Antony retrouve enfin ses Johnsons
Trois ans après son magnifique «I am a Bird Now», Antony Hegarty revient aux affaires. Et rappelle que s’il est le soul man le plus atypique, il est surtout le meilleur.
Juillet 2005. Le public du Montreux Jazz Festival découvre un étrange personnage. Colosse de près de deux mètres, le visage poupin, les cheveux longs et noir de jais, Antony Hegarty s’empare de la scène du Miles Davis Hall, distillant des ballades pop soul à cent lieues de ses airs de hippie gothique, touchant par une voix à l’androgynie spectrale.
Adoubé par Lou Reed, Antony and the Johnsons séduit les spectateurs du bord du Léman, jusqu’à s’imposer comme le plus beau concert de la quinzaine. Et emmener dans la foulée son album I am a Bird Now vers l’Olympe des grands disques de l’année.
Trois ans plus tard, l’Américain de 37 ans revient enfin, avec Another World, mini-album de cinq titres, annonciateur d’un nouveau disque pour janvier 2009. Trois ans de silence durant lesquels le chanteur n’a pas chômé. De la disco d’Hercules and Love Affair au Berlin de Lou Reed, en passant par Björk, Marianne Faithfull et Bryan Ferry, Antony Hegarty a promené sa voix unique dans les univers de ses héros, devenus aujourd’hui ses premiers admirateurs.
Charme et surprise. Entre la chaleur des dancefloors gay et l’aura des reliques rock, on aurait pu craindre que le géant d’argile se perde. Mais dès les premières mesures d’Another World, on comprend qu’il n’en est rien. Démarrant sur le mariage dépouillé de la voix et du piano, le morceau éponyme berce par sa mélancolie délicate, reprenant l’histoire là où I am a Bird Now l’avait laissée. Antony retrouve sa soul atypique, lente, presque lancinante, soutenue par quelques voix à l’arrière-plan et une guitare dissonante.
A l’image de cette pièce introductive, trois autres titres ont des airs de miniatures baroques, s’habillant d’accords mineurs (Crackhagen) ou se parant d’arrangements cuivrés (Hope Mountain). Sur la pointe des pieds, Antony and the Johnsons rouvre les portes de son univers, caressant l’auditeur dans le sens du poil, hérissé ici. Jusqu’à un surprenant Shake that Devil en milieu de disque, démarré a cappella, puis distordu par une rythmique sèche et des sax profonds. Frottant sa soul à un bastringue jazz, Antony Hegarty signale qu’il n’a pas fini de surprendre. Et de séduire. •
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