Chères Grecques, chers Grecs,
Ces temps-ci, des politiciens de droite comme de gauche s’acharnent sur la Grèce. Ils veulent tous vous administrer leurs leçons. Presque personne n’essaie d’aborder les problèmes concrets avec un peu de sérénité.
Les systèmes apprennent de la crise. Le néolibéralisme mérite une leçon. Votre résistance déterminera son efficacité.
Fait N° 1: Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’UE, les biens et les revenus se répartissent de manière toujours plus inégale. Comme la part des riches au gâteau ne cesse de grossir, la demande se tarit.
Fait N° 2: N°us avons de ce fait une crise double. Il y a trop de capital et pas assez de demande. Quand le capital est roi, la suraccumulation et la sous-consommation sont des sœurs siamoises.
Fait N° 3: Au sein de l’Europe, les Allemands ont massivement réduit la part des charges salariales dans leurs coûts de production. Naguère si fiers, les syndicats allemands ne sont, depuis longtemps, plus que d’impotents tigres de papier. Stimulée par Hartz 4, l’industrie allemande d’exportation a évincé les économies portugaise, espagnole, italienne et grecque.
Fait N° 4: Les salariés allemands doivent enfin obtenir de meilleurs revenus horaires réels et participer ainsi aux gains de productivité. Afin que les produits allemands ne soient pas de plus en plus avantageux mais au contraire un peu plus chers. Et que la production de biens et de services au sud de l’Europe ait de nouveau ses chances.
Fait N° 5: Clientéliste et corrompu, l’Etat grec a, entre autres, consenti des dépenses de défense et d’armement d’une ampleur insensée. Là aussi, l’industrie allemande en a profité, qui a livré et continue à livrer, notamment, des sous-marins. Il serait temps de reprendre toute cette camelote au prix de vente.
Fait N° 6: Une sortie de la Grèce de la zone euro n’est pas une solution, elle ne ferait qu’accroître les inégalités actuelles. Au lieu de la Grèce, la France et l’Allemagne devraient sauver une fois encore leurs propres banques qui, sans cela, peineraient à assumer seules leurs pertes. Vous, les Grecques et les Grecs, vous devriez inverser les rôles. Et nommer par leurs noms les véritables causes et leurs responsables.
Pourquoi le bon vieil activiste radical Mikis Theodorakis ne survole-t-il pas la Suisse à bord d’un hélicoptère rempli de journalistes pour se faire désigner les villas de tous les milliardaires grecs qui ont planqué en Suisse leurs avoirs non (ou à peine) déclarés?
Pourquoi les syndicats grecs et les partis de gauche ne publient-ils pas de pleines pages d’annonces pour dénoncer la répartition inique des biens et des revenus, entre autres en Allemagne et en France?
Pourquoi, cet été, les jeunes Grecs sans emploi ne plantent-ils pas leurs tentes devant les sièges de la CDU et de la CSU pour expliquer que la politique néolibérale détruit l’Europe, économiquement et politiquement?
Pourquoi la jeunesse européenne ne se lève-t-elle pas – tout comme a tenté de le faire la jeunesse du monde arabe – pour ébranler les vieilles structures, les structures des vieux? Peut-être la pression sur la Grèce n’est-elle pas encore assez forte. Peut-être la résistance des Grecs estelle encore insuffisante. Peut-être la gauche européenne ne s’est-elle pas encore tout à fait réveillée.
Mais l’espoir subsiste car, à un certain point, les problèmes du débiteur grec sont aussi les problèmes de ses créanciers. Dures et contre-productives, les mesures d’austérité étranglent la Grèce et, un jour prochain, elles étrangleront l’Allemagne.
Les systèmes apprennent de la crise. Le néolibéralisme mérite une leçon. Votre résistance déterminera son efficacité.
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