| L’Italie et la France nous offrent en ce début d’été un affligeant spectacle d’appauvrissement de la démocratie. Vendredi dernier dans la Péninsule, la plupart des journaux se sont mis en grève pour dénoncer une loi berlusconienne interdisant la publication d’écoutes téléphoniques et les articles traitant d’affaires non jugées! En France, les rédacteurs de Mediapart qui enquêtent sur l’affaire Woerth-Bettencourt se sont vu reprocher des méthodes «fascistes». Vouloir bâillonner la presse n’est jamais très sain en démocratie. Insulter les enquêteurs en les assimilant aux pires dérives du XXe siècle dénote une inculture rare et une légèreté insupportable. La crise économique et financière provoque chez nos deux grands voisins une nervosité extrême. Est-ce la crainte de ne plus jamais renouer avec la prospérité d’antan, l’angoisse de ne pas parvenir à financer les retraites à long terme, le vertige devant les dettes accumulées, bref, la prise de conscience de leur incapacité politique à pérenniser le contrat social, qui crispent tant Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy qu’ils en malmènent avec aigreur la séparation des pouvoirs? Les dérives égotistes, les petits arrangements avec la vertu de ces deux-là ne datent pas d’hier. Le Français semble avoir beaucoup appris du Cavaliere, un précurseur notoire en la matière, trois fois «blanchi» par les urnes. A les voir enfreindre la dignité de l’Etat qu’ils sont supposés incarner, on se demande s’ils ont tant voulu parvenir au pouvoir pour servir la République ou se servir d’elle à des fins personnelles ou claniques. Ce dévoiement des bonnes moeurs démocratiques nous interpelle. L’Italie et la France ont montré ces deux dernières années face à la Suisse une irritation grandissante. Que de leçons de morale ne nous ont-elles pas assenées! Dans la bouche des ministres Tremonti et Woerth, les coffres trop remplis et si discrets de la Confédération étaient l’origine et la solution de tous les maux. Ils ont menacé, tempêté. Ils ont décrété des amnisties fiscales avec un succès très variable. La Suisse a encaissé les coups, elle en encaissera encore, mais les banques ne se sont pas vidées. C’est dans ce contexte de champ de bataille après la défaite qu’est survenue l’affaire Woerth-Bettencourt. A l’insu de son plein gré, la place financière genevoise se venge, le milieu d’affaires franco-suisse qui y a pris racine depuis bientôt un siècle laisse éclater sa colère et distille quelques informations embarrassantes pour Sarkozy et son entourage. En dénonçant la complaisance fiscale de la Suisse à l’égard des grandes fortunes, les gouvernements de nos deux grands voisins ont négligé un détail. Si nous sommes devenus une base arrière commode pour les richesses menacées par les aléas politiques, c’est parce que notre démocratie est réputée, à tort ou à raison, stable, fiable, quasiment ennuyeuse, exempte des tapages désolants dont ils nous offrent régulièrement le spectacle. Des avantages et une discrétion dont les milieux qui ont porté au pouvoir Berlusconi et Sarkozy ont souvent fait usage. Les psychanalystes appelleront cela «le retour du refoulé». Les caustiques ironiseront sur l’arroseur
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