Il y a trente ans, c’était un vilain spectre. Il y a quinze ans, un fantôme. Aujourd’hui, l’inflation s’apparenterait à un gnome plutôt inoffensif tout juste bon à alimenter une discussion de salon entre deux apparatchiks de banques centrales. Mais, en Suisse, l’inflation vient de passer au-dessus de la barre de 3% (hausse annuelle de 3,1% par rapport à juillet 2007), le poste alimentation et boissons non alcoolisées augmentant de 3,7%. Cette barre est un vrai palier: elle correspond à la moyenne annuelle de renchérissement enregistrée en Suisse entre 1960 et 2006. C’est une cote d’alerte. Sur le plan interne, l’inflation donne du tonus aux syndicats, qui forment déjà leurs premiers bataillons pour réclamer entre 4% et 5% de hausse salariale pour 2009, au nom de la défense du pouvoir d’achat des salariés.
Plus de 4% en Europe. Chaque automne, un bras de fer se met en place entre organisations syndicales et patronales. Le 4 juillet dernier, les représentants des employeurs et des employés du secteur hôtellerie-restauration se sont déjà accordés sur une compensation de 2,5% pour 2009. Mais la Suisse n’est de loin pas le seul pays à être concerné par l’inflation. Le renchérissement vient aussi de franchir une barre, celle de 4% cette fois, tant dans la zone euro qu’aux Etats-Unis.
Outre-Atlantique, cette nouvelle n’est vraiment pas bonne. Alors que la conjoncture économique, tout en s’affaiblissant, résiste en Europe, elle est vraiment dégradée aux Etats-Unis, contraignant la banque centrale (Réserve fédérale) à maintenir ses taux à un niveau historiquement bas (2%) afin de ne pas étouffer les entreprises ou les effets de la relance.
En Suisse, la situation économique est plus sereine. L’inflation est-elle de retour? Pour l’heure, la nouvelle est accueillie dans une certaine indifférence. Seuls les anciens se souviennent du taux de 11,3% atteint en septembre 1974, dans le sillage du premier choc pétrolier. Les quinquagénaires se rappellent du pic à 7,5% enregistré en septembre 1981 et les quadragénaires de celui à 6,6% annoncé en juillet 1991, en pleine crise immobilière. Les jeunes, eux, écarquillent les yeux à la seule mention du mot «inflation», qui leur signifie peu de chose. Mais, si l’inflation devait durablement s’installer, elle ne pourrait en définitive réjouir qu’une catégorie relativement peu importante de la société: celle des particuliers et des entreprises qui viennent de fortement s’endetter au moyen d’hypothèques ou de crédits à taux fixe.
Car le renchérissement peut avoir des effets terribles, sur le pouvoir d’achat, mais surtout sur l’épargne. Rongée par l’inflation, celle-ci peut fondre très rapidement. Pour l’heure, pas de panique: le prix du pétrole – soit la variable qui pèse le plus dans l’inflation – est orienté à la baisse. Donc, ce «spectre» de l’inflation pourrait s’estomper avant même de se cristalliser.
Edouard a faibli. La baisse du prix du pétrole, c’est vraiment la bonne nouvelle de ces derniers jours. Pourquoi fléchit-il? Parce que la consommation d’or noir est en train de s’effondrer aux Etats-Unis, l’un des plus importants marchés du monde. Alors que la demande faiblit, l’offre est désormais plus abondante. Comme prévu, l’Arabie saoudite, plus important producteur, a ouvert les vannes, persuadé par les Américains.
Certes, le monde n’est pas à l’abri d’une éruption géopolitique pouvant entraîner à nouveau le prix du baril à la hausse. De l’Iran au Venezuela en passant par le Nigeria ou l’Algérie, les zones pétrolières sensibles de la planète sont nombreuses. Sans compter les ouragans. Mais le dernier en date, Edouard, qui sévissait dans le golfe du Mexique, à proximité des installations pétrolières, faiblissait brusquement mardi. Tout comme un spectre peut se transformer en gentil gnome, un ouragan peut rapidement se muer en gentille tempête.
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