Juridiquement, elle n’a aucune valeur. Elle, c’est la fameuse clause d’exclusion d’un membre qui aurait accepté d’être élu au Conseil fédéral contre l’avis de son groupe, que l’UDC a introduite dans ses statuts le 5 juillet dernier. Interpellé par le socialiste vaudois Roger Nordmann, le bureau du Conseil national estime que «cette clause ne compromet nullement l’éligibilité d’un membre de ce parti», mais il renonce à s’immiscer dans les affaires internes d’un parti.
Le 10 décembre dernier, le centre-gauche n’a pas attendu cet avis pour tenter de faire élire l’UDC modéré Hansjörg Walter, et donc de sanctionner le chantage de l’UDC qui voulait imposer son ticket «Blocher-Maurer». Une semaine plus tard, la clause d’exclusion automatique reste au centre des débats. Surprise, la charge est interne. Bien qu’ovationné par son parti, Hansjörg Walter a douché ses louangeurs: «La tête de l’UDC ne doit plus recourir au chantage politique à l’avenir», a-t-il averti. «La clause de l’UDC restreint la liberté du Parlement et donc viole l’esprit de la constitution», renchérit-il.
Avertissement. Etant passée à une voix d’un vote de défiance, la tête du parti UDC ne pourra pas ignorer l’avertissement de son nouveau héros. D’autant plus que le Thurgovien représente une forte minorité dans son groupe. «Entre 20 et 25 députés UDC partagent mon avis sur cette clause», déclare-t-il à L’Hebdo.
A l’instar du bureau du Conseil national, les adversaires de l’UDC ne tiennent pas à intervenir dans les statuts d’un autre parti. «Je ne peux que conseiller à l’UDC d’abandonner cette clause, qui a failli se transformer en autogoal. Sans elle, Ueli Maurer aurait été élu beaucoup plus confortablement», note le président des radicaux Fulvio Pelli. Le socialiste Roger Nordmann prévient déjà: «La prochaine fois, nous réussirons à franchir le Rubicon.»
Du côté de l’UDC, même la tête du parti reconnaît qu’elle a frisé la catastrophe avec sa tactique jusqu’au-boutiste. «Je reconnais que nous avons risqué l’autogoal, mais nous avons fini par réussir à faire élire Ueli Maurer», note le vice-président du parti Yvan Perrin. Il n’y aura donc pas de remise en question immédiate de la clause d’exclusion. L’Argovien Luzi Stamm entrouvre une porte de sortie: «A long terme, je pense que cette clause sera retirée, car elle ne correspond pas au système suisse.»
Prétoriens affaiblis. Sonnée par les derniers sondages qui la créditent d’une perte de cinq points par rapport à son score de 2007, l’UDC souhaite pour l’heure se concentrer sur une autre priorité: la «normalisation». Ce terme revient dans toutes les bouches. «Nous devons maintenant gérer notre retour au gouvernement et assumer les contradictions inévitables qu’il y aura entre la collégialité gouvernementale et le discours plus ferme du parti», ajoute Yvan Perrin.
Pour d’autres, comme l’entrepreneur thurgovien Peter Spuhler, ce terme de «normalisation» recouvre un mouvement de fond beaucoup plus profond: la fin d’une époque, ou plutôt le début d’une ère post-blochérienne. Soucieux d’apaiser les esprits et d’éviter toute nouvelle polémique avec Christoph Blocher, le patron de Stadler Rail ne le formule pas ainsi, mais il le laisse entendre: «Nous devons désormais résoudre les problèmes concrets.» Pour lui, cela signifie la reconduction de l’accord avec l’Union européenne sur la libre circulation des personnes, vital pour son entreprise.
L’aile libérale de l’UDC sait que la garde prétorienne de Christoph Blocher – avec son président Toni Brunner dépassé par les événements et son idéologue Christoph Mörgeli à l’hôpital – est affaiblie. Plutôt que de réclamer l’abolition de cette clause, elle préfère qu’elle tombe aux oubliettes lorsque le parti se sera «normalisé», comme le dit si bien Hansjörg Walter.
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