Ce film tombe à point avec l’arrivée de la grippe. Hypocondriaques s’abstenir. Il sera difficile, après avoir vu Contagion, de marcher comme d’habitude dans la rue, d’utiliser les WC publics ou de faire la bise à vos amis. Forcément, vous penserez microbes.
Et vous interpréterez le moindre rhume comme le début de la fin. Contagion, c’est un peu ce à quoi on a échappé au moment de la pandémie de la grippe H1N1. Un film catastrophe typique des séries B, mais tourné comme un grand film hollywoodien, avec son lot d’acteurs prestigieux. A la différence d’autres films du genre, le mal n’est pas circonscrit. Il est partout. Pas d’aliens verts envahisseurs non plus: l’ennemi est invisible, d’autant plus sournois.
Tout commence à Hong-Kong, dans un casino. Les jeux de roulette sont une métaphore. Qui échappera à la grippe? Qui obtiendra un vaccin en stock limité? C’est la roue de la fortune version gore. Les personnages introduits dans les premiers plans n’en ont plus pour longtemps, mais ne le savent pas.
Avant de mourir, ils voyagent et contaminent allègrement leurs semblables. Le film, comme une enquête policière, remontera aux sources de l’apparition du virus mutant. Mais son suspense dépend surtout d’une arithmétique de l’hécatombe. Combien de temps faut-il pour que 1 million de personnes meurent? Le tout avec une visée pédagogique.
Jude Law journaliste. Par un découpage habile, le cinéaste suit en parallèle les victimes (la pauvre Gwyneth Paltrow, qui s’écroule dès les premières minutes et finit trépanée), les médecins (Laurence Fishburne, Kate Winslet ou Marion Cotillard – qui a tourné pour l’occasion quelques plans passe-partout à l’OMS, à Genève), les survivants, bien sûr, prétexte aux scènes les plus poignantes (Matt Damon qui surprotège sa fille en lui interdisant de voir son petit ami).
Et enfin, ceux qui crient à la théorie du complot (Jude Law, journaliste indépendant, qui alimente la phobie ambiante sur son blog, «révélant» à ses millions de suiveurs que la grippe est pilotée par l’industrie pharmaceutique et que le forsythia guérit de la maladie...).
Mais Contagion ne propose aucune réflexion sur la catastrophe. Il joue la carte du suspense sans humour ni second degré (sauf lorsqu’un médecin légiste reçoit une giclée de cervelle sur son masque). Une poussée de fièvre habilement orchestrée, entre mouvements de foule et scènes intimistes; une belle machine, mais à laquelle il manque un regard visionnaire et artistique.
«Contagions». De Steven Soderbergh. Etats-Unis, 1 h 46. Sortie le 9 novembre.
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