Le peuple suisse est meilleur scénariste que les sondeurs d’intentions de vote. Il a réussi à remettre du suspense et un plaisir facétieux là où les donneurs de leçon n’avaient créé que lassitude à force de nous seriner la toute puissance de l’UDC.
Bonne nouvelle, les citoyens ont voté au centre, contre la polarisation stérile. Mais, coquins, ils n’ont pas voté pour les partis du centre traditionnels. Ils se sont laissé séduire par d’autres «centristes», encore que les partis Vert’libéral et bourgeois démocratique se situent plutôt dans l’hémisphère d’une nouvelle droite antinucléaire, antixénophobe et républicaine.
Pour les libéraux-radicaux et les démocrates-chrétiens, le verdict des urnes est un brin injuste: l’hégémonie de l’UDC prend fin, la dépolarisation commence, mais les électeurs ont choisi la virginité des petits partis plutôt que les deux bons vieux piliers du consensus helvétique. Leur choix capricieux est une conséquence du spectacle désolant offert pendant la législature: qu’a-t-on vu lors des successions Couchepin, Merz ou Leuenberger? Les partis du centre se bouffer le nez, du grand guignol pipolesque, si peu de réflexion de fond. Etonnez-vous ensuite que les électeurs aient donné une chance aux nouveaux venus.
Pour mieux comprendre où nous en sommes de la recomposition du paysage politique suisse, prenons un peu de recul. En 2007-2008, l’UDC a fait tout faux. En transformant les élections législatives en plébiscite de Blocher. En ne reconnaissant pas la sanction de l’Assemblée fédérale et l’échec de la stratégie personnelle de son tribun.
En excluant ensuite Eveline Widmer-Schlumpf, et en forcant ses soutiens à créer un parti dissident. La scission a affaibli l’UDC mais aussi, c’est à noter, ceux qui ont provoqué l’éviction de Blocher, les Verts et le PDC. Les socialistes, opposants historiques, n’ont en revanche pas subi d’effet boomerang.
Les élus triomphants du PBD sont exactement ceux-là mêmes qui manquent aujourd’hui à l’UDC, qui s’est automutilée. Ils auraient, comme Eveline Widmer-Schlumpf, fait d’excellents candidats consensuels au Conseil fédéral.
La fragmentation politique actuelle doit également beaucoup à un autre divorce trop hâtivement conclu, celui qui a vu naguère les écologistes de gauche et de droite se séparer.
On peut pointer du doigt les erreurs de jugement de l’UDC. Son indécente emprise sur la vie politique nationale tenait aussi à l’incurie des autres acteurs. C’est à eux désormais de faire preuve de sens des responsabilités, d’avoir le courage d’assumer le leadership improbable dont les urnes les ont gratifiés.
Tags: Grâce et Disgrâce, dépolarisation, élections fédérales,
|