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Astra, l’odyssée de l’espace

Par Sophie Simon - Mis en ligne le 17.07.2008 à 00:00

Multimédia. Premier système satellite pour la diffusion d’émissions de télévision et de radio en Europe, Astra nous ouvre les portes de son site: le château de Betzdorf, au Luxembourg. Visite guidée.

Bienvenue dans un drôle de parc d’attractions. Fermé au public. Astra, le leader du marché européen des satellites a élu domicile au château de Betzdorf, à une vingtaine de kilomètres de la capitale luxembourgeoise, en 1987. Auparavant, ce château de style néobaroque était la propriété de la famille grand-ducale. Tous les enfants princiers y sont nés, y compris l’actuel grand-duc du Luxembourg, Henri. Des hôtes de marque, comme le président René Coty ou le roi de Thaïlande, y ont séjourné. Seul témoignage de ce passé: le très vieux poste de télévision Philips qui trône à l’entrée. Il a été offert au grand-duc Jean par la reine Juliana des Pays-Bas en 1956. Une antiquité!
Ici, les salles de conférence portent des noms de planète. Les murs sont recouverts d’affiches de fusées. Et en guise de jardin, un champ d’antennes paraboliques. Dans ce domaine de 9000 m2, ne manque plus que du Wagner en musique de fond... Une horloge indique l’heure qu’il est sur tous les sites de lancement de fusées: Kourou en Guyane, Baïkonour au Kazakhstan, Gnangara en Australie, etc.

Un problème himalayen. Une première salle de contrôle s’occupe des signaux qui arrivent sur la Terre. Une sorte d’immense régie où un écran géant diffuse le contenu de centaines de chaînes de télévision. Au moindre problème, une alerte se déclenche. La deuxième salle de contrôle gère tout ce qui concerne l’espace. Une équipe d’ingénieurs s’assure que les satellites ne dévient pas de leur position finale, dite géostationnaire, à 36 000 kilomètres de la Terre. Une mission ardue car ils doivent faire face à des tempêtes de l’espace, et gérer les perturbations liées aux forces gravitationnelles du Soleil et de la Lune. La Terre elle-même peut influencer l’orbite des satellites, car les masses sont inégalement réparties. Le massif himalayen, par exemple, modifie la donne.

Histoire d’amour. Entre les ingénieurs et leur satellite, c’est une histoire d’amour qui dure quinze ans: la durée de vie moyenne d’un appareil. En fait, sa longévité dépend de ses réserves de carburant: un tiers est consommé lors du lancement, les deux autres tiers lors de son utilisation en orbite. Lorsque l’engin arrive à court d’énergie, la course est finie. Il rejoint alors un «cimetière de satellites» dans l’espace, et est éteint pour toujours. C’est un moment très émouvant pour les équipes qui l’ont accompagné depuis le lancement, se relayant 24 heures sur 24 pour le surveiller. «Les employés en ont les larmes aux yeux», confie Markus Payer, directeur de la communication.
Au total 330 personnes travaillent à Betzdof, dans l’ingénierie, les ventes, le marketing. Une majorité d’hommes. Et 24 nationalités. Il n’existe pas de formation spécifique pour leurs fonctions. Alors ils appliquent le principe du «learning by doing». Et cette méthode a l’air de bien leur réussir. Le premier lancement a été celui d’Astra A1, en 1988, soit trente et un ans après Spoutnik. C’est aussi l’année où Rupert Murdoch, le magnat des médias anglo-saxons, signe un accord avec Astra pour la diffusion de Sky. Depuis, l’ascension de l’entreprise est fulgurante. Astra se vante notamment d’avoir été choisi par Canal +, alors que son principal concurrent, Eutelsat, a son siège à Paris. Aujourd’hui la flotte Astra, composée de 13 satellites, diffuse des contenus audiovisuels à plus de 109 millions de foyers en Europe. L’Allemagne constitue son plus gros marché.

300 millions. Il faut savoir qu’entre la construction, le lancement et les assurances, 250 à 300 millions d’euros sont engagés pour chaque satellite. Et le risque de ratage n’est pas nul. Mais, sur le plan environnemental, le système satellite est beaucoup plus écologique que le câble. L’énergie consommée pour le lancement d’un satellite est équivalente à celle d’un simple vol transatlantique.
Une chose est sûre, Astra ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. La prochaine étape? La diffusion de contenus audiovisuels sur les supports mobiles en bande S, en partenariat avec Eutelsat. Lancement prévu au début de 2009.




Tags: Astra, satellite, télévision, radio, Europe, Betzdorf, Luxembourg,

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