L'Hebdo;
2009-05-07 Ceux qui construisent, font avancer la Suisse romande Bâtisseurs
Isabelle Aubert
Bien plus qu'un campus
Toujours à la recherche de nouveaux défis, Isabelle Aubert semble avoir enfin trouvé un challenge à sa hauteur: superviser la construction des six chantiers de l'EPFL, du Learning Center à un hôtel quatre étoiles, en passant par des logements pour étudiants, une galerie marchande, un parc de l'innovation ainsi qu'un centre de congrès de 3000 places. Ce dernier projet rappelle de beaux souvenirs à l'ancienne directrice du Centre international de conférences Genève, dont elle a triplé le chiffre d'affaires en cinq ans.
Autre défi: faire du Poly un campus qui vit aussi bien le week-end et la nuit que les jours de cours. Pour y arriver, Isabelle Aubert fourmille d'idées: bars et restaurants, galeries marchandes, concerts, expositions, semaines culturelles, prêts de vélos et de trottinettes... «Pour commencer, il faudra mettre de la couleur, histoire de sortir enfin l'école de sa grisaille! Mais j'aime garder les pieds sur terre. Je veux apporter une touche de pragmatisme dans tous ces projets géniaux qui fleurissent sur le campus.» Sans background académique, cette pro de l'accueil a su se faire accepter par le monde universitaire: «C'est vrai, j'avais un peu peur, au début, de me retrouver face à des Professeurs Tournesol... Mais j'ai été vite rassurée, la collaboration se passe très bien.» Nos savants ne sont donc pas si fous que ça: pour accompagner la croissance de leur institution, ils ont choisi une femme entreprenante, décidée, efficace et souriante.DANIEL SARAGA
Directrice générale du site de l'EPFL, 39 ans.
Philine Read
Pour aider les femmes à devenir entrepreneur
Après une carrière passée à Genève dans la gestion de fortune, Philine Read décide, dès les premiers jours de sa retraite, d'aider les femmes qui envisagent de lancer leur entreprise à franchir le cap. Pour ce faire, elle fonde avec quelques amies le Club de femmes entrepreneurs (CEE), qui compte aujourd'hui plus de 80 membres en Suisse romande. «Les raisons qui poussent les femmes vers une activité indépendante sont souvent différentes de celles des hommes. Beaucoup se trouvent dans une tranche d'âge où il est difficile pour elles de jongler entre les enfants et les horaires rigides de leur employeur... Diriger leur propre entreprise leur donne la liberté dont elles ont besoin et leur évite bon nombre de tensions.» Chaque premier lundi du mois, l'association propose une réunion avec des experts, permettant aux participantes de se constituer un réseau (www.femmesentrepreneurs.ch) et de se former à la gestion d'entreprise. Cette année, un cycle de quatre ateliers mettra plus particulièrement l'accent sur les conseils d'administration. Un secteur où les femmes, notamment entrepreneurs, demeurent largement sousreprésentées.WILLIAM TÜRLER
Présidente et cofondatrice du Club de femmes entrepreneurs, 68 ans.
Jean-Jacques Gauer
«Carpe diem» cinq étoiles
Lorsque l'on demande à ce Vaudois d'adoption la recette de sa réussite - en dix ans il a quadruplé le chiffre d'affaires du Lausanne Palace -, modeste, il répond: «C'est une histoire d'équipe. Je ne m'approprie absolument pas ce succès.» Son point fort, alors? «Aucune idée. La seule chose que je peux dire, c'est que je ne me prends pas trop au sérieux.» A ses yeux, la qualité d'un bon directeur est de rester humain et à l'écoute de ses employés. «Le bon Dieu nous a donné deux oreilles et une bouche pour cela..» Bon vivant - il adore les vins blancs, le gigot d'agneau mais ne crache pas sur un cervelas grillé -il se dit peu discipliné et très gourmand. Né à Berne, le petit Jean-Jacques a grandi dans les décors luxueux du Schweizerhof. Ses parents en étaient propriétaires. Son père meurt lorsqu'il a 14 ans. C'est sa mère qui fera la transition jusqu'à ce qu'il codirige l'affaire familiale durant dix-sept ans, après avoir suivi l'Ecole hôtelière de Lausanne et s'être «cassé les dents à gauche et à droite» dans divers hôtels suisses où il a fait des stages. Son rêve? «Je suis plutôt carpe diem.» Une philosophie qui lui réussit.SABINE PIROLT
Hôtelier, Lausanne, 55 ans.
