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Edito
Anti-héros du net

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 25.01.2012 à 10:54

Jusqu’à vingt ans de prison, voilà ce que risque le fondateur de Megaupload. Pour les dizaines de millions d’internautes qui téléchargeaient chaque jour illégalement les séries TV Mad Men ou Dexter, l’arrestation spectaculaire de Kim Schmitz (et la fermeture du site) a été un choc. Une mobilisation générale et les représailles du collectif de pirates Anonymous n’ont d’ailleurs pas tardé. Le débat est relancé: héros ou salaud? L’industrie du cinéma et de la musique, c’est indubitable, souffre depuis plusieurs années du pillage de ses contenus. Dans la plainte contre Megaupload, la justice américaine parle d’un manque à gagner de plus de 500 millions de dollars. Et dénonce une violation effrontée du droit d’auteur.

Les groupes de presse, eux aussi, pâtissent des habitudes prises par les jeunes générations. L’information? A leurs yeux, elle est destinée, presque par définition, à être gratuite. Les médias traditionnels sont de plus concurrencés par les nouveaux arrivants, qui les pompent allégrement. Par exemple le Huffington Post. Aux Etats-Unis, ce titre a dépassé cette année le New York Times online. Fondé par Arianna Huffington, il part ces jours à la conquête de l’Europe, avec notamment une version française. Lancée cette semaine, elle sera dirigée par Anne Sinclair, avec comme rédacteur en chef le Suisse Paul Ackermann, qui a fait ses premières armes à L’Hebdo et au Bondy Blog (lire en page 25 de l'édition papier).

D’accord, les entreprises de médias ont elles-mêmes œuvré à l’émergence de cette culture de la gratuité. En permettant le libre accès à leurs sites et en lançant des quotidiens gratuits, ils se sont tiré une balle dans le pied. Difficile aujourd’hui de revenir en arrière.

Néanmoins, la défense de la propriété intellectuelle reste essentielle. Parce qu’il est normal que, au final, les artistes ou les journalistes soient payés. On imagine mal d’ailleurs qu’ils puissent durablement travailler pour rien. Alors? Pour l’expert Laurent Haug, «le piratage n’est pas une fatalité». Dans dix ans, de nouvelles lois, mais surtout de nouveaux modèles d’affaires seront au point. Et on ne parlera plus de ces téléchargements illégaux comme d’un problème majeur (lire son interview en page 24).

 

Le piratage, comme celui perpétré par le site Megaupload, n’est pas une fatalité.

 

A une condition: l’industrie musicale et cinématographique comme les groupes de presse doivent se montrer plus audacieux. Et anticiper les nouveaux besoins du public au lieu de les subir. L’exemple d’iTunes reste le plus éclairant: après une phase de piratage généralisé, la création de cette plateforme a permis de récupérer une bonne proportion d’internautes qui désormais paient pour leur musique. Il devrait en aller de même pour les séries TV, les films et les titres de presse.

On dit volontiers que l’internet a permis une libération de la parole, comme dans les pays arabes, et donc fait progresser la démocratie. Il donne aux artistes le moyen de se faire connaître rapidement et de distribuer leurs œuvres dans le monde entier, comme en témoigne le phénomène Lana del Rey (lire en page 75). Tout cela est vrai. Mais l’utopie libertaire née avec le World Wide Web a aussi sa face sombre. A cette aune, Kim Schmitz fait figure d’anti-héros. Et non pas de Robin du Net.




Tags: Megaupload, Kim Schmitz, téléchargement, illégal,

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