Une grande fille aux boucles blondes dans une minijupe à fleurs. Un petit air ingénu que démentent un regard sérieux entouré de lunettes carrées et une voix plutôt grave, posée. Aude Seigne, 26 ans, auteure suisse des Chroniques de l’Occident nomade, aime cultiver les opposés. Aventurière, mais réfléchie. Joueuse, mais mélancolique. Elle se dit «stressée et à la fois excitée» par ce qui lui arrive.
Depuis peu, tout s’enchaîne pour la Genevoise: festivals littéraires, interviews, photos, dédicaces. Ces jours, un portrait en pleine page de l’hebdomadaire parisien Livres Hebdo, très suivi par les professionnels du secteur, lui prédit une notoriété au-delà de son cercle de lecteurs habituel et du petit «milieu littéraire romand» dont elle fait désormais partie.
«Il y a six mois, je ne connaissais rien de tout ça. Quand tu écris, tu es planquée derrière ton ordi, mais dans un festival, tu es exposée: personne ne t’apprend comment te conduire», confie la jeune femme.
L’effet boule de neige démarre après le prix Bouvier, qu’elle gagne au Festival de Saint-Malo en mars dernier. Ce prix récompense les auteurs qui s’inscrivent dans la veine des écrivains-voyageurs, et dont les écrits reflètent l’envie d’ailleurs.
La trop petite maison d’édition lausannoise Paulette passe le relais aux Editions Zoé, qui en rachètent les droits et le lancent cette semaine dans toute la francophonie avec un premier tirage à 2000 exemplaires. «Aude a une écriture propre, une manière de décrire le monde et ellemême tout en finesse», s’enthousiasme Caroline Couteau, directrice de Zoé, qui a craqué pour les Chroniques.
Joyeux désordre. Présentées sous forme de petits textes organisés en chapitres où «tout est vrai, sauf les noms des personnages», ces Chroniques de l’Occident nomade racontent l’état exalté ou triste du voyage. Mais aussi l’amour, l’abîme, le cheminement, le lire et l’écrire, et le lien intrinsèque entre tous ces concepts. Le tout dans un joyeux désordre chronologique et thématique totalement assumé.
Le style? Une résonance musicale dans l’écoulement des mots. Des phrases courtes. Des images sensorielles. Des reminiscences écrites avec une narration qui imite le souvenir. Analepses et répétitions à foison. L’auteur se sent proche de Cingria, Duras, Michaux, Rimbaud et elle parle de «parenté d’esprit» avec Bouvier, son maître à penser: «J’ai ce plaisir narcissique, que connaissent tous les lecteurs passionnés, de me reconnaître quand je le lis.»
Ces jours, Aude fait la tournée des gymnases vaudois et genevois, où elle figure déjà parmi les auteurs au programme de maturité de certaines classes. «C’est bizarre de lire les dissertations des élèves sur mon livre: il y a quelques années, j’étais à leur place», rigole celle qui vient d’obtenir son master en français moderne à l’Université de Genève. La question récurrente chez les gymnasiens: «Ça ne vous gêne pas que des inconnus lisent vos trucs intimes?»
Aude répond sans hésiter que «non, car l’intime fait partie de l’événement». Elle s’explique: «Par souci de transparence, j’ai le sentiment de devoir dire la verité», et ce, pour la cohérence du texte. Si certains passages évoquent les plaisirs charnels, on est loin d’un déballage cru et provocatif. Caroline Couteau qualifie d’ailleurs la description du rapport au(x) corps de «directe et pudique à la fois».
«Nous nous aimons avec tout ce que l’on peut faire pour aimer, pour posséder, pour engloutir l’autre (...). Je me laisse faire, je suis tout autre, tout ouverte, toute bonne élève à l’écoute du maître. (...) Le déchaînement du sublime me fait comme des pertes de connaissance.»
Entrelacées avec ces moments d’érotisme léger, des réflexions sur «l’état nomade», des lettres à Paul l’amoureux du lointain, les expériences qui ont marqué des endroits, de l’Italie à la Syrie, de l’Ukraine au Burkina Faso. Aude consulte sa montre. Fini de papoter, à côté de ses rendez-vous médiatiques, elle doit travailler. Rédactrice web à temps partiel pour la Ville de Genève, l’auteure créative est aussi une légère geek: il n’y a pas que les (belles) lettres dans la vie. Son site internet, c’est elle qui l’a réalisé. De A à Z.
«Chroniques de l’Occident nomade». De Aude Seigne. Zoé, 144 p. www.audeseigne.webou.net
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