Tony Arborino
Correcteur du Rhône
C'est à croire qu'il était prédestiné à occuper ce poste. Fils d'un entrepreneur en maçonnerie, Tony Arborino a passé «toute sa jeunesse sur des chantiers» et a étudié le génie civil à l'EPFL. Son diplôme en poche - primé par l'Etat de Vaud - le jeune ingénieur s'est spécialisé dans la gestion des crues. La suite du parcours de Tony Arborino coule donc de source. En 1999, le Service des routes et des cours d'eau du Valais le nomme à la tête de la troisième correction du Rhône. Le chantier du siècle. Il vise à aménager le cours et les berges du Rhône, afin de protéger les habitants de la plaine et les biens des caprices du fleuve. Une trentaine d'années de travaux et un investissement de 2 milliards de francs. «Le chantier se fera par étapes. Nous commençons le travail dans les secteurs les plus menacés par la montée des eaux», comme le secteur de Viège, où les travaux ont démarré au début de l'année. A terme, le Rhône, «cet élément fort de l'identité et du paysage valaisans», selon le natif de Saxon, sera sécurisé sur les 120 kilomètres de son parcours. Lorsqu'on croise cet homme, à l'allure décontractée et aux yeux rieurs, on a du mal à imaginer qu'il porte une telle responsabilité sur les épaules. «Je suis entouré d'une équipe pluridisciplinaire d'une douzaine de personnes», souligne-t-il. La tâche est néanmoins complexe. Il faut «écouter, prendre les bonnes décisions et agir vite», il faut aussi gérer à la fois les aspects techniques, stratégiques et humains. «C'est cela qui constitue la difficulté de mon travail, mais qui fait aussi tout son intérêt», conclut-il.ÉLISABETH GORDON
Chef de projet de la 3e correction du Rhône, 38 ans.
Stéphane Barbier-Mueller
Le régisseur qui marche à l'instinct
Un régisseur qui investit dans une télévision locale tout en administrant des firmes financières, s'intéressant à l'horlogerie, plaçant de l'argent dans une société qui commercialise des widgets, ou encore dans une autre qui développe des cabinets dentaires, c'est peu banal. Il est comme ça, Stéphane Barbier-Mueller. «Je fonctionne au feeling, et je suis un esprit curieux.»
Second fils du collectionneur et régisseur Jean-Paul Barbier-Mueller, il se fait définitivement un prénom quand il s'allie en 2005 à l'éditeur français Philippe Hersant: les deux hommes se partagent 48% du capital de Léman Bleu, en y injectant 1,2 million de francs pour prendre quasi le contrôle de Léman Bleu. En novembre 2008, il reçoit par surprise une concession pour sa radio locale Buzz FM, au détriment de One FM.
Bon prince, il cède ses droits à sa grande sÅ“ur.
Les Genevois applaudissent à ce geste élégant. Elégance? Tiré à quatre épingles, le Genevois arbore une boucle à son oreille. C'est un détail, mais à Genève, où l'image que l'on donne de soi a son importance, ce détail compte. Explication du principal intéressé: «J'ai définitivement adopté ce bijou à la demande de mes filles!»ROLAND ROSSIER
Administrateur de Pilet & Renaud SA, Genève, 51 ans.
