|
Par Antoine Menusier - Mis en ligne le 08.08.2012 à 10:36 |
On imagine: elle, un peu chatte, allongée sur le sofa pleine peau de leur appartement parisien, le creux d’un genou posé sur le sommet de l’autre, lisant à haute voix un passage d’un roman américain. Lui, un peu tigre, debout dans un puissant contre-jour, ajuste sa cravate. Il la regarde. Elle sait qu’il la regarde. Tout à l’heure, il assistera au dernier conseil des ministres, celui d’avant les vacances d’août. Il se penche pour l’embrasser, elle le retient, lui murmure des mots à l’oreille. Il sourit. Son chauffeur l’attend au bas de l’immeuble. Manque un air de musique. Au hasard, Charlie Parker. Il y a un côté cinéma chez Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar. Un côté série, même. On les voit bien dans une évocation sixties de Cold Case, la bluette policière qui est au genre ce que Radio Nostalgie est aux ondes. Le Blanc évolué, la Noire battante. Ils sont étudiants, ils s’aiment. Ça ne s’annonce pas facile. Sauf qu’on est en 2012, en France, où rien ne s’oppose à leur liaison, où tout la sollicite. Urbaine virilité. Le ministre et la journaliste forment le couple de l’été – la chronique mondaine les dit ensemble depuis deux ans. Ils font, l’un et l’autre, l’actualité. Chacun dans sa partie, chacun dans son style. Arnaud Montebourg, qu’en Suisse on a connu menant mission exaltée contre le blanchiment (qu’est-ce qu’on rigolait, alors), est resté, à 50 ans, ce jeune homme agaçant, quelques fois amusant, souvent onctueux, assez Marie-Chantal, au fond. Quand il parle, on dirait qu’il vocalise. Il aurait tenu son rang dans Ridicule, le film de Patrice Leconte qui se moquait des précieux de cour. Il reste qu’Arnaud est plutôt beau gosse, et ses apprêts de marquis n’ont pas entamé son urbaine virilité. Il occupe dans le gouvernement socialiste de Jean-Marc Ayrault un ministère dont l’intitulé est à lui seul une grivoiserie: le redressement productif. Les humoristes n’en demandaient pas tant. L’affaire est pourtant grave. Il s’agit de relever l’industrie française. Comparant la présente tâche à celle que s’était assignée le futur président Roosevelt en 1929 en lançant l’idée du «redressement industriel national», le député Thierry Mandon brosse un état des lieux inquiétant dans le magazine L’Express (25 juillet): «En trois ans, 700 usines ont fermé; en dix ans, 740 000 emplois industriels ont été détruits.»
«QUELQU’UN PEUT-IL CITER UN REPORTAGE, UNE ENQUÊTE, UNE CRITIQUE MUSICALE ÉBOURIFFANTE D’AUDREY PULVAR?»Daniel Schneidermann, chroniqueur à «Libération»
Besoin de viagra. Que faire? Plaider. Avocat de métier, Arnaud Montebourg mouline de toutes ses manches pour fustiger le groupe automobile PSA qui annonce début juillet la suppression de 8000 emplois et la fermeture d’une usine à Aulnay-sous-Bois, en région parisienne. Il attaque la famille Peugeot, l’actionnaire principal, convoque le patron au ministère. Il est le commissaire du peuple jugulant le koulak. C’en est trop. Le ministre se croit au théâtre, il n’a pas compris qu’il n’est qu’un rouage de l’impitoyable économie de marché, que son rôle n’est pas de sermonner les investisseurs mais au contraire de les cajoler. Ingrate besogne que la sienne en ce début d’été, qui le met aux prises avec de tristes réalités. Peugeot en sortie de route, le volailler Doux, 3400 salariés, géant dans son secteur, qui perd ses plumes… Le redressement productif, pour l’heure, a besoin de Viagra. «Gauche Pulvar». Derrière ce malheur se dessine un petit bonheur. A la mi-juillet, Audrey Pulvar est nommée directrice de la rédaction des Inrockuptibles, le manifeste hebdomadaire de la gauche caviar – expression surannée qu’il faudra peut-être songer à rebaptiser «gauche Pulvar». A 40 ans, la compagne d’Arnaud Montebourg retrouve de l’embauche – et à quel poste! –, après avoir subi la jurisprudence