Chers hypocrites,
Ces dernières décennies, les banques suisses ont financé les partis bourgeois. Et dicté à leurs politiciens ce qu’ils devaient penser et faire. Marcel Ospel a empoigné le téléphone. Grâce à ses appels à des parlementaires PDC et PRD, Christoph Blocher est devenu conseiller fédéral.
Le banquier privé Konrad Hummler était, en Suisse alémanique du moins, l’incarnation du banquier suisse. Le banquier suisse par excellence. Konrad Hummler a mis en mots l’essentiel de la démarche commune des banquiers à bonus et de la politique bourgeoise: la fuite des capitaux est de la «légtime défense», le secret bancaire est un «droit d’asile», les Allemands qui «ne se soustraient pas à l’impôt sont des idiots». Hummler n’était pas un excentrique, sans quoi il ne serait pas devenu président du conseil d’administration de la NZZ, un poste qu’il occupe toujours.
Pour le banquier juif légèrement dissident Hans J. Bär, les choses étaient claires dès 2004: le secret bancaire protège les banques suisses de la concurrence, il rend les banquiers gras et impuissants. Le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz l’a attaqué de front: «Monsieur Bär est assez isolé. On ne saurait placer le secret bancaire dans un contexte éthique.»
Le secret des fraudeurs fiscaux – car c’est de cela qu’il s’agissait – est donc resté l’axe principal de la politique de droite: une tromperie systématique et mondiale aux dépens d’autres Etats, le lien politique entre l’UDC, le PRD et le PDC.
Un Friedrich Dürrenmatt n’aurait pas su imaginer les scènes de chasse actuelles avec plus de réalisme. Les grands thuriféraires du secret bancaire suisse livrent aujourd’hui leurs clients au bourreau fiscal américain pour éviter une condamnation pénale. Le secret bancaire passe par des hauts et des bas.
Les huit banquiers indéfiniment responsables de la Banque Wegelin & Co. vendent leur boutique aux 1,7 million de coopérateurs de la banque Raiffeisen. Pour protéger la fortune des banquiers à bonus, chacun des 1,7 million de membres des caisses Raiffeisen est désormais responsable à hauteur de 8000 francs.
Le juriste David Zollinger est membre de l’UDC. Il siège au sein de la commission de surveillance du Ministère public de la Confédération. Son élection avait, à vrai dire, été controversée. La gauche et Dick Marty n’en voulaient pas. La majorité du Parlement l’a quand même élu. Les lanceurs d’alerte signalent que Zollinger était le numéro 2 de la filiale zurichoise de la Banque Wegelin. Tous les dossiers des fraudeurs fiscaux américains sont passés par son bureau. Aujourd’hui, l’UDC Zollinger cherche à se protéger des autorités fiscales américaines sous l’aile des coopérateurs de Raiffeisen. Le loup dans la bergerie. Désormais, tous les bourgeois sont aux abonnés absents. Désormais, ils sont tous partisans d’une stratégie de l’argent propre. Désormais, plus aucun ne défend ses propres erreurs d’appréciation passées. Au préalable, les présidents de parti Darbellay, Pelli et Brunner devraient répondre à quelques questions:
- Combien d’argent vous et vos partis ontils reçu directement ou indirectement des banques ces vingt dernières années?
- Dans le même laps de temps, combien de motions les banques et leurs lobbyistes ont-ils rédigées et pour lesquels de vos parlementaires?
- Combien de fois encore pensez-vous sauver les banquiers suisses à bonus des griffes des autorités fiscales américaines?
- L’UE n’est-elle pas justifiée d’exiger de la Suisse la même entraide administrative que le Conseil fédéral et le Parlement ont consentie aux Américains?
- La voie bilatérale ne connaîtra-t-elle pas exactement le même sort que le secret bancaire? Cette chimère ne s’avérera- t-elle pas être un cul-de-sac?
Quand il le faut, la Suisse s’adapte. Elle jette ses convictions par-dessus bord. On oublie tout. Cela n’est possible que parce que le média le plus influent de Suisse, la télévision paraétatique DRS, est l’opium du pouvoir et des puissants. Sans quoi Roger de Weck et Cie devraient donner la chasse aux hypocrites dans les sous-bois. La poursuite d’un sommeil salutaire est assurée.
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