAN Son mari est le directeur général de la «Maison Pic» depuis 1993. «Il m’a énormément soutenue, confie-t-elle. C’est un homme rassurant, qui ne prend pas les décisions au hasard. Lui il gère, moi je crée.» ALAIN PIC Son frère a choisi de s’écarter du giron familial tandis qu’elle s’en rapprochait. «Aujourd’hui, il y a beaucoup d’amour entre nous, dit-elle. Il tient avec son épouse, Marie-Hélène, le restaurant Les Mésanges, près de Grenoble.» SES PROCHESCATHERINE BAERFUSS La cousine éloignée d’Anne-Catherine Pic a le même âge qu’elle. «Nous passions beaucoup de temps ensemble, raconte Catherine Baerfuss. A 18 ans, nous sommes parties ensemble aux Etats-Unis durant un mois, c’est l’un de mes plus beaux souvenirs. Anne-Sophie est quelqu’un d’entier et d’humble et cela se ressent dans sa cuisine. Elle s’adapte tellement à la culture suisse que cela m’a surprise.» DANIÈLE BAERFUSS «C’est l’une des cousines de ma mère, explique la cheffe. Je venais souvent la voir lorsque j’étais petite, et ces vacances à Pully me procuraient un bonheur immense. Par le biais du Beau-Rivage, je redécouvre cette partie de ma famille qui me manquait. C’est fabuleux.» SES MODÈLESMICHEL BRAS Ce chef autodidacte, dont le restaurant est situé à Laguiole (Aveyron), est l’idole d’Anne-Sophie Pic. «Quand il a eu sa troisième étoile, j’ai vraiment admiré sa performance. Il a une manière fabuleuse de mettre les légumes en valeur. Et malgré tout, il a beaucoup d’humilité.» PAUL BOCUSE Comment ne pas citer le «Pape de la cuisine» parmi les inspirations de le jeune femme cheffe? «Il est incontournable et malgré tout, il se remet en question, indique-t-elle. Il m’a aidée à plusieurs reprises. Notamment une fois, après le décès de mon père, lorsque j’avais des doutes sur la manière de préparer un homard thermidor pour un très bon client. C’était le branle-bas de combat en cuisine. Alors, j’ai finalement appelé Monsieur Paul, et il m’a dit de me baser sur le gratin d’écrevisses de mon père. Ouf!» NADIA SANTINI Cette cuisinière italienne, qui a également trois étoiles au Guide Michelin, est l’une des références d’Anne-Sophie Pic. «C’est la femmecheffe par excellence, affirmet-elle. Son travail est formidable car elle a su rester une femme en cuisine. Je vais régulièrement dans son restaurant, Dal Pescatore, en Lombardie. Et nous sommes catholiques toutes les deux.» SES AMISDIDIER ET SABINE BRU Ce couple a rencontré David Sinapian puis Anne-Sophie Pic il y a plus de dix ans. «Avec mon épouse, nous étions à la tête de différents établissements, explique Didier Bru. En 2006, la “Maison Pic” a obtenu sa troisième étoile au Michelin. Anne-Sophie et David souhaitaient réfléchir à des projets de développement. De mon côté, je voulais changer de poste – c’est comme ça que nous nous sommes mis à travailler ensemble.» Ancien élève de l’Ecole hôtelière de Lausanne, Didier Bru est à l’origine du projet au Beau-Rivage grâce à ses contacts avec le directeur de l’établissement, François Dussart. BRUNO OGER Ancien cuisinier du Majestic, à Cannes, ce grand chef français ouvre actuellement un établissement au Canet. «Il y a quinze ans, dit-elle, nous avions monté ensemble le premier Tournoi des étoilés, pendant lequel les chefs jouent au football ensemble. Bruno est l’un des seuls chefs que je fréquente régulièrement parce que, dans le milieu de la cuisine, c’est compliqué. J’avoue que je ne suis pas très radio-casseroles.» PIERRE-JÉRÔME CHOMIELLE Cet expert en assurances est l’un des seuls proches d’Anne-Sophie qui ne soit pas dans le milieu de la cuisine. «Dans mon métier, il est difficile d’entretenir des amitiés, dit-elle. Le samedi soir, quand tout le monde sort, je suis au restaurant… Pierre-Jérôme a tenu le coup. C’est mon meilleur ami et le parrain de mon fils.» |









