L'Hebdo;
2002-09-19 Ararat
Réalisateur d'origine arménienne résidant au Canada, Atom Egoyan a toujours voulu traiter de l'histoire de son peuple, témoigner sur grand écran du génocide de 1915. Mais quelle reconstitution saura jamais dire l'indicible? Plutôt que de recréer à grands frais les massacres de Van, le cinéaste ancre son projet dans le présent pour étudier les répercussions du drame ancien sur les Arméniens d'aujourd'hui, pour «permettre au spectateur de ressentir la réalité de l'horreur au sens spirituel». Fiction dans la fiction, un cinéaste (Aznavour) tourne un film spectaculaire sur le génocide. Que ressent le comédien qui incarne un bourreau turc? Et la conférencière, ne parle-t-elle de la peinture d'Arshile Gorky que pour évacuer son drame personnel? Et le douanier de l'aéroport qui recherche patiemment la vérité, fait-il le jeu du bien ou du mal? Avec beaucoup de lucidité et d'humanité, Atom Egoyan construit «Ararat» de manière kaléidoscopique et, évitant toute pesanteur didactique, toute démagogie, suscite un véritable sentiment d'empathie. A. D.
« D'Atom Egoyan. Avec Arsiné Khanjian, Charles Aznavour. Canada, 1 h 40.
n Possession §
Fameux poète victorien, Ran- dolph Ash n'a cessé de célébrer les félicités de l'amour conjugal. Or un jeune chercheur tombe sur le brouillon d'une lettre d'amour qui n'était pas destinée à Mrs Ash. Flanqué d'une blonde universitaire, il enquête sur cette liaison secrète. Et, à un siècle d'intervalle, l'amour refleurit... Parfois cousue de fil blanc, cette romance croisée qui télescope les époques a au moins le mérite de se réclamer de la littérature, un luxe invraisemblable en un temps où le cinéma privilégie l'action et le bruit.
« De Neil LaBute. Avec Gwyneth Paltrow, Jennifer Ehle. Etats-Unis, 1 h 42.
n K-19
En 1961, au plus fort de la guerre froide, un sous-marin russe maraude dans l'Atlantique Nord, ses soutes chargées d'ogives nucléaires. Naturellement, ce fleuron de la technologie soviétique prend l'eau de partout et les deux officiers supérieurs confrontent brutalement leur conception du devoir. Cette «histoire vraie» permet de se rassurer sur l'impéritie russe et de vérifier que Kathryn Bigelow («Strange Days») réussit toujours à faire des films foutrement virils.
« De Kathryn Bigelow. Avec Harrison Ford, Liam Neeson. Etats-Unis, 2 h 20.
scènes
n Zebda v
Un groupe qui s'oppose farouchement à Philippe Douste-Blazy ne peut être franchement mauvais, se dit-on. Rappelez-vous! Lors des dernières élections municipales françaises, le gang de Zebda avait violemment pris à partie le maire de Toulouse, le médecin de campagne à la mèche de premier communiant. Zebda avait alors la rage. Pourtant, ce collectif doit sa notoriété à son humanisme combattant, choisissant ma foi plutôt bien ses batailles, notamment contre l'exclusion, contre l'expulsion des sans-papiers. Des citoyens pour le moins motivés. Reste que, sur le plan musical, les Toulousains se distinguent avant tout par des refrains convenus, par des rimes faciles (le nouvel album multiplie les dictons simplistes) et par un chant faiblard. Musicalement, toujours une même fusion de hip-hop, de ragga, de rock et de variétoche. «Utopie d'occase», le tout nouvel album du groupe, est parfaitement radiocompatible, profilé pour passer même aux heures de forte écoute. Lisse, poussif, cet album collectionne les lieux communs, les jeux de mots chaotiques. Zebda ennuie. Mi. M.
« Neuchâtel. Cargo. Sa 21, dès 22 h 30. Rés. 0848 800 800.
« «Utopie d'occase». De Zebda. Barclay, distr. Universal.
n Notes d'équinoxe §§§
«Festival des peuples, lutte identitaire, solidarité entre communautés»: ce festival voué aux traditions musicales vivantes a trouvé sa place dans la vieille ville de Delémont qui, du coup, devient symbole d'enracinement et d'ouverture. Rien d'incongru à la présence de griots et d'armaillis, de femmes tchétchènes et de montagnards corses. Les concerts pluriels prônent le respect de l'autre, non sa dissolution dans le chaudron de la world music. D. R.
