Hanan el-Cheikh, romancière d’origine libanaise installée à Londres, était déjà une auteure reconnue lorsque sa mère, Kamleh, lui a demandé d’écrire son histoire.
Analphabète, cette femme alors très âgée a commencé à lui raconter sa vie. Pour Hanan el-Cheikh, ce récit a représenté une véritable découverte.
Mère et fille n’étaient en effet pas très proches: Kamleh avait abandonné Hanan et sa sœur à leur père lorsqu’elles étaient enfants, pour pouvoir épouser l’homme qu’elle aimait. Tout ceci, l’auteure nous l’explique dans un préambule à son très beau "Toute une histoire".
Puis, doucement, le texte se transforme en un récit à la première personne, Hanan el-Cheikh se glissant dans la voix de sa mère.
Et Kamleh raconte. Son enfance au Sud-Liban, au début des années 30, dans un milieu très modeste. Sa propre mère, sans ressources, ne sachant plus comment nourrir ses enfants, les conduit dans sa famille à Beyrouth, où Kamleh devient une petite bonne à tout faire.
C’est dans ce milieu pauvre, d’origine rurale et très religieux, que Kamleh est promise, dès ses 11 ans, à un homme bien plus âgé. Kamleh est encore une gamine, qui ne sait rien des manigances des adultes, et elle tombe amoureuse de Mohamed, un jeune lycéen fou de poésie. Mais à 14 ans, elle est mariée de force et attend son premier enfant.
Comme dans le cinéma populaire égyptien, les deux amants vont braver les obstacles pour vivre leur amour. Jusqu’au jour où, contrairement à tous les usages, Kamleh demande le divorce pour pouvoir épouser Mohamed, tout en sachant ce que cela signifie: elle sera séparée de ses filles, la loi ne l’autorisant pas à obtenir leur garde.
Le récit d’Hanan el-Cheikh se dévore, les mille rebondissements de la vie de Kamleh sont tout simplement captivants. Surtout, l’auteure a su trouver le ton juste.
Contrairement à beaucoup d’écrivains en pareil cas, Hanan el-Cheikh ne se complaît pas dans une admiration béate lorsqu’elle nous parle de sa mère. Sa lucidité lui permet de ne pas tomber dans l’hagiographie.
En outre, son récit, bouleversant, est aussi très souvent cocasse, lorsque Kamleh raconte ses ruses pour échapper à la surveillance de sa famille, s’acheter des babioles, aller au cinéma ou transmettre des messages enflammés à son amoureux.
Toute une histoire. De Hanan el-Cheikh. Actes Sud, 334 p.
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