INTERVIEWS
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > INTERVIEWS >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Antoine de Baecque: «Laisser une trace»

Par Antoine Duplan - Mis en ligne le 03.03.2010 à 16:00

Antoine de Baecque évoque ce «redoutable sujet biographique» qu’est Godard.

A quoi sert une biographie de Godard aujourd’hui?

Godard est un des cinéastes les plus célèbres au monde. Aujourd’hui encore, son nom résonne comme l’équivalent du cinéma. En même temps, ses films sont de moins en moins vus. Je voulais réduire l’écart entre le mythe et un homme qui reste largement méconnu.

Vous n’avez pas rencontré Godard pour écrire votre livre.

Je l’ai prévenu. Mais une biographie ne l’intéresse pas. C’est même un peu contre ses principes. Il a toujours dit que l’œuvre primait sur la vie. Je comprends parfaitement cette position. C’est aussi très compliqué de faire une biographie officielle, d’être relu par quelqu’un de vivant. Et puis Godard a beaucoup éparpillé ses archives. A chacune des grandes ruptures de sa vie, il s’est débarrassé des documents qui en témoignaient ? à l’inverse de François Truffaut, qui était un obsessionnel de ses propres archives. Il me fallait reconstituer un puzzle éparpillé et largement incomplet. Enfin, j’ai bénéficié de l’aide de Véronique Godard, sa petite sœur. Elle m’a confié des documents, des photos, et a relu le manuscrit, sans jamais le censurer d’aucune manière.

Avec ce livre avez-vous l’impression d’avoir élucidé Godard ou reste-t-il un mystère?

Oh, il ne faut pas se faire d’illusions. Le sujet biographique achoppe toujours. Disons que j’ai l’impression de mieux connaître le personnage. Un des traits de caractère qui m’a le plus impressionné, c’est la volonté forcenée de prouver qu’il va laisser une trace. A plusieurs reprises, il a organisé sa renommée. Il réussit à modifier son destin par la seule force de sa volonté. La rupture des années politiques, lorsqu’il décide d’entrer en clandestinité, est un coup de force. Une forme de suicide mais un choix assumé. Et au début des années 80, après dix ans de quasi-anonymat, il revient sur le devant de la scène. Il se fabrique ce personnage de bouffon médiatique, mais s’impose aussi comme un cinéaste grand public, en attirant plusieurs millions de spectateurs avec des films d’une qualité indéniable: Sauve qui peut (la vie), Prénom Carmen, Passion, Je vous salue Marie...

Retiré à Rolle, Godard est devenu une sorte de sage crépusculaire et solitaire...

Après ses réussites des années 80, il fracasse le jouet qu’il avait reconstruit. Il rentre à nouveau dans une forme de discrétion, avec Histoire(s) du cinéma qui va l’occuper pendant près de dix ans. Il élabore alors cette image évidemment mythique de l’ermite de Rolle que vont visiter quelques happy few. Il a voulu casser sa relation aux gens et la solitude le rend un peu aigri, un peu cynique. C’est sa forme de vieillesse. Son rire a finalement été annihilé, comme rongé par la mélancolie...

Contrairement à Richard Brody dans sa biographie, vous ne vous attardez pas sur le prétendu antisémitisme du cinéaste.

J’y consacre une vingtaine de pages. Je ne voulais évidemment pas éviter le sujet. Selon moi, la position de Godard n’est pas celle d’un antisémite. Il y a chez lui un antisionisme évident, né en 1967, après la guerre des Six-Jours, quand l’image d’Israël bascule. A ce moment se cristallise dans l’extrême gauche internationale l’idée d’un renversement des valeurs: les anciennes victimes deviennent les bourreaux, les Juifs font aux Arabes ce que les nazis ont fait aux Juifs. Cette position propalestinienne, relativement banale dans les années 70, heurte aujourd’hui notre sensibilité. Bien sûr, la manière dont Godard présente sa thèse est toujours provocatrice. Il adore les petites phrases ambiguës. La question juive est récurrente, mais elle relève plutôt de l’antisionisme.

 

ANTOINE DE BAECQUE

1962 Naissance à Neuilly-sur-Seine.
1989 Andreï Tarkovski
1996-98 Rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma.
2001 François Truffaut. Biographie.
2001-2006 Rédacteur en chef adjoint pour la culture à Libération.
2005 Tim Burton.
 
 
 

Lire aussi

"Godard, l'exaspérant génie", d'Antoine Duplan
"J'ai tourné dans le nouveau film de Godard", témoignage de Mathias Domahidy
"A bout de souffle, un tournage sans filet", extrait du livre "Godard" d'Antoine de Baecque




Tags: Jean-Luc Godard, Antoine de Baecque, biographie,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.



INTERVIEWS
 Health Valley: Interview de Benoît Dubuis, président de BioAlps
N’est-ce pas présomptueux de présenter la Suisse occidentale comme une «Health Valley»? Non, on peut vraiment dire que les domaines des...
INTERVIEWS
 Ioannis Akkizidis: "En situation extrême, tout repose in fine sur la confiance"
Ioannis Akkizidis vient d’être nommé au comité directeur de Zurich de la PRMIA (Professional Risk Managers’ International Association). La métropole...
INTERVIEWS
 Jacques de Watteville: «Les pays de l'UE ne veulent pas de mal à la Suisse»
Le patron de l’ambassade suisse auprès de l’Union européenne (UE) constate que celle-ci, accaparée par les défis mondiaux et par...