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Réveil des consciences. Evidemment, cette carte était une injure à l’arc jurassien et à son savoir-faire envié dans le monde entier dans le domaine de la microtechnique. Elle a au moins eu le mérite de réveiller les consciences sur le risque de marginalisation que court la région. Ex-conseiller national aujourd’hui à la retraite, Jean-Claude Crevoisier résume bien l’enjeu. «Soit l’arc jurassien devient une réserve d’Indiens réduite à une zone de loisirs, soit il affiche de nouvelles ambitions et s’en donne les moyens en créant de nouvelles structures institutionnelles.»
Au Château de Neuchâtel, le conseiller d’Etat Jean Studer ne peut qu’acquiescer. Selon lui, la démarche commence par un exercice d’humilité. A l’échelle des régions européennes peuplées de plusieurs millions d’habitants, Neuchâtel et les deux Juras ne sont que des confettis rassemblant tout juste 300 000 habitants. Aujourd’hui, la plupart des cantons sont trop petits, ce qui les force à signer des concordats intercantonaux dans de nombreux domaines: «Le fédéralisme ne permet plus de résoudre les problèmes à la dimension qu’ils ont acquise. Dès lors, les cantons s’épuisent à s’inscrire dans cette logique de concordats qui frustrent les parlements n’ayant plus le choix: c’est à prendre ou à laisser.»
Dialogue. Si Neuchâtel est désormais prêt à intensifier le dialogue à l’ouest, le pas est plus difficile à franchir dans le Jura et le Jura bernois. Et pour cause! Depuis 1994, ceux-ci ont entamé un processus de rapprochement pour panser les blessures nées des plébiscites de 1974 et 1975. Ils ont créé l’Assemblée interjurassienne (AIJ) qui, l’an dernier, a accouché d’un rapport dont la variante principale est la création d’un Jura à six communes.
Intéressant en soi, ce rapport a conduit à une impasse. Le Gouvernement jurassien veut aller au bout de la démarche et pousse à une votation populaire dans les deux Juras. Mais le Jura bernois n’en veut pas. Les récentes élections cantonales bernoises, qui ont renforcé la position des antiséparatistes, laissent craindre le pire pour l’avenir de l’AIJ. Les plus durs réclament déjà sa dissolution à terme pour mieux imposer le Conseil du Jura bernois comme seul acteur du dialogue interjurassien.
Inutile de dire que dans un tel contexte, les deux gouvernements se montrent très réservés à la perspective d’un canton de l’arc jurassien. La ministre jurassienne Elisabeth Baume-Schneider est carrément sceptique: «Le Jura n’a pas à rougir de sa petite taille: il participe comme tous les autres cantons à l’enrichissement du fédéralisme, déclaret- elle en préambule. Un canton de l’arc jurassien ne serait qu’une demi-mesure. Nous devons apporter plusieurs réponses face aux défis de l’avenir et nous tourner à la fois vers Bâle, l’arc jurassien et la France voisine». De plus, un tel canton fait planer une autre menace: «Certains Jurassiens craignent qu’un tel canton soit trop axé sur le Plateau suisse entre Neuchâtel et Bienne», ajoute-t-elle.
Prudence aussi du côté de Berne, où Philippe Perrenoud, vice-président du gouvernement, souligne que le travail de l’AIJ doit se poursuivre. Mais il ne ferme aucune porte: «Je suis prêt à toute discussion sur l’arc jurassien dans le but de mettre cette région en valeur. Mais il faut d’abord se concentrer sur des projets concrets, comme un réseau de santé, avant de l’envisager en termes institutionnels. On ne peut pas mettre le toit d’un édifice avant d’avoir construit les murs.»
Dans le Jura comme dans le Jura bernois, on a souvent déjà fait son choix, mais on n’ose pas encore l’afficher. «Tout le monde sait qu’un canton de l’arc jurassien est un beau projet d’avenir, mais il tombe mal au moment du rapport de l’AIJ. Je préfère donc ne rien dire publiquement», ont déclaré plusieurs personnalités à L’Hebdo.
Les mentalités évoluent dans le Jura. Grand militant du combat jurassien, le conseiller national Jean-Claude Rennwald a déposé une motion exigeant que l’on étudie l’idée. «Par rapport à 1974, ma perception des espaces politiques a évolué avec l’élargissement de l’Union européenne et le développement des coopérations transfrontalières», explique-t-il. Sa fille Line (26 ans), assistante à l’Université de Genève, est prête à relayer l’idée. «Oui, j’ai l’impression que la vision de l’arc jurassien séduit les jeunes. Cette région a un tissu économique et un destin communs.»
«J’AI L’IMPRESSION QUE LA VISION DE L’ARC JURASSIEN SÉDUIT LES JEUNES.» Line Rennwald, socialiste jurassienne et assistante à l’Université de Genève
«LE FÉDÉRALISME NE PERMET PLUS DE RÉSOUDRE LES PROBLÈMES À LA DIMENSION QU’ILS ONT ACQUISE.» Jean Studer, conseiller d’Etat (PS/NE)
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