Un cœur fatigué, qu’il faut soulager grâce à un stimulateur cardiaque. La maladie d’Alzheimer, peut-être bientôt vaincue par la ténacité des chercheurs d’une start-up vaudoise. Des aliments aux vertus préventives concoctés dans les laboratoires du groupe Nestlé. Le génome humain enfin décrypté et, suite à ces percées, la perspective d’une médecine prédictive et personnalisée... De Genève à Bienne en passant par Neuchâtel ou Sion, la Suisse romande rassemble un nombre sidérant de savoir-faire dans les domaines biomédicaux, qui en font une sorte de «Health Valley», par analogie à la «Silicon Valley» californienne, berceau de l’informatique. Le phénomène ne date pas d’hier, mais il a pris, ces dernières années, une ampleur spectaculaire.
Un chiffre est à l’origine du dossier qui fait, cette semaine, la couverture de L’Hebdo: au premier semestre 2009, les ventes de l’entreprise Medtronic, premier producteur mondial de pacemakers, constituaient près de 1% du total des exportations suisses; 1%, c’est énorme. Nous avons tiré le fil: ensemble, les secteurs des biotechnologies et des technologies médicales (aussi appelées medtech) représentent, en Suisse romande, quelque 20 000 emplois industriels, dans les grandes entreprises mais aussi dans une nuée de start-up. Sans oublier les 5000 chercheurs des laboratoires publics et privés (lire l’enquête d’Elisabeth Gordon en page 52).
Si bon nombre de sociétés étrangères ont été attirées dans la région par son dynamisme dans les sciences de la vie, ce nouveau miracle industriel reste trop peu connu des Suisses eux-mêmes, curieusement. Comme si les pièces du puzzle n’avaient pas encore été assemblées à ce jour, comme s’il manquait une image d’ensemble qui permette de comprendre cette formidable éclosion. C’est ce que nous avons tenté de faire, avec l’aide de l’association BioAlps, en publiant une carte de la Suisse romande biomédicale. Et en organisant, le 3 mars à Genève, un événement sur ce thème. Nous en rendrons compte dans notre prochaine édition.
Bien sûr, ce terreau mérite d’être cultivé sans répit. Il faut ainsi soigner la collaboration entre les acteurs académiques, cliniques, financiers et industriels. Et, surtout, ne pas relâcher les efforts de formation: les entreprises comme les laboratoires sont gourmands en ingénieurs, en scientifiques de haut vol, en techniciens, en médecins.
Comme les événements récents l’ont montré, la banque et la finance pourraient ne plus être, autant que par le passé, pourvoyeuses d’emplois et de richesses. Les horlogers et les fabricants de machines restent tributaires de la conjoncture mondiale. A l’heure où d’autres secteurs marquent le pas, les industries biomédicales prennent le relais, elles ouvrent de nouvelles perspectives, elles font battre plus vite le cœur de notre économie. Bienvenue à «Health Valley».
Nous vivons un nouveau miracle industriel. Curieusement, il reste trop peu connu des Suisses.
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