72,7%. Pour l’ensemble de la droite et le Conseil fédéral, le désaveu est si cinglant, la condamnation si brutale qu’on pourrait être tenté de relativiser. Après tout ce scrutin historique dans le domaine social n’a interpellé que 45% des citoyens, même pas un Suisse sur deux, moins que les minarets et les exportations d’armes en novembre dernier, qui en avaient attiré 53%.
Mais ce résultat extraordinaire, à 18 mois des élections fédérales, ne scelle pas que l’échec de l’arrogance, il sonne comme un rappel à l’ordre.
Pour le Conseil fédéral d’abord. La stabilité de la Suisse devait beaucoup à la dévotion des classes moyennes à ses mots d’ordre, même sur les sujets de votation les plus ardus. Le charme est rompu. C’est un tournant dans l’histoire du pays. Le oui à l’article constitutionnel sur la recherche, aussi réjouissant soit-il, ne peut pas masquer l’incroyable fossé qui s’est creusé entre la population et le gouvernement. Les sept doivent prendre la mesure de la défiance croissante à leur égard.
Le gong retentit aussi pour les partis de droite. Ils n’encaissent pas une défaite accidentelle, conjoncturelle. Ils ont largué leur électorat. L’UDC n’a pas convaincu ses troupes, d’habitude si disciplinées; le PLR et le PDC paient en matière sociale le prix de leur alignement sur les positions dogmatiques de la droite dure. Démocrates chrétiens, libéraux et radicaux comptent beaucoup de belles intelligences, mais ils ont égaré leur savoir-faire en matière sociale. Ou alors c’est le courage qui leur manque pour négocier des solutions de compromis avec la gauche. Ils peuvent encore espérer renverser la vapeur, reprendre leurs responsabilités.
C’est peut-être le moment de rappeler à quoi servent des élections. Il ne s’agit pas d’incarner des rapports de force, mais de mandater des élus dont la haute mission est de trouver des solutions. Plus que d’autres, le système suisse, avec ses contre-pouvoirs en main du peuple (référendum et initiative), contraint à une obligation de résultat. Se focaliser sur les élections fédérales de 2011, et les pourcentages d’électeurs en plus ou en moins, finit par nier la finalité de cette démocratie. Non pas se compter mais avancer en ralliant le plus grand nombre.
Faut-il que la Suisse soit malade pour avoir oublié à ce point ce qui a constitué son succès, un mélange de dynamisme économique et de solidarité, un libéralisme responsable marié à un Etat social fort? Réinventer ce petit miracle singulier ne paraît pas hors de portée pour peu que le PLR et le PDC se souviennent de ce qu’ils ont été capables de construire naguère avec le PS. Qu’ils laissent donc l’UDC s’égosiller seule dans ses intransigeances stériles.
Les assurances sociales ne sont pas n’importe quel objet politique banal, pouvant subir les blocages partisans sans conséquences graves. Elles constituent un des piliers du contrat qui unit les Suisses autour d’une certaine idée de prospérité pérenne. Le socle de la confiance, celle-là même qui, minée par quinze ans de discours blochériens, n’existe plus.
LE COURAGE LEUR MANQUE POUR NÉGOCIER DES SOLUTIONS DE COMPROMIS.
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