médiatico-politique sur les conflits d’intérêts conjugaux. Elle a dû quitter le service public, d’abord France Inter puis France 2, où elle officiait en robe fourreau le samedi soir dans On n’est pas couché, le talkshow de Laurent Ruquier. C’était elle ou lui. Il était évident qu’«Arnaud» n’abandonnerait pas la politique, et puis, partager des secrets d’Etat, ça vous gonfle d’importance. Sur le plateau de Ruquier, Audrey Pulvar, tête en dedans, bouche pincée, donnait parfois le sentiment d’aimer ça: je sais des choses que je ne peux pas vous dire. La voilà recasée dans le privé aux Inrocks: jamais désert fut si vite traversé. Amoureuse mais pas potiche, Audrey. «Twitteuse» sympa mais pleine de principes. Une sémillante qui a du caractère. Elle a de qui tenir. Son père, un Martiniquais ancien professeur de mathématiques, fut un leader indépendantiste et syndical dans les années 60 et 70. Comme un revival de cette époque marquée par la soul et la lutte noire américaine pour les droits civiques, elle arbore depuis quelques semaines une coupe afro aperçue dans Voici – marre des cheveux lissés. Ses larges lunettes impriment à son visage avenant une touche intello militante. Nathalie Fanfant, Martiniquaise et fille d’indépendantiste comme elle, candidate UMP aux dernières élections législatives, lui trouve un air d’«Angela Davis pour l’engagement et d’Halle Berry pour la beauté». «C’est une très bonne journaliste, ajoute-t-elle, même si j’aime moins son côté égérie de gauche.» Considérations marketing. Sa nomination à la tête de la rédaction des Inrocks laisse certains perplexes. «Quelqu’un peut-il citer un reportage, une enquête, une critique musicale ébouriffante d’Audrey Pulvar?», demande Daniel Schneidermann, chroniqueur au quotidien Libération. La journaliste est un pur produit de l’audio-visuel, révélée au public lorsqu’elle présentait le journal du soir de France 3. Saura-t-elle convaincre à l’écrit? Suspense. Elle doit son poste pour beaucoup à des considérations marketing, boosteuses supposées des ventes, non sans fondement si l’on observe la hausse de celles de Libération depuis l’arrivée à sa tête d’une autre star de la radio et de la télé, Nicolas Demorand. Les Inrockuptibles ne seront «ni une annexe, ni une chambre d’écoute, ni un organe du Parti socialiste, du gouvernement ou du chef de l’Etat», a juré l’impétrante, propulsée aux commandes de l’hebdomadaire par le banquier Matthieu Pigasse, patron de la publication et par ailleurs actionnaire du Monde. Chroniqueur à France Inter et aux Inrocks, Thomas Legrand a claqué la porte du magazine culturel, estimant la fonction de journaliste incompatible avec le statut de compagne de ministre en exercice. «Elle est sur le fil du rasoir», note Nathalie Fanfant à propos d’Audrey Pulvar. Un rasoir à deux lames au moins. Muguet et temps nouveaux. Le Monde, justement, de gauche sur les questions de société mais libéral en économie – ce qu’est le Parti socialiste en dépit d’envolées protectionnistes par-ci par-là – semble montrer la voie de l’indépendance: «Le ministre du redressement contre-productif», titrait-il un éditorial du 25 juillet, critiquant son style impétueux. Reste que le couple Montebourg-Pulvar est nettement plus présentable que la paire Eric et Florence Woerth, l’ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy et l’ex-gestionnaire de fortune de la milliardaire Liliane Bettencourt, championne du conflit d’intérêts. A droite, c’est toujours un peu cracra. Tandis qu’à gauche, ça sent le muguet et les temps nouveaux. Union recomposée, des enfants de précédentes liaisons, Arnaud et Audrey incarnent, à leur manière, la France de la diversité: il a des origines algériennes par sa mère, elle est une «fille des îles». Le soir, elle lit à haute voix un poème d’Aimé Césaire. Il la regarde. Elle sait qu’il la regarde. On imagine. |









