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DANSE
B & B & B

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 07.12.2011 à 13:16

Béjart aimait tant Brel et Barbara qu’il les a réunis dans un ballet. Que Gil Roman propose, et danse, à Lausanne avec «Serait-ce la mort?» et «Cantate 51».

Il faut voir Gil Roman onduler, se ployer et s’envoler pendant que Barbara chante La solitude, tomber à genoux lorsqu’elle souffle «Je suis revenue / Me voilà». Il faut le voir sourire, d’un sourire miraculeux, lorsque Brel chante «Etre désespéré... mais avec élégance». Il faut voir Elisabeth Ros tendre un bras hagard et impérieux, puis deux, pendant que cette voix puissante chante Ne me quitte pas. Moi qui n’aime que les mots, qui ai écouté ces chanteurs jusqu’à l’épuisement, en ai pleuré devant la scène.

Gil Roman, c’est Brel. Depuis toujours, depuis sa prime jeunesse, le danseur et chorégraphe, successeur de Maurice Béjart à la tête du Béjart Ballet Lausanne depuis la mort de ce dernier en 2007, a admiré le chanteur de Bruxelles, a cultivé sa ressemblance avec lui. Béjart, qui a connu Brel à Bruxelles lorsqu’il y vivait avec sa compagnie et que le chanteur jouait L’homme de la Mancha au Théâtre Royal de la Monnaie, ne voyait que Gil Roman pour exécuter ce rôle.

Que Gil Roman, 51 ans, toujours si profondément émouvant, habité par Maurice Béjart dont il perpétue la présence parmi nous, monte et danse Brel et Barbara ce mois de décembre à Lausanne, par ailleurs la dernière création que Béjart ait montée pour et avec son danseur-héritier, est ainsi une proposition amoureuse qu’il faut accepter avec empressement et reconnaissance.

Brel et Barbara, créé à la salle Métropole de Lausanne le 10 décembre 2001, est l’un de ces ballets que les puristes estiment destinés à ceux qui ne connaissent rien à la danse. Balivernes. Brel et Barbara est surtout la preuve émouvante et généreuse que la danse est un spectacle total.

«Jamais, depuis la puissance des tours de chant de mon père et les bouleversantes représentations de L’homme de la Mancha, je n’avais ressenti un tel choc émotionnel, écrivait France Brel, fille de, à la création du ballet. (...) Béjart a découvert comment nous parler de l’intimité d’une âme qui se nourrissait, tout comme lui, de la noblesse, de l’humilité et de la simplicité.» «Pour moi, la danse et le théâtre, même combat, explique Gil Roman. Maurice a toujours défendu ce point de vue, il a toujours été vers un art total. Il estimait qu’un danseur avait une voix, une gorge, des muscles.»

Au service de la musique. La programmation des traditionnelles soirées lausannoises de fin d’année du Béjart Ballet est ainsi d’une belle logique cette année, proposant, en même temps que Brel et Barbara, Serait-ce la mort?, créé en 1970 sur des lieder de Richard Strauss pour la musique et Hermann Hesse pour les poèmes, et Cantate 51, créé en 1969 sur une musique de Jean-Sébastien Bach.

Trois ballets où la musique règne en maîtresse, si prégnante qu’il semble que l’hommedanseur ne se mette en mouvement qu’à son injonction, comme appelé par les notes par trois fois sublimes. «Se mettre au service de la musique, baigner dans les sons, c’est magnifique. Cela élève, abonde Gil Roman. Lorsque, en plus des instruments il y a une voix dessus, c’est merveilleux. Le danseur fait corps avec la voix, respire avec l’âme qui transpire au travers.

Cela donne à la création un poids d’une humanité exceptionnelle.» Gil Roman glisse entre ces trois ballets de Béjart sa propre nouvelle création, Là où sont les oiseaux – une réflexion sur le «cycle de la vie, l’amour, la mort» qui se repose sur une musique des percussionnistes jB Meier et Thierry Hochstätter, fidèles à Béjart depuis seize ans, et les vers d’un poète chinois contemporain, Chen Shenglai. «Sur la scène tournante de la vie, les personnages changent (...) / Gagner ou perdre, tout cela n’est qu’un jeu / (...) C’est le rythme et la grandeur de la vie / Jamais fini et jamais mort.»

Lausanne, Théâtre de Beaulieu. «Brel et Barbara», «Cantate 51», «Serait-ce la mort?». Chorégraphies de Maurice Béjart. «Là où sont les oiseaux». Première suisse. Chorégraphie de Gil Roman. Du 16 au 22 décembre. Ticketcorner.ch ou (021) 641 64 80.





Tags: Béjart Ballet, danse, classique, Serait-ce la mort?,

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