C’est devenu un leitmotiv: les bacheliers qui débarquent dans les hautes écoles n’ont pas le niveau. D’ailleurs, selon les facultés, entre 25 et 50% ratent leurs examens à la fin de la première année. Faut-il, au nom de la démocratisation des études, accepter ce taux d’échec stratosphérique? Ou faut-il, au contraire, se battre pour conserver à la maturité sa vraie valeur de passeport pour les études supérieures? Et dans ce cas, quelles réformes entreprendre?
La généralisation du gymnase en quatre ans n’est qu’une mesure parmi d’autres.
Cet automne, les chefs cantonaux de l’Instruction publique et les responsables de la Confédération devraient se mettre à table pour tenter d’harmoniser la durée des études gymnasiales. Non par un goût malin de la symétrie mais parce que les recherches le montrent: il existe un lien entre le temps passé dans le secondaire II - c’est le terme correct désormais - et les résultats obtenus à l’entrée à l’université. Voilà pourquoi les bacheliers valaisans et fribourgeois sont en moyenne nettement mieux préparés que les vaudois ou les neuchâtelois qui, eux, font leur gymnase en trois ans seulement.
La logique voudrait que les cantons «rapides» s’alignent. Eh bien, non: certains font de la résistance. En particulier le canton de Vaud. Parce que la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon, cheffe de l’Instruction publique, doute du sérieux scientifique des recherches susmentionnées – d’ailleurs, à l’époque, n’a-t-elle pas fait, comme beaucoup de Vaudois, son gymnase en deux ans? Parce qu’elle se voit mal, plus prosaïquement, mener de front la réforme du gymnase et son grand dessein d’un tronc commun au niveau du secondaire inférieur. Parce que les coûts d’une année supplémentaire seraient conséquents (lire l’enquête de Tasha Rumley en page 18).
L’argument financier? Il n’est pas négligeable, c’est vrai. Pour le canton de Vaud, par exemple, cette réforme se chiffrerait en dizaines de millions. Mais que dire des surcoûts engendrés par tous les étudiants en médecine et en informatique de première année, insuffisamment armés, qui redoublent ou changent d’orientation? Ils sont, eux aussi, faramineux. Sans oublier ce fait, curieusement méconnu: sur le plan suisse, les ressources financières du secondaire supérieur ont diminué de 20% depuis 1990. Elles ont augmenté pour tous les autres niveaux scolaires. Bref, les gymnases, collèges et autres lycées (l’appellation varie selon les cantons) restent les parents pauvres du système éducatif helvétique.
La généralisation d’un gymnase en quatre ans ne constitue, certes, qu’une mesure parmi d’autres. Mais elle est la condition préalable à une réflexion plus générale sur les programmes, leurs objectifs, et les exigences scolaires des profs vis-à-vis de leurs élèves.
Ne pas s’attaquer de manière conséquente au chantier de la maturité, c’est à coup sûr préparer le terrain au numerus clausus et limiter, à terme, l’accès aux hautes écoles. Dans un pays fier de sa formation supérieure, ne faudrait-il pas nourrir l’ambition de la démocratiser sans la médiocratiser?
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