ÉCONOMIE
Aux racines du néolibéralisme
Après la Seconde Guerre mondiale, la pensée néolibérale s’impose, alors que la mode était au keynésianisme. Un ouvrage retrace comment le courant, incarné par la Société du Mont-Pèlerin, est devenu dominant.
Le moment ne pouvait être mieux choisi pour la parution d’un ouvrage remontant aux sources du néolibéralisme. Dans The road from Mont-Pèlerin, Philip Mirowski et Dieter Plehwe ont réuni une somme de contributions qui permettent de comprendre pourquoi et comment la pensée libérale contemporaine s’est imposée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un travail d’un groupe de chercheurs auquel a participé le rédacteur de L’Hebdo, Yves Steiner, concrétisé après un colloque organisé par la New York University en 2005. La Suisse a joué un rôle important dans la propagation de la théorie néolibérale. Et pas seulement parce que la Société du Mont-Pèlerin (SMP), porte-drapeau des idées libérales, a été créée le 10 avril 1947 sur les hauts de Vevey par le futur prix Nobel d’économie de 1974, Friedrich Hayek. Celle-ci répondait à un besoin, celui de retrouver une place dans les bons papiers des puissances mondiales.
Le deuxième conflit planétaire n’était pas encore terminé que déjà les milieux économiques (banques, assurances et industrie) d’une Suisse jugée trop proche de l’Allemagne par les Alliés, cherchent un canal permettant de tisser de nouveaux liens au-dessus de l’Atlantique. Cela aboutira au financement massif de la SMP durant plus de vingt ans par le patronat helvétique, ainsi qu’à un soutien logistique sans faille par l’intermédiaire du Schweizerisches Institut für Auslandsforschung. Directeur de ce dernier, Albert Hunold sera également secrétaire de la SMP, à qui il vouera un dévouement et un carnet d’adresses impressionnants dans les milieux académiques, industriels et médiatiques. L’ouvrage permet également de comprendre comment la pensée néolibérale est venue à bout du keynésianisme, pensée presque unique dans les milieux universitaires d’après-guerre. Enfin, comme le relève Yves Steiner, il rappelle que le néolibéralisme a été le théâtre de bagarres entre divers courants. En particulier, celui venu d’Allemagne, qui défendait un «ordolibéralisme», plus prompt à transiger avec les syndicats ou sur la question sociale. Celui-ci sera étouffé par le courant américain du néolibéralisme, celui de l’Ecole de Chicago, incarné par Milton Friedman, autre membre de la SMP et prix Nobel d’économie en 1976. Aujourd’hui, avec la crise, le système dit «d’économie sociale de marché» a repris des couleurs. La SMP, elle, existe toujours et continue à se réunir. Mais le nid d’experts, patiemment construit par Hayek et Hunold, a perdu un peu de sa superbe.
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