« Delémont.Vieille Ville. Ve 20, 20 h 30. Sa 21, de 14 h à 24 h. Di 22, de 9 h à 19 h 30. Nombreux reflets sur Espace 2. Rens. 032 422 50 22. n Nicolas de Flue §§§
De Rougemont et Honegger ont imaginé cet oratorio qui relate la personnalité du saint sage du XVe siècle. Composé pour l'Expo de 1939, il ne put être créé avant 1941, pour cause de mobilisation. Le revoilà à Expo.02 autour du récitant Jean-Luc Bideau et de centaines d'interprètes, dirigés par Theo Loosli. D. R.
« Neuchâtel. Temple du Bas. Je 19, 20 h. « La Chaux-de-Fonds. Temple Farel. Ve 20, 20 h. « Yverdon-les-Bains. Temple. Sa 21, 17 h. « Bienne. Palais des Congrès. Di 22, 17 h. Rens. 032 725 02 72.
livres
n Pourquoi le Brésil? §§§
Il faut lire le dernier livre de Christine Angot, «Pourquoi le Brésil?». Et le défendre. Non, ce n'est pas n'importe quoi. Non, ce n'est pas «Martine amoureuse» qui fait suite à «Martine à Paris». Non, ce n'est pas prendre le lecteur pour un imbécile. Il n'y a pas à dénigrer Angot, parce que c'est son droit le plus strict de ne pas vouloir écrire de roman. Elle ne veut pas inventer une histoire, elle veut écrire ce qu'on a dans la tête «quand on bouge et quand on vit». Parce que avoir une histoire à raconter, c'est faire partie du groupe. Et Angot a horreur du troupeau, de l'amalgame. Alors elle s'affirme, elle lutte contre la grégarisation par sa voix intérieure, son regard, sa différence. Elle le fait bien, et donne à la littérature son rôle le plus passionnant: mettre le monde en forme. «Pourquoi le Brésil?», livre très abouti, au souffle fort et dru, raconte une énorme fatigue de vivre qui débouche sur une relation amoureuse décortiquée au plus intime. Qui libère la narratrice, peut-être, du père incestueux. Avec elle, la littérature est une aventure fascinante, physique. Et l'écrivain, une incroyable machine à digérer, à recycler. Monstre sublime. I. F.
« De Christine Angot. Stock, 224 p.
n Lily §§
Simon Hagopian voue à sa mère Lily une passion faite de haine et de dévotion. A sa mort, Simon lui fait construire un musée et referme la porte sur ce royaume hanté, lieu de mémoire qu'il arpente en plongeant dans la vie de cette femme distante. Lily traverse le siècle entre abandons et secrets de famille et transmet tout cela à son fils, le nourrissant d'histoires anciennes au lieu d'amour. «Lily» est un livre grand et singulier, dont la langue précise et baroque insinue que pour se libérer de l'autre, il faut pénétrer dans les plus obscurs replis de son passé.
« De Daniel Arsand. Phébus, 206 p.
n Amants §§
Après la Marie-Jo de Robert Guédiguian qui a deux amours, c'est Catherine Guillebaud qui raconte l'histoire de deux amants qui s'aiment sans cesser d'aimer lui sa femme, elle son mari. Elle nous mène adagio assai, ouvrant grand la porte de cette liaison passionnée et ambiguë, frustrée, car ne sachant où se poser, innocente car farouchement dans le présent. Faut-il choisir? Garder le secret? Peut-on aimer deux personnes à la fois? Texte inscrit dans notre époque, limpide et détaché, «Amants» parcourt mélancoliquement les deux faces de l'infidélité.
« De Catherine Guillebaud. Seuil, 174 p.
expos
n Construis-moi §§ ta ville
Depuis deux ou trois ans, le bureau lausannois Tribu'architecture propose aux écoles primaires une «Introduction à l'environnement construit». Avec la complicité des enseignants, les enfants réalisent une maquette de quartier où chacun implante sa propre maison. A la fin de l'expérience, les différents collèges possèdent ainsi une ville miniature, colorée, parfois un peu bancale mais pleine d'aménagements minutieux. Les voilà réunies. Ici l'hôpital avec son héliport, là le cinéma, ailleurs un parc avec sa sculpture, le café, l'école et, surprise, la prison. Quand les enfants réinventent leur ville, ils gardent les pieds sur terre. M. D.
