Messieurs les anciens conseillers fédéraux,
Il fut un temps où vous étiez la dream-team politique de Marcel Ospel, le patron d’UBS. Ospel orchestrait les voix décisives pour vos élections respectives au Conseil fédéral. Par téléphone. A ceux des partis qui étaient et sont financés par les grandes banques.
Vous êtes tous deux arrivés au pouvoir pour rendre les riches et les superriches encore plus riches.
Mais pour l’heure personne ne se soucie du financement des partis en Suisse. Le tic-tac de cette bombe à retardement politique pourrait aboutir ici aussi à une campagne manipulite.
Vous êtes tous deux arrivés au pouvoir pour rendre les riches et les superriches encore plus riches, en Suisse comme à l’étranger. Un des éléments de votre stratégie fut la défense du secret bancaire.
Vous, Monsieur l’ancien conseiller fédéral Merz, disiez au Parlement, à l’intention de l’Allemagne et des Etats-Unis:
«Vous allez vous casser les dents sur ce secret bancaire.» Et vous, Monsieur l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher, vous vouliez que le secret des fraudeurs fiscaux fût inscrit pour l’éternité dans la Constitution par la grâce d’une initiative populaire. Pour le rendre non négociable. Exactement comme l’adhésion à l’UE.
Suite de l’histoire: grâce aux voix de l’UDC, la Suisse a livré aux charcuteurs du fisc américain les noms de leurs pécheurs fiscaux. Illégalement, afin de sauver les accapareurs de bonus d’UBS des poursuites pénales et des impôts. En outre, la Suisse est effectivement devenue le plus grand bureau de recouvrement d’impôts du fisc allemand.
Mais la situation se durcit encore: les Américains accroissent la pression sur des banquiers suisses hélas incorrigibles. Dans leur collimateur, outre le Credit Suisse, les banques cantonales de Bâle et de Zurich. Des établissements paraétatiques dans le rôle de parasites de l’Etat américain.
En France, Jacques Chirac ne se rappelle pas de ses faits et gestes. L’âge est une maladie, mais la maladie ne vole pas au secours de tous les vieux: Hosni Moubarak est amené au tribunal sur son lit d’hôpital. On dirait qu’il existe un peu partout un lien entre déchéance politique et problèmes de santé. En général, on ne demande des comptes qu’à ceux que leurs forces abandonnent.
En Suisse, il en va différemment. Par refoulement, la politique suisse, les politiciens suisses sont comme des sous neufs – vous en êtes les exemples. Personne ne veut se rappeler, ne fût-ce que vaguement, que la stratégie d’une place financière florissante grâce au secret des fraudeurs fiscaux a été formulée de concert par les banques et le politique. Tout le monde se planque et passe à autre chose.
Un coup d’oeil dans le rétroviseur suscite tout de même quelques questions:
Avez-vous vraiment cru que les administrations fiscales américaine et allemande accepteraient durablement qu’une bonne partie de leurs riches et superriches dissimulent leur fortune en Suisse à l’abri du fisc?
* Quand avez-vous commencé à vous douter que ceux qui se casseraient les dents ne seraient pas les Américains et les Allemands mais plus vraisemblablement la Suisse et ses banquiers qui n’osent même plus traverser l’Atlantique?
* Ne serait-il pas bientôt temps que vous fassiez votre bilan autocritique et admettiez que votre stratégie était irréaliste et fausse?
Personne ne vous contraindra à vous souvenir. Les archives de la télévision regorgent de vos affirmations et de celles de vos camarades de parti sur le thème du secret des fraudeurs fiscaux. Roger de Weck devrait, s’il en a le cran, évoquer une journée entière, sans commentaire et en version originale, votre stratégie en matière de secret des fraudeurs fiscaux.
Le secret de la Suisse est que notre mémoire est sélective.
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