Chers électeurs fatigués, chers abstentionnistes,
Quand ces lignes paraîtront, la plupart des Suisses soucieux de voter l’auront déjà fait. Plus de 55% des ayants droit au vote sans doute ne le feront pas d’ici à dimanche midi. A ceux-là il faut ajouter les 22% d’étrangers qui vivent en Suisse mais n’ont pas le droit de vote. La plupart des gens qui paient des impôts ne votent pas. Volontairement ou non.
Pour l’instant, la haine exacerbée de ce qui vient d’ailleurs, des étrangers remplace volontairement la mutation depuis longtemps attendue du capitalisme.
Il y a huit ans, il y a quatre ans, l’émotion était forte. Cette fois, la campagne électorale fut ennuyeuse. Ce qui a suscité l’intérêt, ce fut de savoir si le Valaisan Christian Constantin s’imposerait face au Valaisan Sepp Blatter et à son émule Platini.
Ou vice-versa. Pour les uns, le football est le plus beau passe-temps du monde, pour les autres c’est une drogue parmi d’autres.
Et dire que nous vivons une des phases les plus passionnantes de l’évolution du capitalisme! Pour le vieux banquier allemand Ludwig Poullain, c’est clair: 20% des établissements bancaires sont encore au service de l’économie réelle, les 80% restants lui nuisent.
L’univers de l’argent synthétique entrave et détruit la production et la consommation de biens et de services. De l’avis du banquier, tôt ou tard le système explosera.
L’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, 91 ans, qualifie les banquiers d’affaires d’«idiots certes intelligents mais borgnes». La WirtschaftsWoche, l’hebdomadaire dominant du capitalisme allemand, exige dès maintenant la nationalisation complète des banques endettées «too big to fail».
On se frotte les yeux. Le capitalisme risque de succomber à ses propres contradictions. Comme l’avait un jour analysé non sans pertinence un certain Karl Marx un peu tombé dans l’oubli.
Dans la campagne électorale, ces questions sont évoquées au mieux de façon marginale. Tout semble relativement calme. Nul ne sait ce que cela signifie car tout le monde sait que, ces prochaines années, l’ambiance sera plus agitée que ce que nous pouvons et voulons imaginer.
- Assistera-t-on, après les élections, à une grande vague de licenciements parce que beaucoup d’entreprises manifestent encore quelques égards pour leurs politiciens bourgeois?
- Combien de banques devront-elles être sauvées encore une fois par le contribuable dans la seule Europe?
- Combien de temps la Grèce, les salariés, retraités et chômeurs grecs seront-ils brutalement étranglés par la troïka du capital?
- Quand admettra-t-on que les gros revenus, les grosses fortunes ne doivent pas continuer à croître mais au contraire assumer les coûts des crises qu’ils ont engendrées?
- Combien de temps faut-il encore pour que la mutation écologique se réalise enfin, pour que le capitalisme fossile soit remplacé par le capitalisme solaire?
- Quand le travail rémunéré et le travail à domicile disponibles seront-ils répartis plus ou moins également sur tous ceux qui veulent et peuvent travailler?
Pour l’instant, la haine exacerbée de ce qui vient d’ailleurs, des étrangers remplace volontairement la mutation depuis longtemps attendue du capitalisme. Que nous le voulions ou non, nous autres électeurs et non-électeurs en sommes hélas responsables.
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