Ils en ont marre des provocations de l’UDC. Lorsque le 27 mai dernier, trois sections cantonales de ce parti se sont engagées à fonder une nouvelle Confédération au cas où la Suisse adhérerait à l’Union européenne (UE), René Jost et Philippe Lévy ont jugé que l’UDC avait dépassé les bornes. Ils viennent d’adresser une lettre au Ministère public de la Confédération (MPC) en lui demandant d’ouvrir une enquête.
Ces deux citoyens ne sont pas des inconnus. René Jost (74 ans) est membre du PLR et ancien président de la section vaudoise du Nouveau mouvement européen. Philippe Lévy (75 ans) est un ancien ambassadeur, qui a notamment été délégué pour l’Europe de l’Office fédéral des affaires économiques extérieures (Bawi) jusqu’en 1988, avant de reprendre les rênes de la Foire de Bâle.
Deux europhiles, donc, qui ne supportent plus les dérives de l’UDC, surtout lorsque celle-ci diabolise l’UE. «Il faut arrêter de laisser ce parti dire et faire n’importe quoi», déclare René Jost. «Ce nouveau serment du Grütli constitue une attaque frontale à la démocratie directe», s’insurge Philippe Lévy.
Il est clair que si la Suisse devait adhérer à l’UE – un scénario actuellement très hypothétique –, elle le ferait après une décision populaire prise à la double majorité des votants et des cantons. Créer une nouvelle Confédération à la suite d’un tel scrutin constituerait donc un déni flagrant de la démocratie.
Les deux signataires de la lettre au MPC invoquent donc l’article 275 du Code pénal stipulant que «celui qui aura commis un acte tendant à troubler ou à modifier de manière illicite l’ordre fondé sur la Constitution sera puni d’une peine de cinq ans au plus». Ils invitent donc le futur procureur à ouvrir une enquête.
Déni de démocratie. Sur place le 27 mai dernier, le secrétaire romand de l’UDC Claude-Alain Voiblet refuse d’entrer en matière lorsqu’on lui parle de déni de démocratie. A Berne, son groupe a déposé une motion exigeant la possibilité d’organiser des événements politiques au Grütli, alors que la Société suisse d’utilité publique (SSUP), qui gère les activités de la prairie, les y bannit actuellement.
«Notre réunion n’avait qu’une valeur symbolique pour protester contre cette interdiction. Quant à l’engagement des trois sections cantonales en faveur d’une éventuelle nouvelle Confédération si la Suisse devient européenne, c’est un scénario qui tient de la politique fiction», relativise Claude-Alain Voiblet.
Certes, la véracité d’un acte fondateur de la Confédération le 1er août 1291 au Grütli par les trois Suisses Arnold von Melchtal, Werner Stauffacher et Walter Fürst n’a jamais pu être prouvée. En revanche, il est sûr que la bataille politique pour exploiter au mieux la force symbolique du lieu ne fait que commencer.
A quelques mois d’élections fédérales où tous les partis du camp bourgeois ont placé leur campagne sous un slogan fleurant bon le nationalisme, tout le monde veut occuper le terrain. Pas seulement l’UDC d’ailleurs: la ministre socialiste et actuelle présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey vient de s’y rendre à l’occasion de la fête nationale. Et le PDC, par la voix de sa conseillère nationale Ida Glanzmann, a aussi déposé un postulat pour ouvrir le Grütli aux partis politiques.
Il n’empêche que pour l’instant, ceux-ci y restent bannis et que la déclaration d’un éventuel nouveau serment du Grütli a choqué de nombreux démocrates. Il est cependant peu probable que le MPC ouvre une enquête contre les responsables de l’UDC.
«La bêtise n’est pas punissable», déclare un ancien juge fédéral. Bien qu’outré par la participation du conseiller fédéral Ueli Maurer à un «acte illégal», le Vert Antonio Hodgers préfère dédramatiser: «Ce n’est pas à la justice de régler une affaire politique.» C’est donc au Conseil fédéral de jouer.
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