Yves Weinand
Le génie du bois
NICOLAS HENCHOZ DIRECTEUR DE L'EPFL+ECAL LAB
Interdisciplinaire, transdisciplinaire: ces mots résonnent souvent comme la promesse d'une nouvelle force d'innovation. Mais dans la réalité, rares sont les acteurs capables de leur donner du sens et des perspectives. Yves Weinand réussit pourtant à conjuguer compétences et cultures de l'architecture et du génie civil avec une aisance qui désamorce tout repli disciplinaire. Le secret de cette réussite réside d'une part dans sa formation qui cumule un titre de l'Institut supérieur d'architecture Saint-Luc à Liège et un diplôme en génie civil de l'EPFL. Elle tient, d'autre part, à une relation permanente et fertile entre son travail académique et sa pratique de constructeur. Cette hyper-activité se dissimule sous une joviale timidité, en quête permanente d'idées. La plus grande force d'Yves Weinand? Peut-être celle de transcender cette agitation intérieure pour exprimer des projets d'une grande sérénité, comme la Chapelle des diaconesses de Saint-Loup. Et d'animer aussi une équipe avec de nombreux talents, à l'exemple de Hans-Ulrich Burri, qui a apporté des contributions décisives à la fameuse chapelle. Peut-être aurait-il fallu parler ici plus vite du bois, puisqu'il s'agit du matériau dont Yves Weinand a fait son terrain d'exploration. Les travaux du Laboratoire de construction en bois qu'il dirige démontrent en effet un formidable potentiel, tant en termes d'architecture que de structure. Mais force est de constater que ce professeur de l'EPFL aurait certainement exprimé son talent avec autant de pertinence si le hasard l'avait guidé sur un autre matériau.
Professeur EPFL en charge du Laboratoire de construction en bois, 46 ans.
Anne Reiser
Réconciliatrice des genres
Elle prétend n'avoir fait aucun choix de vie en fonction de son sexe. On croit sur parole cet ouragan de femme, qui vous assaille d'un flot de paroles directes et sonores. Si Anne Reiser avait pensé faire carrière dans la banque privée, elle y a renoncé: «Impossible de devenir associée avec mon caractère ! » Tant mieux pour les familles, la dame a mis sa fougue au service de la pacification des ménages. Spécialiste du droit de la famille, l'avocate genevoise incarne le postféminisme: «Les hommes et les femmes sont les uns et les autres discriminés, constate-t-elle. Dans certaines situations, c'est politiquement incorrect d'être un homme. A leur place, jamais je ne supporterais qu'on me dise de payer la pension alimentaire pour les enfants et de me taire: c'est important d'être reconnu dans sa contribution.» Dans la guerre des sexes qu'enclenchent les séparations, elle bataille pour faire reconnaître la complémentarité des parents, notamment grâce à l'autorité partagée d'office. Une notion qui fait son chemin, vu la montée des associations défendant les droits des pères. Prochain combat? Le mariage à durée déterminée. «L'union actuelle a été inventée à une époque où l'on avait le bon goût de mourir à 50 ans», ironise Anne Reiser. L'avocate planche sur un contrat de trois à cinq ans, renouvelable. «Les couples seraient plus sécurisés par la courte durée que par l'illusion d'une fausse éternité.» Une façon de concubiner en bonne intelligence et de prendre soin d'une union jamais acquise.TASHA RUMLEY
Avocate spécialiste du droit de la famille, 50 ans.
Jean-Marc Probst
Le garage des chantiers
«Nous sommes une sorte de garage. Mais nous vendons des machines de chantier. Dans notre métier, la notion de luxe n'existe pas. Cependant, s'il fallait donner une comparaison, nous serions plutôt Maserati ou Mercedes. L'avantage dans notre secteur est que les clients sont captifs. Ils ont besoin de nous pour l'entretien.» Jean-Marc Probst, propriétaire du groupe Probst Group Holding est un homme ordré, aux idées et au discours clairs. Dans son bureau de Crissier, rien ne dépasse et tout est à portée de main.
Ses activités se partagent entre Lausanne, Lyss et la France. «Depuis que j'ai repris l'entreprise de mon père, nous n'avons cessé de grandir», explique l'ancien élu radical au Conseil communal de Lausanne et député au Grand Conseil vaudois.
La crise, ce père de trois garçons la ressent comme tout le monde, sans toutefois dramatiser. «Durant les années folles, nos taux de croissance paraissaient ridicules en regard d'autres secteurs. Aujourd'hui, nous sommes plus solides.» Une stabilité qui vaut également pour la gestion de son personnel (157 collaborateurs pour un chiffre d'affaires de 138 millions de francs): «J'ai un principe: le respect. Le collaborateur est la clé de voûte de la réussite. Si le travail est bon, le client sera satisfait, tout comme le fournisseur et, finalement, l'actionnaire. C'est notamment pour avoir placé ce dernier en tête de leurs préoccupations que beaucoup d'entreprises connaissent des difficultés.» Aujourd'hui, au cÅ“ur de la crise, le Vaudois entend bien relever le défi qui consiste à la traverser sans se séparer d'un seul de ses employés.
