Chers correspondants parlementaires, Le Palais fédéral est un monde clos. Tout le monde s’y connaît et s’y apprécie. Plus ou moins. Et cela ne vaut pas seulement pour les politiciens, mais aussi pour les journalistes. Tôt ou tard, tous font partie, d’une certaine manière, d’une grande famille du nom de Confédération et se voient comme des éléments qui perpétuent et portent l’Etat.
La majorité du Conseil fédéral ne veut pas du tout sortir du nucléaire. Pas une seule centrale nucléaire ne s’arrêtera prématurément. Le Conseil fédéral souhaite se contenter de ne plus autoriser la construction de nouvelles centrales. Tout simplement parce que le courant en provenance de ces usines devient trop cher, même sans compter l’assurance des risques et le stockage des déchets.
Un coup d’oeil du côté de l’Allemagne montre qu’on peut aborder les choses de manière différente.
Point 1: comme des experts l’ont constaté, pas une seule centrale nucléaire en Allemagne ne résisterait à l’attaque d’un grand avion à réaction. Les centrales nucléaires sont des bombes à retardement pour les terroristes, posées sur le territoire national. Exactement comme en Suisse. Mais, chez nous, on n’en discute pas.
Point 2: en Allemagne, des experts en assurance neutres ont refait le calcul. Le courant nucléaire coûtera 10 centimes de plus par kilowattheure si on assure correctement les risques d’une catastrophe nucléaire.
Point 3: l’Allemagne, après Fukushima, a retiré du réseau sept centrales nucléaires de la même génération, qui ne seront probablement plus jamais en service. En Suisse, Mühleberg et les deux réacteurs de Beznau doivent fonctionner encore dix ans.
Point 4: la Bavière compte presque deux fois plus d’habitants que la Suisse, avec une économie en plein boom. Elle a beaucoup moins de courant hydraulique, moins de vent et moins de soleil que notre pays. Et, pourtant, elle souhaite sortir du nucléaire d’ici à 2022. C’est la décision prise à l’unanimité par le comité directeur de la CSU, au pouvoir en Bavière et très à droite. Jusqu’à 2022, 30% de plus des besoins en électricité de la Bavière devront être couverts par des énergies renouvelables.
Point 5: actuellement, seules 4 des 17 centrales allemandes sont en service. Et, pourtant, il n’y a aucun problème d’approvisionnement. Parce que les capacités sont beaucoup trop élevées.
Point 6: en Allemagne, il y a moins de soleil qu’en Suisse et les intérêts sont plus élevés. Et, pourtant, la rétribution du courant injecté en Allemagne représente la moitié de la rétribution suisse. Le contraire serait plus juste. En fait, les journalistes présents auraient pu, sur la base de la situation européenne, poser des questions un peu plus critiques.
Que fera l’armée suisse, si un avion de passagers est détourné par des terroristes juste après son décollage de Kloten et s’écrase comme une bombe volante sur une centrale nucléaire? Ce cas a-t-il été l’objet d’un exercice?
Chaque chien doit être assuré et les chiens de combat sont même interdits dans certains cantons, comme en Valais. Quand est-ce que les centrales nucléaires devront-elles enfin assurer leurs risques?
Pourquoi la Bavière réussit-elle à sortir du nucléaire en onze ans seulement, avec des conditions de départ plus mauvaises qu’en Suisse? Pourquoi la Suisse a-t-elle besoin, pour en faire de même, de presque le double de temps?
N’existe-t-il, en Europe, vraiment aucun manque de courant, mais seulement une grande capacité inutilisée?
Quand adapterons-nous la rétribution du courant injecté au niveau européen – en prenant en compte l’ensoleillement et les taux d’intérêt?
Peut-être n’est-ce pas le travail des journalistes que de poser des questions critiques. Car elles devraient, en fait, venir du côté du PS et des Verts. Contre une sortie qui n’en est pas une, parce que toutes les centrales nucléaires suisses, avec leurs défauts dans la sécurité, continueront de mettre en danger le pays et ses gens jusqu’à la fin de leur durée de vie.
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