Chers radicaux du Bas-Valais,
Le Tessinois Dick Marty a bien réussi dans son rôle de procureur, mieux que Carla del Ponte.
Il a mené une lutte contre la mafia de la drogue et les blanchisseurs d’argent, mais il a aussi fait partie des douze radicaux qui ont éjecté Christoph Blocher de son siège de conseiller fédéral, posant ainsi les jalons d’un changement dans la politique suisse.
Pourquoi donc les Rouvinez de la génération suivante ne produiraientils pas un cannabis léger, sur commande et sous contrôle de l’Etat?
En sa qualité de membre du Parlement européen, Dick Marty a contribué à découvrir et à dénoncer les prisons secrètes de la CIA en Europe, bien avant que les Américains ne se voient forcés d’avouer leurs agissements contraires au droit.
Il est l’un de ces radicaux indépendants qui mènent une réflexion qui leur est propre. Beaucoup de Valaisans en sont fiers, car la famille Marty, émigrée au Tessin, est originaire du district de Loèche. Ils ont la tête dure des Valaisans.
Pour Dick Marty, il est nécessaire de mettre en place une nouvelle politique en matière de drogue. Pour l’exprocureur anti-mafia, une chose est claire: la différence entre les drogues légales et illégales conduit à une impasse. L’alcool et la nicotine ne sont pas moins nuisibles que le cannabis.
Sa position est la suivante: on ne peut pas interdire les drogues avec succès. En revanche, c’est l’Etat qui doit taxer et en assurer une distribution contrôlée.
Cela afin d’assécher tout le marché noir, y compris la petite criminalité s’y rattachant. Dans le cas Rappaz, même le Tribunal fédéral ne sait plus très bien dans quelle direction avancer.
Selon la logique de la majorité des juges, l’Etat peut décider où un détenu purge sa peine, en tenant compte également de la détention à domicile. Mais l’Etat ne doit en aucun cas le laisser mourir de faim. Pour cette raison, le prisonnier doit être nourri de force si nécessaire.
La conseillère d’Etat en charge du dossier - sans attendre la justification écrite de ce jugement complexe - s’est dépêchée de renvoyer pour le moment Bernard Rappaz en prison, lui qui, entre-temps, a réussi à faire augmenter son poids de 64 à 79 kilos pendant la pause opérée dans sa grève de la faim.
On peut imaginer la suite de cette histoire sans fin: Rappaz va commencer sa prochaine grève de la faim et, dans 40 ou 50 jours, on devra le nourrir de force.
Or on n’a pas encore trouvé le médecin qui nourrira Rappaz de force. Et par conséquent, l’Etat du Valais devra remettre Rappaz en détention à domicile - gardé par un Securitas. La roue continuera de tourner...
Les radicaux ont longtemps mené un combat pour moins d’Etat et plus de liberté. Les radicaux du Bas-Valais devraient inviter leur conseiller aux Etats Dick Marty.
L’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin, quelque peu sous-occupé mais gai comme un pinson, pourrait lui poser publiquement des questions passionnantes:
Pour quelles raisons ne gagnera-t-on pas le combat contre les drogues par des interdictions?Pourquoi les interdictions mènentelles - comme autrefois dans l’Amérique de la prohibition - à plus de criminalité organisée au lieu de contribuer à la diminuer?
Pourquoi la distribution contrôlée des drogues encore illégales aujourd’hui diminuerait-elle la petite criminalité, dont beaucoup de Suissesses et de Suisses souffrent?
Nulle part en Suisse on ne produit le vin mieux qu’en Valais. Des radicaux qui réussissent, comme par exemple les frères valaisans Rouvinez, gagnent leur argent en produisant et en vendant de l’alcool, drogue légale.
Pourquoi donc les Rouvinez de la génération suivante ne produiraientils pas un cannabis léger, sur commande et sous contrôle de l’Etat? Gorbatchev en a fait l’amère expérience: la vie punit celui qui arrive trop tard. Bernard Rappaz, lui, fait l’expérience inverse: celui qui arrive trop tôt est aussi puni.
Mais il y a encore des chances que tout finisse bien, grâce au Valaisan émigré et radical Dick Marty. Et grâce aux radicaux qui, dans le domaine de la politique en matière de drogue, aideraient tout de même à la mise en œuvre de leur principe: «moins d’Etat et plus de liberté». Meilleures salutations du Haut-Valais, où les radicaux sont aussi rares que les loups.
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