Côté privé, Jean-Marc Probst avoue une passion pour les voyages et l'image.
Au côté des dépliants présentant foreuses ou autres rouleaux compresseurs, ses albums de photos occupent une place privilégiée. Péché mignon: l'Asie, qui n'est pas seulement le continent de son principal fournisseur, Hitachi, mais aussi et surtout un coin de terre qui l'a vu vivre de nombreuses aventures, en particulier pour le compte de l'émission TV La course autour du monde au début des années 80. Une épopée qui, à l'époque, a failli l'amener à embrasser une carrière de photoreporter. Le chantier de la vie en a décidé autrement.PATRICK OBERLI
Président de Probst Group Holding, 53 ans.
Pascal Vandenberghe
Le livre conquérant
En cinq ans, le brillant directeur de Payot Libraire, intellectuel enthousiaste, atypique et efficace aux airs de dandy raffiné, a adopté la Suisse romande, qui le lui rend bien. Arrivé en été 2004 de Paris, où il était directeur commercial aux éditions La Différence et Syros, pour prendre la suite de Claude Jaillon à la tête de l'entreprise vieille de 150 ans et forte de quelque 250 libraires répartis dans une dizaine de vitrines en Suisse romande, motivé par l'appétit de lecture des Romands, le natif d'Auxerre a fait de la plus grande librairie francophone de Suisse un lieu dynamique qui incarne sa vision du livre: «Certainement pas un produit comme les autres, à la fois culturel et commercial - ces deux composantes ne s'excluant pas.» Partenariats de toutes sortes avec les médias du pays, dont L'Hébdo, ouverture d'enseignes à Berne et à Zurich, rénovation de la plupart des succursales, création de www.payot.ch, première librairie en ligne de Suisse romande, prise de position dans les débats sur le prix du livre, valorisation du métier de libraire: le principal employeur de la branche en Suisse romande - dont les actionnaires sont depuis 1992 Hachette Distribution Service, filiale du groupe Lagardère Média (65%), et Edipresse (34%) - se distingue par son dynamisme. Cette année encore, Pascal Vandenberghe inaugurera à Lausanne le premier magasin Nature et Découvertes, l'enseigne française spécialisée dans le ludo-éducatif écologique dont il a acheté la licence pour la Suisse. Potentiel: six magasins en Suisse romande.ISABELLE FALCONNIER
Directeur de Payot Libraire, 50 ans.
Jean-Marc Desponds
Le rire gage de longévité
Il est la preuve vivante que l'amour de la culture, de la scène et des artistes accorde longévité, sagesse et humour à celui qui le pratique. Directeur du Théâtre de Beausobre depuis sa création en 1986, fondateur-directeur en 1989 du festival Morgessous-Rire, Jean-Marc Desponds a fait en vingt ans du premier un lieu attachant voué à la culture populaire de qualité via l'accueil des meilleurs artistes du monde de la chanson et du théâtre, et du second l'un des rendez-vous francophones incontournables dans le domaine de l'humour. Instituteur de formation, féru de poésie et de chant, animateur socioculturel en Afrique et en Suisse, c'est en reprenant la direction du centre parois-sial d'Ouchy (CPO) en 1976 qu'il prend goût à l'organisation de spectacles, nouant des rapports privilégiés avec des Léo Ferré, Bashung ou Maurane. Dès lors, au côté de son programmateur Jean-Marc Genier, il se voit en passeur entre les artistes et le public ainsi qu'en défenseur de la culture, dont le rôle, répète-t-il souvent, est «fondamental. Elle nous fait réfléchir, sauvegarde les sociétés et nous ouvre sur l'avenir.» Le 21e Festival d'humour et Salon du dessin de presse sera en juin son dernier: à la fin de l'année, Jean-Marc Desponds part à la retraite. Gros défi pour la commune de Morges que de lui trouver un digne successeur.ISABELLE FALCONNIER
Directeur du Théâtre de Beausobre, 64 ans.
