Pour Carl, veuf de 78 ans, le moment d’entrer en EMS est arrivé. Mais, le vieil homme s’évade à bord de son pavillon de banlieue suspendu à un superamas de baudruches – embarquant bien malgré lui, Russell, un scout rondouillard. Les aérostiers se posent dans un monde perdu d’Amérique du Sud. Ils y découvrent un oiseau rigolo, struthioniforme candide au plumage arc-en-ciel. Ils y rencontrent aussi un aventurier disparu et ses chiens, Doug, l’affectueux golden retriever, et les autres, dobermans, rottweilers, bouledogues… Dixième film produit par Pixar, Là-haut est une nouvelle merveille. Tandis que les concurrents s’épuisent en produits rivalisant d’hystérie et de démagogie (Shrek, Madagascar...), le studio à la lampe sautillante marque encore et toujours sa supériorité esthétique et scénaristique.
Le cœur en plus. Créé au milieu des années 80 par John Lasseter, ancien animateur de Disney passé chez Lucasfilm, le studio Pixar a commencé par développer les logiciels d’animation dont tous les films se servent aujourd’hui pour les effets spéciaux. En 1995, Lasseter et ses complices épatent le monde entier avec Toy Story, premier long métrage de l’histoire du 7e art entièrement réalisé en images de synthèse. Suivent 1001 pattes, Les indestructibles, Cars ou Ratatouille, dirigés par un carré de surdoués – Andrew Stanton, Pete Docter, Brad Bird, Lasseter himself... Les recettes mondiales avoisinent les 5 milliards de dollars. Pixar, c’est une success story avec du cœur en plus. En développant les Avar, Shader, Motion Blur et autres logiciels permettant aux petits Mickeys d’accéder au volume, Lasseter et ses boys ont révolutionné l’industrie de l’animation. L’engouement universel que suscitent leurs films a bouleversé le paysage cinématographique. Pixar a renfloué Disney, son distributeur et à présent son partenaire, et hissé l’animation au niveau d’un art majeur. Le studio ne s’est jamais reposé sur ses lauriers. A l’époque préhistorique, les outils informatiques contraignaient les réalisateurs à mettre en scène des créatures lisses, jouets de plastique ou insectes chitineux. Aujourd’hui, la fluidité des mouvements, la souplesse des poils sont époustouflantes, et la technologie au service de la poésie – voir l’ombre colorée que projette sur le sol la grappe des ballons.
Léger comme un ballon. «Nous basons tout sur nos intrigues et nos personnages», rappelle John Lasseter. Il cite aussi le vieux principe édicté en son temps par l’oncle Walt: pas de rire sans larmes. Alors on rit énormément. Des gaffes de Russell, de l’affection baveuse de Doug, des dialogues entre chiens, intelligents, fidèles, mais très limités par leur instinct (l’esprit de meute, la chasse aux écureuils, la baballe) et de l’inquiétant doberman affublé d’une voix de musaraigne. Une ombre de mélancolie voile toutefois ce grand spectacle dont les engins volants renvoient à Miyazaki. C’est la première fois qu’un film d’animation a pour personnage principal un septuagénaire. La séquence résumant la vie de Carl et Ellie brise le cœur. Le vieil homme traînant sa maison comme un escargot est un puissant symbole du deuil. Mais, assimilant le conseil posthume de sa femme («Merci pour l’aventure. Maintenant, vis-en une nouvelle»), le vieillard se désencombre soudain de tous les objets qu’on amasse au cours d’une vie, pour s’alléger et repartir à l’aventure. Le voici jeune à nouveau. On sort de Là-haut émerveillés, des couleurs plein les yeux et le cœur léger comme un ballon.
Là-haut (Up). De Pete Docter et Bob Petersen. Etats-Unis, 1 h 44
Pixar: le top du top
Monstres & Cie De Pete Docter et David Silverman (2001) Hybridant la Psychanalyse des contes de fées et la tératologie amusante, cette satire du monde industriel entre en empathie avec les monstres du placard. Les pauvres diables exploitent une source d’énergie qui s’amenuise: l’épouvante des enfants sages.
Le monde de Nemo D’Andrew Stanton (2003) Brassant 20 000 lieues sous les mers et La grande évasion, la merveilleuse aventure d’un poisson-clown qui rame pour sortir fiston d’un aquarium. Féerie maritime avec ballets de méduses, dorade amnésique, requins politiquement corrects et mouettes hitchcockiennes.
WALL-E D’Andrew Stanton (2008) Compactant 2001: l’Odyssée de l’espace et Hello Dolly, cette fable écologique privilégie toujours l’humour au moralisme et pose le robot comme Moïse stellaire: le petit Wall E ramène la diaspora humaine sur la Terre promise – jadis bousillée. Un sommet esthétique et philosophique.
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