Dès le mois de mai 2012, vous devriez devenir vice-président d’UBS puis, un an un plus tard, président. Vous qui êtes un scientifique et ancien président d’une banque centrale, qu’est-ce qui vous qualifie pour cette tâche?
Toute ma vie je me suis occupé de finance et de recherche sur les marchés financiers. Pour comprendre la complexité de ces derniers, un certain passé académique est à coup sûr utile. Et ces dernières années, grâce à mon expérience dans la lutte contre la crise financière, j’ai acquis des connaissances supplémentaires.
«J’AI DÉJÀ VÉCU EN SUISSE PENDANT MES ÉTUDES. LE PAYS A ÉNORMÉMENT D’ASPECTS POSITIFS.»
Qu’est-ce qui vous tente dans cette nouvelle mission?
UBS est une banque globale; or, l’avenir de l’activité bancaire est global. Ce qui compte aussi pour moi, c’est que la Bundesbank et la BaFin, l’autorité allemande de surveillance des banques, n’ont jamais rien eu à voir avec UBS; celle-ci n’est pas domiciliée dans la zone euro, il n’y a donc pas de conflit d’intérêts. Cela dit, j’attends sereinement l’année prochaine.
Comme président de la Bundesbank, vous aviez des connaissances approfondies des banques allemandes, en particulier de la Deutsche Bank, qui se trouve être concurrente d’UBS sur les marchés mondiaux. N’y a-t-il pas là conflit d’intérêts?
Non. A la Bundesbank je n’étais pas directement responsable de l’autorité de surveillance. En outre, les activités de gestion de fortune et de banque d’investissement d’UBS sont avant tout globales, tandis que celles de clientèle privée sont avant tout suisses.
Etes-vous plus tenté par le poste en Suisse que par celui à la Deutsche Bank pour lequel vous étiez jusqu’ici en discussion?
Je ne commente pas les rumeurs et les spéculations. A Chicago…
… où vous êtes en ce moment professeur invité…
… j’ai lu mon nom en rapport avec beaucoup de postes. Je me suis décidé en faveur d’UBS parce que l’offre est exceptionnelle. Il n’y a jamais eu d’autres offres ou négociations contractuelles formelles.
Le patron de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, ne prend-il pas ça plutôt mal, lui qui voyait ouvertement en vous son successeur?
Je me réjouis beaucoup d’aller à l’UBS, de collaborer avec son président actuel Kaspar Villiger et avec l’ensemble de l’équipe de direction autour d’Oswald Grübel. J’ai très envie de passer la dernière décennie de ma carrière professionnelle en Suisse.
Qu’est-ce qui différencie un président de conseil d’administration suisse d’un président de conseil de surveillance allemand?
A vrai dire, à peu près tout. La présidence du conseil d’administration est un job à plein temps, on ne peut pas le comparer avec la présidence d’un conseil de surveillance à l’allemande.
Le conseil d’administration est responsable de l’orientation stratégique à long terme, il désigne le management, il dispose d’une grande marge de décision et endosse la responsabilité de l’entreprise.
Dans la représentation de la banque à l’extérieur, le président incarne naturellement un rôle central. Une de mes tâches essentielles sera de contribuer à orienter la banque sur l’avenir et d’activer le changement générationnel.
Au cœur de la crise financière, la Suisse a dû sauver sa grande banque avec des fonds publics. Maintenant, elle entend augmenter sévèrement les exigences de fonds propres, à un niveau de 19% inédit dans le reste du monde. Qu’en pensez- vous en qualité d’ancien patron de banque centrale et futur banquier?
Je pars du principe que ce débat sera terminé quand j’intégrerai l’équipe dirigeante de la banque. Il importe maintenant d’accepter cet environnement réglementaire et d’y adapter la banque. Il faut regarder vers l’avenir.
Suite à ces exigences, UBS réfléchit à une dissociation de ses activités de banque d’investissement qui, dans les nouvelles conditions, ne seraient plus compétitives. Qu’en dites-vous?
Les exigences de capitaux propres renforcent la durabilité du modèle d’affaires, elles ne sont pas en contradiction avec une réorientation raisonnable de la banque d’investissement et de la gestion de fortune.
Pour UBS, le point d’attache est très important: elle est perçue à l’étranger comme une banque dotée d’une force de pénétration globale et, tout à la fois, appréciée comme un établissement solide aux racines européennes et suisses.
Etes-vous heureux d’être désormais payé en solides francs suisses et non plus en euros?
J’ai déjà vécu en Suisse pendant mes études. Le pays a énormément d’aspects positifs. La monnaie dans laquelle je serais payé n’a pas figuré au premier plan dans ma décision.
© DER SPIEGEL. TRADUCTION ET ADAPTATION GIAN POZZY
Profil
AXEL WEBER
Né en 1957. Formation en économie à Cologne. Président de la Deutsche Bundesbank de 2004 à 2011. Membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne de 2002 à 2011. Depuis juin 2011, professeur invité à l’Université de Chicago.
UBS en chiffres
1245 milliards de francs. Le total du bilan.
65000 collaborateurs.
58 milliards de francs. La valeur boursière de la banque au 31 décembre 2010.
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