Jean-Luc Moner-Banet
Sa LoRo ne connaît pas la crise
S'il est une institution qui fédère la Suisse romande, c'est sa loterie. Et Jean-Luc Moner-Banet en est son gourou depuis le 1er janvier 2008. Passionné de moto, fasciné par les moines de La Valsainte, ce Français d'origine, naturalisé Suisse, se démène pour permettre à la Loterie romande (LoRo) de garder une place prépondérante sur le marché du jeu romand. Et ainsi, préserver un bénéfice imposant qui se transforme en source de financement essentielle à nombre de manifestations et institutions de ce coin de pays. Un objectif qui passe par l'organisation de la résistance face aux assauts des acteurs de l'internet actifs dans les jeux d'argent, notamment les opérateurs privés offrant des sites de paris en ligne installés à l'étranger. Pour y parvenir, celui qui siège également au comité directeur de la World Lottery Association compte sur l'initiative «Pour des jeux d'argent au service du bien commun».
Largement soutenue par les milieux associatifs, elle a recueilli un succès d'estime «qui donnera un signal fort». Celle-ci sera déposée avant le 22 octobre 2009. Mais aussi, la LoRo s'est engagée sur le terrain des jeux par l'internet. «Nous avons pris les devants en acquérant une plateforme attractive en fin d'année dernière. Il s'agit de capter l'attention des 15-30 ans qui se sentent beaucoup moins concernés par les jeux traditionnels.» En attendant, le patron affirme ne pas encore connaître la crise: «Peut-être qu'une mise de 10 ou 20 francs est plus conséquente pour les joueurs. Mais l'attrait est toujours fort, en particulier avec les gros gains offerts par l'Euro Millions.» Et dans la difficulté, il ne fait pas de mal de rêver.PATRICK OBERLI
Directeur général de la Loterie romande, 45 ans.
André Schneider
«Au cÅ“ur du monde»
XAVIER COMTESSE DIRECTEUR ROMAND D'AVENIR SUISSE
Rencontrer André Schneider, c'est comme avoir rendez-vous avec le monde, le monde qui compte... En charge de la direction opérationnelle des affaires du World Economic Forum, l'homme assume une double responsabilité: que cela marche et que le monde vienne à Davos. Alors, vous pensez bien, le rencontrer, cela devrait être palpitant. On a l'impression qu'il sait ou entend des choses que l'on ignore.
Cependant, l'homme est simple, direct et transparent. A l'écouter il n'y aurait pas tant de grands secrets dans la gouvernance des affaires du monde, car en fait, ils cherchent tous... tout simplement!
La crise étant aussi passée par là, la gouvernance apparaît plus faible que jamais. André Schneider soutient pourtant la thèse de la globalisation qui devrait passer au-dessus des intérêts purement nationaux et du repli sur soi. Il est convaincu qu'un large processus de type «multistakeholders» va émerger pour assumer ses responsabilités pour un monde à venir, encore largement à définir. Il y travaille en tous les cas, en mobilisant les énergies intellectuelles, économiques et sociales du monde entier. Un beau programme pour un habitant de la Romandie placé au «cÅ“ur du monde».
Directeur opérationnel du World Economic Forum, 50 ans.
Nicole Surchat Vial
Le cercle des urbanistes
C'est un petit nom à consonance humaine qu'elle aime bien: «Genève Agglo! » A la prochaine bonne occasion, la désignation «Agglomération franco-valdo-genevoise» sera abandonnée. C'est en tout cas ce que souhaite Nicole Surchat Vial, codirectrice depuis 2007 de ce projet géant qui rassemble 204 communes françaises, vaudoises et genevoises, désormais rassemblées pour décloisonner un bassin de vie dont la population approchera le million d'âmes en 2030.
Les approches transversales et l'esprit d'équipe que privilégie Nicole Surchat ont favorisé l'émergence de ce sentiment d'appartenance à un même ensemble urbain. Elle vient d'ailleurs de Rue, dans la Glâne, où elle a grandi avant de faire ses classes à Fribourg. Puis l'EPFL, architecture et urbanisme, un doctorat, recherche et enseignement... Et beaucoup de pratique, tantôt en indépendante, tantôt dans le service public. De 1999 à 2005, elle a dirigé l'aménagement du territoire vaudois et a lancé le projet d'agglomération lausannois. Avant de se dépayser en travaillant à Montbéliard et à la Réunion. Elle fait la liste de ses amitiés professionnelles: Pierre-Alain Rumley, ex-chef de l'aménagement territorial fédéral, Franz Eberhard, initiateur de la «méthode zurichoise»...