« Lausanne. Forum d'architectures. Jusqu'au 13 octobre, me-ve 12-18 h (je 21 h), sa-di 12-17 h.
n Bernhard Luginbühl §§§
Le site est magnifique, prairie accrochée aux forêts qui surplombent à la fois le lac de Neuchâtel et celui de Morat. Coup d'oeil sur les galets et sur le Monolithe. Mais, surtout, présence des sculptures de fer monumentales de Bernhard Luginbühl, formes épaisses et pourtant élancées, boulets suspendus défiant les lois de la pesanteur. Le poète de l'acier a aussi imaginé «Signal», construction géante de bois autour de laquelle broutent quelques moutons... Fidèle à sa démarche désormais bien connue en Suisse et en Europe, Luginbühl y mettra le feu, offrant un spectacle d'images en étincelles, de visions crépitantes, événement éphémère à graver dans les pupilles. D. R.
« Mont-Vully. Vully-expo, ouverte en permanence. Fête et mise à feu: ve 27. Entrée libre. Rens. 026 673 18 72.
Et encore...
chanson
Tinu Heiniger
Entre folk, Brassens et racines bernoises, un vétéran adulé et produit par Stephan Eicher.
Morat. Arteplage. Lu 23, 20 h 15. Rens. 0848 800 800.
cinéma
Cinéma.02
Expositions, projections spéciales, films de Méliès à Zérodeux... Vevey assume pleinement son statut de ville d'images.
Vevey, Rex. Chexbres, Grande salle. Du ve 20 au di 6 octobre. Rens. 021 922 48 54 ou www.images.ch
classique
Michael Tippett
A découvrir, un oratorio du compositeur anglais, créé en 1944, par le Choeur Faller.
Lausanne. Cathédrale. Ve 20, 20 h. Rens. 021 312 77 45.
electro
Miss Kittin & Michael Mayer
House fun et minimale par deux des meilleurs DJs du genre.
Genève. Weetamix. Sa 21, dès minuit. Rens. www.weetamix.com
Ron Carroll
DJ mais aussi chanteur à la voix d'or, l'Américain défend une house gorgée de soul.
Lausanne. Loft. Ve 20, dès minuit. Rens. www.loft.ch
expositions
Matali Crasset
Les nouvelles technologies au service de l'intimité. Une vision du design comme «projet de vie».
Lausanne. mu.dac. Du 19 septembre au 10 novembre, ma 11-21 h, me-di 11-18 h.
Métal, metal, metall, metallo
Quatorze exposants issus de la mode, de la ferronnerie d'art ou de l'art contemporain.
Bulle. Musée gruérien. Jusqu'au 10 novembre, ma-sa 10-12 h et 14-17 h, di 14-17 h.
lyrique
Véronique
L'opéra-comique d'André Messager dans une réalisation allégée et piquante.
Lausanne. Théâtre Municipal. Di 22 et 29, 17 h. Me 25, ve 27, ma 1er octobre, 20 h. Rens. 021 310 16 00.
Don Carlos
Le drame de Verdi dans sa version italienne.
Genève. Grand Théâtre. Lu 23, 19 h 30. Me 25, ve 27, lu 30, me 2 octobre, ve 4, lu 8, 20 h. Di 6, 15 h. Rens. 022 418 31 30.
rock
McLusky & Houston Swing Engine
Deux groupes pour un rock résolument énergique et énervé.
Genève. Usine. Je 19, dès 21 h. Rens. 022 781 40 04.
Zorg, sinner dc, Magicrays
Un rock mélodique et hypnotique inspire ces trois formations helvétiques prometteuses.
Neuchâtel. Cargo. Ve 20, dès 21h.
The Rapture
La nouvelle sensation new-yorkaise du revival électro punk. L'esprit de Gang of Four et de Talking Heads résiste à l'usure du temps.
Neuchâtel. Cargo. Je 26, dès 21h.
théâtre
(Hilarité bruyante sur les bancs de la majorité)
Un texte construit à partir des discours prononcés par Victor Hugo à l'Assemblée nationale. Mise en scène: Gino Zampieri. Avec Roger Jendly.
Lausanne. Théâtre de Vidy, du 20 septembre au 13 octobre. Rens: 021 619 45 45.
Le vrai monde?
Un jeune écrivain s'inspire de sa famille pour écrire une pièce. De Michel Tremblay. Mise en scène: Gill Champagne.
Genève. Théâtre de Poche, jusqu'au 13 octobre. Rens: 022 310 37 59.
world
Max Lässer No Nation
Ethnopop entre Zürich et Johannesburg.
Yverdon. Arteplage. Mondial. Jusqu'au 22. A 14 h 30, 16 et 21 h. Rens. 058 726 61 27.
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Serge Lama
Genève. Grand Casino. Je 10 octobre. Rés. Tel. 0848 800 800.
The Young Gods + 2 Many DJs
Neuchâtel. Cargo. Ve 20 octobre. Rés. idem
Bryan Adams
Genève. Arena. Ma 19 novembre. Rés. idem
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