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Est-ce son enfance passée dans la ville d’Aigle qui lui a donné ce regard perçant? Bien calé dans un fauteuil, Sébastien Buemi semble perpétuellement à l’affût. «Pour apprendre encore et toujours. Pour devenir le meilleur.» Il a beau être le premier Suisse depuis treize ans à intégrer le cercle très fermé des pilotes de formule 1, le jeune homme, 20 ans, ne s’endort pas sur sa notoriété toute fraîche. Avide de découvertes et de limites pour pouvoir les dépasser.
Entre les essais d’avant-saison à Barcelone, des heures de simulateur en Angleterre, une escale en Italie au siège de son écurie Toro Rosso et le premier Grand Prix de la saison 2009 à Melbourne (29 mars), Sébastien Buemi a fait un détour, incognito, par Le Brassus. Doigts croisés, veines saillantes, il porte avec fierté la montre que Audemars Piguet lui a offerte en échange de son image d’ambassadeur. «C’est un de mes premiers partenariats», raconte-t-il, presque gêné d’être entré dans la cour des sportifs intéressant les sponsors. «La F1 est surmédiatisée. C’est dans ce domaine qu’il faut apprendre le plus. Désormais, je dois faire attention à ce que je dis et comment je le dis.»
Etre acharné. Voilà pour la forme. La réalité est un peu différente. Parce que le pilote n’a cure des courbettes: il a passé la moitié de sa vie à se battre sur les circuits, à maîtriser les «chicanes», soutenu par sa famille. Son ambition et sa détermination lui ont permis de franchir les embûches des multiples catégories qui mènent du kart à la discipline reine des sports motorisés. Question de caractère. «Pour réussir, il faut non seulement être passionné, mais aussi et surtout acharné.» Et encore: «Depuis mes premières courses, le sport est prioritaire. Je suis prêt à tout laisser tomber, quels que soient l’heure et le lieu, pour progresser.» Comme, par exemple, s’établir à Bahreïn. «On a écrit beaucoup de choses sur le sujet, notamment le fait que j’avais quitté la Suisse uniquement pour échapper au service militaire. La vérité est autre. Tout d’abord, j’ai passé 35 jours en Suisse l’année dernière. Je n’ai jamais trois jours devant moi. L’armée était donc tout simplement impensable. Et je suis persuadé que nous aurions pu négocier avec les autorités militaires.»
Deuxième patrie Mais ce déménagement cache aussi d’autres motifs: «Mon oncle y habite, c’est idéalement placé, il fait toujours beau et il y a un circuit de F1», énumère le Vaudois, avant de préciser: «Et puis, ils n’avaient pas de pilotes. Bahreïn m’a beaucoup soutenu, surtout depuis une année. C’est un peu ma patrie d’adoption.»
Un appui bon à prendre dans ce monde particulier. «La F1 n’a pas grand-chose à voir avec la réalité. Elle draine beaucoup d’argent. Il ne suffit pas d’être rapide et excellent technicien pour réussir. La nationalité, le physique, les langues que vous parlez, la tenue, ce que vous représentez: chacun de ces éléments peut faire pencher la balance. La jeunesse peut être un avantage, parce qu’à 30 ans on est vieux et que les vieux, ça n’intéresse plus.»
Dans ce contexte, il se réjouit de la tendance qui cherche à redonner du caractère à son sport. «Tout était trop canalisé. Pour maintenir l’intérêt, sponsors et propriétaires accordent de plus en plus d’importance à la personnalité. La F1 doit s’ouvrir.»
L’insolence de la jeunesse. Une évolution qui se concrétise, entre autres, par l’insolence des cadets que sont Lewis Hamilton (GB) et Sebastian Vettel (D) qui n’ont pas eu peur de bouleverser la hiérarchie. Sébastien Buemi espère bien se mettre dans leur sillage: «Du respect pour les plus anciens? Pas plus et pas moins que pour les autres. Quand je fais quelque chose, c’est pour être le meilleur. Ça ne m’intéresse pas d’être dixième.» Pourtant, cette saison, le jeune homme admet qu’il devra forcer sa nature. «La volonté de gagner est plus forte que moi. Mais il faut rester réaliste. Le pilote est une chose, mais, en F1, les performances de la voiture jouent un grand rôle. Les victoires et même les podiums seront très difficiles à atteindre. Il faut d’abord finir les courses, puis marquer des points. Et battre Sébastien Bourdais, mon coéquipier!» Ce printemps, la préparation n’a pas été optimale pour l’écurie Toro Rosso: «Nous avons reçu la voiture tardivement. J’espère que nous pourrons revoir nos objectifs à la hausse dès la mi-saison.»
Etre devant jusqu’à l’obsession. Encore et encore. Et l’accident? Et l’erreur, l’angoisse de manquer un freinage au bout d’une ligne droite avalée à 340 km/h? Et la peur? «Au volant, l’idée de l’accident ne nous effleure même pas. C’est compliqué à expliquer à quelqu’un qui n’a jamais conduit de formule 1 sur un circuit. On se sent en totale maîtrise, capable de gérer la piste au centimètre. On ne se rend pas compte de la vitesse. La voiture est tellement complexe, sa stabilité tellement parfaite que, même en pleine vitesse, vous pouvez lâcher le volant. Dans le jargon, on dit qu’elle est vissée au sol, vibre Sébastien Buemi. C’est une sorte d’état second, conséquence d’une concentration totale. En course, pendant une heure et demie, on sort de la vie normale.» Ce sentiment, le pilote a commencé à l’apprivoiser durant son adolescence. A 20 ans, cette quête de perfection ne l’a pas quitté. Et rien, assure-t-il, ne l’en détournera. Pas même l’effervescence qui naît en Suisse autour de sa personne: «Cela fait plaisir. Et, sincèrement, je n’imaginais pas une telle ferveur. A croire que, jusqu’à présent, les gens cachaient leur passion.» Peut-être, plus simplement, qu’il leur manquait un héros.
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