Au total, un large cercle qui recompose la Suisse des villes avec une même philosophie de l'action. Alors, si géant que soit le projet genevois, Nicole Surchat Vial tend vers un horizon plus vaste: la métropole lémanique, la fameuse «Lake Geneva Region». Mais il faudra peut-être lui trouver un autre nom. «Pourquoi pas Lemania City?»DANIEL AUDÉTAT
Cheffe du projet d'agglomération franco-valdo-genevois, 51 ans.
Bojana Vasiljevic Menoud
L'élan de Genève
Mais combien sont-elles, ces femmes qui mènent la reconstruction du bassin lémanique? Nombreuses en tout cas, aux plus hautes responsabilités, à Genève comme à Lausanne ou Renens. De la même génération, elles ont travaillé ensemble à un moment ou à un autre. Avant de devenir, en 2007, directrice de l'aménagement du territoire genevois, Bojana Vasiljevic Menoud est passée pendant deux ans par le service équivalent du canton de Vaud, sous les ordres de Nicole Surchat Vial. Qui, devenue responsable du projet «Genève Agglo» (lire ci-dessus), est dorénavant sa subordonnée, sans que cela nuise à leur bonne entente. «Dans ma volée d'architectes, à Genève, la parité était déjà réalisée.» Une formation marquée par le professeur Bernardo Secchi, dispensateur d'une philosophie active de l'urbanisme: «Le projet amène à comprendre le territoire en le transformant.» Dynamique qui implique des processus participatifs. Renversement total par rapport aux décennies précédentes. Après les règlements de quartier, voici les plans de périmètre d'agglomération, auxquels sont associés des bureaux de pointure européenne. Les enjeux de l'ensemble urbain s'éclairassent, les résistances s'amenuisent. Ça change tout. Au début des années 2000, un potentiel de 200 à 300 logements par an était dégagé par les plans d'affectation adoptés, contre 1500 à 2000 désormais. C'est que Genève s'est décidée à rebâtir en son centre, pour soulager sa périphérie avec qui elle se pense enfin comme un tout.DANIEL AUDÉTAT
Directrice générale de l'aménagement du territoire genevois, 49 ans.
Ariane Widmer
La vigueur de l'Ouest
Au loin, il y a le souvenir de ses parents, à Sierre, où son père quitta la catholicité pour épouser sa mère protestante. Amour dissident et héroïque. Plus près, une expérience au Service vaudois de l'aménagement du territoire, avant de s'engager dans l'épopée d'Expo.02. Aventure exaltante et nourricière, vécue comme une libération et un accomplissement. A l'EPFL, à l'écoute du professeur Luigi Snozzi et Bernard Huet, Ariane Widmer avait compris que l'architecture n'est pas une fin en soi, mais un ouvrage inscrit dans le territoire. La passion de la Valaisanne est là, dans la dimension urbaine. Autour des Trois-Lacs, l'exposition nationale lui apprit à maîtriser «le cycle de vie des grands projets: initier, concevoir, réaliser, exploiter et même déconstruire, quand il le faut...». Cycle de vie qu'Ariane Widmer a lancé, avec brio et beaucoup de modestie, dès novembre 2003 à la tête du projet pour le schéma directeur de l'Ouest lausannois. Une démarche qui a inspiré ensuite le projet de l'agglomération Lausanne-Morges. Cinq ans plus tard, la ville future prend forme : chantiers du nouveau tram des nouvelles lignes de bus, de la nouvelle gare de Renens, du nouveau quartier de Malley... Tous entrent en phase de réalisation, sous la conduite délicate mais vigoureuse d'Ariane Widmer, grande architecte de l'Ouest lausannois.DANIEL AUDÉTAT
Cheffe de projet pour le schéma directeur de l'Ouest lausannois, 49 ans.
