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«Avec mon nouvel actionnaire, je me sens moins seul»

Par Patrick Oberli - Mis en ligne le 04.09.2008 à 06:00

Horlogerie. Très indépendant, Luigi Macaluso a lancé JeanRichard et relancé Girard-Perregaux. Son groupe Sowind vient de se lier avec le géant PPR pour «assurer la continuité».

«L’entrée de PPR dans le capital de Sowind ne change rien à notre vision de la haute horlogerie.» Au dernier étage de l’antre de Girard-Perregaux, à La Chaux-de-Fonds, Luigi Macaluso, la soixantaine énergique, ne tient a priori pas à parler de la prise de participation de 23%, en juin dernier, par le géant du luxe Pinault-Printemps-Redoute (PPR).
 
Comme si l’entrepreneur était déjà passé à autre chose. Fausse impression. Très vite, on comprend que cet ancien pilote de rallye a pris le départ d’une «spéciale» au volant d’une voiture habillée d’un nouveau carénage.
 
Un groupe convoité. Cette alliance, l’entrepreneur l’a longuement réfléchie. «Durant la dernière décennie, j’ai reçu plusieurs propositions. Une société comme la nôtre, avec son patrimoine technologique, attise les convoitises, explique-t-il.
 
Mais je ne souhaitais pas vraiment concrétiser un partenariat. Mes deux fils Massimo et Stefano travaillent dans le groupe et ont exprimé, volontairement, le désir de continuer. Je désirais trouver une voie intelligente qui pouvait assurer l’avenir des marques et des personnes et augmenter notre expertise hors horlogerie.» La lumière viendra d’une rencontre presque fortuite avec François-Henri Pinault: «Les premiers contacts ne concernaient pas l’horlogerie. Mais j’ai découvert un passionné.
On s’est très bien trouvés, lui plus jeune que moi, mais avec un âge à mi-chemin entre le mien et celui de mes fils.» Et bien qu’une convention d’actionnaires permette à terme au groupe PPR d’augmenter sa participation, le partenaire «sait que nous souhaitons garder notre indépendance».

La continuité n’est toutefois pas le seul intérêt de Luigi Macaluso. PPR, c’est aussi une masse énorme de compétences. «Notre métier est de développer et de fabriquer entièrement des montres. Nous sommes très peu dans ce cas. Mais si nous approchons l’excellence dans ce domaine, nous pouvons faire beaucoup mieux dans le marketing.»
Et de rêver au succès de Gucci, au virage lifestyle de Puma, au triomphe du maroquinier Bottega Veneta ou au savoir-faire de Boucheron dans la haute joaillerie: «Il y a là des connaissances auxquelles, seuls, nous aurions difficilement eu accès.» Ce soutien, Luigi Macaluso, l’indépendant, le conçoit aussi pour lui: «Je me sens un peu moins seul. Je peux prendre mon téléphone et partager mes réflexions avec une personne d’expérience».

Au sommet du groupe, les intentions se sont déjà concrétisées. François-Henri Pinault occupe le poste de vice-président du conseil d’administration et Robert Polet, pdg de Gucci, un siège. Et sur le terrain, cela ne saurait tarder: «Les changements pourraient intervenir dans la logistique. Il faut alimenter les points de vente. C’est une priorité.» Plusieurs indices montrent que le mouvement est en marche.
Les créations de boutiques se sont multipliées. Trois nouveaux points de vente ont été créés en Chine et un autre est prévu à Prague. «Dans un souci d’efficacité, nous avons aussi rapatrié la fililale genevoise de Sowind Group à La Chaux-de-Fonds.»

Engorgement. Les changements toucheront aussi la production, secteur dans lequel le groupe est «un peu coincé». «C’est une des conséquences de notre modèle commercial. Nous produisons aujourd’hui les commandes passées il y a deux ans.
Pour la haute horlogerie à complications, nous avons déjà des demandes pour les six prochaines années.» Cet engorgement n’empêche pas Luigi Macaluso de prévoir une nette hausse de la production: «Pour Girard-Perregaux, l’idée est de passer de 15 000 à 20 000 pièces par année, d’ici à trois ans.
Pour JeanRichard (9000 pièces), la priorité est de conforter son statut de vraie manufacture horlogère.» Et cela malgré le refroidissement de la conjoncture: «Avec l’augmentation de nos entrées de commandes au premier semestre, je ne peux être qu’optimiste tout en restant attentif.»

Même si la hausse du prix des matière premières a engendré des charges financières accrues, la question d’une entrée en bourse n’est plus d’actualité. Luigi Macaluso: «Le projet était tentant. J’y ai beaucoup réfléchi pour arriver à la conclusion que ce n’était pas pour nous.
Le secteur du luxe est complexe et, surtout, le marché exige des résultats immédiats, alors que le développement d’un mouvement prend six à huit ans.» Un renoncement qui lui permettra, espère-t-il, de consacrer un peu plus de temps à ses passions, que sont l’écriture et l’art. Au point de tenir une chronique dans le mensuel AutoCar. La perspective le ravit. Même les plus passionnés ont besoin de s’évader.





Tags: actionnaire, horlogerie, Luigi Macaluso, Girard-Perregaux, Sowind, PPR,

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