Peu de nus ou de scènes provocantes, passablement de géométrie, des panneaux, des tentures de toutes couleurs et matériaux, beaucoup de miroirs et du brillant. Cette année, la section Art Unlimited d’Art Basel – réservée à des œuvres monumentales, donc susceptibles d’intéresser les gros budgets – donnait une impression étonnamment sage et lisse. Même le très sulfureux Thomas Hirschhorn était représenté avec une œuvre politiquement correcte: un Hotel Democracy de 2003 ressemblant à une gigantesque maison de poupées. Une façon de séduire de nouveaux collectionneurs avec des œuvres plus soft, décoratives, bref islamo-compatibles? Parmi les nombreuses animations de la foire, une table ronde consacrée à «L’art au Proche-Orient» donnait à penser que les organisateurs de la foire prenait désormais au sérieux cette partie du monde. Et, le soir même, le vernissage, chez le fabricant de meubles Vitra, de l’exposition Dubai Next: la construction d’une culture du XXIe siècle confirmait la piste: les pays du Golfe étaient à l’honneur.
«Vitra Campus Event». Parmi les nombreuses soirées chic liées à Art 39 Basel, ce «Vitra Campus Event» fut à la fois piquant, pittoresque et mondain. Outre plusieurs architectes célèbres, de nombreux collectionneurs et designers, on y croisait une noire escouade d’élégantes voilées – des historiennes de l’art venues de Emirats, apprit-on – ravies de se faire photographier parmi les meubles design de la célèbre firme suisse. L’événement était donc aussi artistique. Installée dans la Caserne des pompiers réalisée par Zaha Hadid sur le site de Vitra, l’exposition Dubai Next s’annonçait passionnante. Il s’agissait ni plus ni moins que de découvrir, derrière les façades spectaculaires et un peu arrogantes d’une architecture en plein boom, le premier souffle d’une culture naissante véritablement made in Dubaï. Et le suspense était encore alimenté par la présence de l’architecte star Rem Koolhaas, cocommissaire de la manifestation avec le Palestinien Jack Persekian, directeur artistique de la Biennale de Sharjah (Emirats arabes unis). Malgré cette caution de poids, l’exposition commanditée par la très jeune Dubai Culture & Arts Authority n’apporte en réalité pas de grandes révélations. Avec un certain aplomb, elle met l’accent sur la richesse du multiculturalisme local (plutôt que sur les criantes inégalités sociales présentes dans l’Emirat) et propose à la sagacité du visiteur une série de photographies et de vidéos dont la plupart manquent encore d’audace ou de structure. «Il est plus facile de construire des bâtiments que de concevoir les choses à mettre dedans et, surtout des choses qui fassent sens», suggérait, bien inspiré, un orateur de la soirée. Institutionnels ou non, les collectionneurs du Proche-Orient ont-ils, dans la foulée, fait quelques emplettes à Art Basel? Les galeries sont de nature discrète. Certaines, dont la prestigieuse Galerie Krugier, ont admis qu’en tout cas ils étaient présents. Et, quand on connaît le nombre de musées en construction dans le Golfe, on peut imaginer qu’ils reviendront.
A voir
Weil am Rhein. Site Vitra. Caserne des pompiers. Jusqu’au 14 septembre.
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