L’enquête de L’Hebdo sur le financement des partis a soulevé des vagues. Le Parti socialiste songe à lancer une initiative populaire. Alors que la déclaration du groupe électrique Alpiq, avouant financer certains partis politiques – uniquement ceux favorables à l’énergie nucléaire probablement – est jugée «scandaleuse».
«LA TRANSPARENCE EST UN ÉLÉMENT ESSENTIEL DE LA DÉMOCRATIE.» Dick Marty, conseiller aux Etats (PLR/TI)
Après avoir passé dix ans à ébaucher des propositions constamment rejetées sous la Coupole, Andreas Gross (PS/ ZH) en a assez: «Le citoyen perd de plus en plus confiance dans la démocratie, car il pense que l’argent finit par tout dominer.» Il est donc grand temps de lancer une initiative populaire, si possible au mois d’août prochain.
Avec son collègue Andy Tschümperlin (PS/SZ), il a élaboré cinq variantes, explorant tout le spectre des mesures possibles, allant de la simple transparence à un financement étatique des partis. «Ma préférence va à la variante «transparence et équité», confie-t-il à L’Hebdo.
Celle-ci prévoit un financement partiel des partis par l’Etat. Chaque parti qui publie ses comptes et les noms de ses donateurs voit l’Etat doubler tous les montants reçus entre 50 et 1000 francs. Eventuellement, le soutien étatique aux partis pourrait être plafonné à 20 millions de francs.
La droite n’est jusqu’ici pas entrée en matière sur le sujet. Mais certains esprits plus éclairés commencent à donner de la voix. Au PLR, le chef de la campagne électorale, le Schwytzois Vincenzo Pedrazzini a déjà déploré le pouvoir de l’argent dont profite l’UDC grâce aux millions investis par des mécènes comme Christoph Blocher et Walter Frey.
«LES MULTINATIONALES RÉCLAMENT DES RÈGLES EN FONCTION DES PRINCIPES DE BONNE GOUVERNANCE.» Eugen David, conseiller aux Etats (PDC/SG)
«Une telle inégalité de moyens peut devenir dangereuse pour la démocratie», admet-il. «Mais je fais confiance au système en place et je ne souhaite pas de nouvelle législation, qui n’entraînerait qu’un surcroît de bureaucratie.»
Conseiller aux Etats tessinois, Dick Marty va plus loin. «La transparence est un élément essentiel de la démocratie», souligne-t-il. Aussi prône-t-il un plafonnement des dépenses dans les campagnes individuelles, «de manière à éviter que seules des personnes riches ne soient élues».
Dans le canton de Saint-Gall en 2007, l’UDC a injecté plusieurs centaines de milliers de francs pour tenter de faire élire son président Toni Brunner, ce qui a fait réfléchir Eugen David (PDC/SG), qui a été finalement réélu avec Erika Forster (PLR/ SG): «Ces derniers temps, on a pu constater que plus un parti avait d’argent, et plus il prenait de pouvoir politique dès le moment où des millions de francs étaient en jeu.»
Des actes délictueux ailleurs. Avec Dick Marty et le conseiller national Jacques Neirynck (PDC/VD), le sénateur saint-gallois est donc un des rares députés du centre droit à penser qu’il est temps de légiférer. «Je ne rejette pas le financement du système par l’économie, mais il faut des règles. Des règles d’ailleurs que les grandes multinationales réclament en fonction des principes de bonne gouvernance», déclare Eugen David.
Jacques Neirynck va plus loin. Il plaide aussi pour de sévères sanctions – allant jusqu’à l’annulation d’une élection – en cas de violation de la loi. «Dans le domaine du financement occulte des partis, nous commettons en Suisse des actes considérés comme délictueux dans d’autres démocraties occidentales.»
«UNE TELLE INÉGALITÉ DE MOYENS PEUT DEVENIR DANGEREUSE POUR LA DÉMOCRATIE.» Vincenzo Pedrazzini, vice-président du PLR
Alpiq respecte-t-il les principes de bonne gouvernance lorsqu’il avoue à L’Hebdo ne soutenir que «modestement certains partis politiques»? Assurément non! Très vite, il est apparu que les adversaires du nucléaire, les socialistes et les Verts notamment, ne touchaient pas un sou du plus grand électricien de Suisse, au chiffre d’affaires annuel de 15 milliards.
Le président du PS Christian Levrat ne décolère pas: «C’est une entreprise qui appartient majoritairement à des collectivités publiques. Dès lors, ce soutien s’apparente à un détournement de fonds publics. Nous interviendrons à tous les niveaux pour faire cesser ces pratiques scandaleuses.» Contacté, Alpiq avance un «no comment embarrassé». Une preuve de plus que le malaise est général.
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