Il est très à la mode, au sein des partis bourgeois – car la gauche vomit autant l’une que l’autre - d’opposer la place financière à l’économie dite réelle, comme si les banques se mouvaient dans une sorte de magma extra-planétaire où toute activité échappe à la réalité. Le combat est devenu un tel enjeu politique que plus personne ne sait vraiment sur quoi partisans et détracteurs s’écharpent, à l’instar des O’Timmins et des O’Hara dans une célèbre bande dessinée.
Un fossé artificiel. Le temps est donc venu de se livrer à une réflexion sereine et objective, qui ne peut conduire qu’à une seule conclusion: le fossé qu’on a voulu créer pour des raisons politiques est totalement artificiel. Plus de 100 000 places de travail, 12% du PIB, voilà ce que, «réellement», la place financière apporte à la Suisse. Des vrais salaires, payés par des banques qui ont recours à une multitude de sous-traitants pour assurer leur exploitation, perçus par des vraies personnes, qui consomment pour de vrai, paient de vrais impôts et participent à la prospérité de notre pays: telle est la réalité, étant ajouté qu’une partie des impôts est affectée à des grands investissements et à des travaux confiés à des entreprises suisses, créant et/ou assurant de la sorte des emplois qui font vivre des familles entières. Il n’est pas inutile de le marteler haut et fort au moment où il est à la mode, électoralisme oblige, d’utiliser la place financière comme bouc émissaire, voire comme exutoire.
En outre, certains s’en prennent à l’absence de solidarité des banques avec les autres acteurs économiques: peu d’engagement dans les crédits, retrait du soutien aux entreprises, etc. Or, les chiffres démontrent qu’il n’y a pas de – pardonnez cette expression chocolatière - credit crunch en Suisse, puisque la légère contraction du crédit est imputable à la baisse de la demande consécutive à la forte récession de l’économie mondiale. En outre, l’argent injecté dans l’économie et dans les constructions immobilières (les prêts hypothécaires représentent 2/3 de l’ensemble du volume de crédit) profite à l’économie dite réelle.
Une place financière performante est gage de taux d’intérêts attrayants et c’est aussi grâce à ceux-ci que les grands pourfendeurs actuels des banques comme Hayek ou Blocher ont pu acquérir et développer leurs activités.
Efficacité des services à la clientèle. Le savoir-faire développé par les banques dans le domaine international a aussi des effets bénéfiques pour les entreprises exportatrices suisses. Dans un autre registre, les clients étrangers des banques suisses, que certains traitent aujourd’hui comme des pestiférés, contribuent à l’expansion du commerce dans les places financières et du tourisme dans les centres touristiques.
Les exemples foisonnent qui illustrent la relation symbiotique entre la finance, le commerce et l’industrie. Et cela est tout aussi vrai pour les personnes physiques, qui bénéficient d’un système bancaire et de prestations particulièrement efficaces. Il suffit de traiter avec des banques étrangères pour se rendre compte à quel point les banques établies en Suisse sont au-dessus du lot en matière de services à la clientèle.
Des acteurs interdépendants. Maintenant que la Suisse a eu droit à sa psychothérapie nationale avec le refus – parfaitement justifié - de la décharge à Ospel & Cie, il est temps de restaurer la bonne entente entre les partisans des divers intervenants de l’économie helvétique.
Il n’y a pas une économie irréelle et une autre réelle. Il y a une seule économie, animée par des acteurs interdépendants, dans laquelle l’industrie, les petites, moyennes et grandes entreprises et la place financière ont toutes un rôle à jouer. Les défendre toutes plutôt que les diviser est un devoir de tout politicien responsable et soucieux de la prospérité de notre pays, qui a jusqu’ici réussi à traverser la crise grâce à sa modestie (qualité qui a été oubliée par un petit groupe de dirigeants dont la mort sociale vient d’être prononcée), son savoir-faire et son sens des valeurs.
PROFIL: CHRISTIAN LUSCHER
Né en 1963, avocat au sein de l’étude genevoise ZPG, Ziegler, Poncet, Grumbach, Carrard, Luscher. Elu au Conseil national en 2007, membre du comité exécutif du PLR.
PLUS DE 100 000 PLACES DE TRAVAIL, 12% DU PIB, VOILÀ CE QUE, «RÉELLEMENT», LA PLACE FINANCIÈRE APPORTE À LA SUISSE.
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