Comment survivre à une attaque nucléaire? «Fermer les fenêtres et tirer les rideaux.» Ne riez pas, c’est l’armée américaine qui parle. On est en 1955, dans un film intitulé «La protection individuelle en cas d’attaque atomique». L’ère est à la propagande en noir et blanc, mais la bombe fait rêver les militaires en couleur.
Le très japonais destin de l’atome, d’Hiroshima et Nagasaki à Fukushima – avec un détour par Tchernobyl – s’est raconté en temps réel depuis les années 50. Des films de propagande, commandés par l’armée ou les sociétés électriques du monde entier, en ont joué le côté pile – assurant l’opinion publique de la sûreté, de l’indispensabilité et de la puissance de la technologie. Côté face, des documentaires militants ont zoomé sur les scènes d’horreur.
«Le discours sur le nucléaire est toujours dans les extrêmes: extrêmement pour ou extrêmement contre», observe Reto Bühler. Le directeur artistique du festival du court métrage de Winterthour a plongé, avec l’aide de l’armée suisse, son nez dans les archives, dont il sort une histoire animée de notre rapport à l’atome. «Plus que n’importe quel autre, c’est un thème sur lequel les opinions se retournent selon les événements du jour.
Les craintes du CO2 avaient bien positionné le nucléaire et Fukushima a tout renversé, mais cet effet-là disparaît déjà.» Plus qu’une réelle évolution, la perception du nucléaire semble suivre un cycle sans fin: rejet, apaisement, réapprivoisement, conviction... et rejet encore.
Montrer l’invisible. A cette quinzième édition du festival de Winterthour – Kurzfilmtage de son petit nom –, le nucléaire s’invite sur le strapontin, hors compétition. «Le thème est particulièrement intéressant, car l’atome est par définition invisible: les films doivent se décarcasser pour le mettre en scène», se réjouit Reto Bühler. Or, la frontière entre vulgarisation et infantilisation se révèle ténue.
Dans Promenade des mythes (Mythenspaziergang), tourné peu avant Fukushima, un couple se balade près de la centrale de Gösgen. Le ping-pong de questions niaises et de réponses des employés de Gösgen, débitées par cœur et en suisse allemand, semble d’un autre âge. Axé sur l’aspect sécuritaire et écologique de la technologie, le film se heurtera peu après au démenti grandeur nature de Fukushima. C’est finalement le très seventies Energie 2000, mandaté par l’Association des entreprises électriques suisses en 1973, qui se montre plus convaincant.
Les courts métrages choisis montrent la volatilité du propos. Le dessin animé Nuclear Boy, par exemple, avait tenté d’expliquer Fukushima aux petits Japonais, en filant la métaphore du pipicaca. Acclamé au début pour sa pédagogie, il est aujourd’hui décrié, jugé cynique.
Car le temps qui passe est cruel pour le nucléaire. La propagande d’hier déclenche les fous rires d’aujourd’hui. Il est récent que des films lancent un regard nuancé, comme le documentaire Atom (2010). Celui-là clora les projections et lancera un débat public le 13 novembre à 14 h au Casinotheater, en compagnie de réalisateurs, d’un archiviste et d’un physicien.
Fukushima a lancé un nouveau cycle de peur. Mais au pays du soleil animé, elle a aussi réveillé les talents. Le sublime 663114, en compétition, conte l’ascension d’une cigale sur un arbre. Au moment délicat de sa mue, la terre tremble. Puis la mer débarque, ses vagues, comme des griffes, agrippent et détruisent tout sur leur passage. Une ellipse enchanteresse du tsunami. Quand l’atome engendre des rêves.
Internationale Kurzfilmtage, du 9 au 13 novembre, Winterthour. www.kurzfilmtage.ch
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