Fabrice Bezençon
Le consultant hôtelier qui monte
PATRICK DELARIVE PRÉSIDENT DU GROUPE DELARIVE SA
Une poignée de main franche et solide, un rire facile et clair. A s'en tenir à la formule de Talleyrand - «Méfiez vous de votre première impression, c'est généralement la bonne.» - Fabrice Bezençon impose immédiatement les trois valeurs qui structurent une vie de famille riche de quatre têtes blondes et sa vie professionnelle: franchise, aplomb et dynamisme. Le sourire systématiquement bienveillant des employés des hôtels et des restaurants qu'il a repris - comme le Domaine du Signal à Chexbres, remonté comme le château d'Ouchy (avant la reprise par le Lausanne-Palace) ou qu'il a lancés comme le Chalet Royalp à Villarssur-Ollon et le Novinky Country Club à Moscou - montre que ses valeurs inspirent. Dans le bureau de l'entreprise qu'il a créée, FB Consulting & Managment, on découvre aussi de la rigueur et une méthode rodée depuis l'Ecole hôtelière de Genève, en passant par le SAWI, le groupe Mövenpick et le Musée olympique. A 42 ans, il vient de mettre son caractère et son expérience au service des hôtels «verts» Whitepod Concept en Valais en commençant son entrée au conseil d'administration et par la commande d'un audit environnemental à l'Université de Lausanne. On avait oublié de le préciser: c'est un perfectionniste!
Hôtelier, FB Consulting & Managment, 42 ans.
Enza Testa Haegi
Réseau et business
«En réunissant leurs atouts respectifs -un aéroport international, une place financière, des hautes écoles de renom... - Genève, Vaud et la France voisine forment un territoire économique extrêmement fort.» A travers ses divers engagements, Enza Testa Haegi n'a qu'un seul objectif: stimuler l'économie de la région franco-valdo-genevoise.
Après la création du mensuel L'Extension (autrefois nommé Le Journal de l'Emploi) à 29 ans, elle fonde en 1994 le Cercle des dirigeants d'entreprises (CDE), un club d'affaires destiné à favoriser les rencontres et les échanges entre les acteurs du tissu socioéconomique de la région. «C'était très inattendu à l'époque, le réseautage était encore inconnu. Même mon mari (l'ancien conseiller d'Etat Claude Haegi, ndlr) n'y croyait pas! De 130 membres au départ, le CDE en compte aujourd'hui 1200. Les chefs d'entreprises réagissent; ils viennent chercher des contacts, partager: c'est rassurant de savoir qu'on n'est pas le seul à connaître la crise.» Audacieuse, Enza Testa Haegi se lance un autre défi en inaugurant Place des affaires en 2004, un salon annuel où chacun a la possibilité de venir présenter son entreprise. La 5e édition s'est déroulée en février 2009 dans les halles de Palexpo, à la frontière franco-valdo-genevoise justement.MEUNDA MARCHESE
Fondatrice et présidente du Cercle des dirigeants d'entreprises, 50 ans.
Christian Monteil
La croisée des Savoies
Il vient du Périgord. En Haute-Savoie, Christian Monteil monte dans les années 70, comme beaucoup d'autres gars du Sud-Ouest en quête d'emploi. «A la frontière franco-suisse, les douaniers gascons étaient nombreux.» Il s'établit d'abord à Cruseilles, à 25 km de Genève qu'il découvre comme on explorerait une autre planète. Il entre en politique, mais sans rallier un parti. « S'il fallait une étiquette, ce serait divers droite, d'éducation gaulliste.» La Haute-Savoie l'adopte: maire de Seyssel dès 1989, président des maires de Haute-Savoie dès 1995 et couronnement, président du Conseil général du département dès 2008. Genève n'est plus une autre planète, mais un partenaire essentiel de Christian Monteil qui, depuis 2001 à la vice-présidence du Conseil général, est en charge de l'économie, de l'aménagement du territoire et des transports. Christian Monteil n'a pas tardé à faire la connaissance de son quasi-homologue genevois, le conseiller d'Etat Robert Cramer. «Direct et rentre-dedans, le personnage me plaît bien.» L'élu haut-savoyard se lie à d'autres ministres genevois: François Longchamp, Pierre-François Unger... Fini les rencontres protocolaires d'autrefois, une vista régionale commune s'élabore.
Au travers du Conseil du Léman, la collaboration s'étend aux Vaudois et aux Valaisans, entre autres avec un schéma coordonné des transports. Mais la dynamique la plus spectaculaire tient au projet d'agglomération genevoise. Sans en avoir la compétence formelle, le département de Haute-Savoie a engagé 30 millions d'euros pour le CEVA (traversée ferroviaire de Genève jusqu'à Annemasse). Il y a tant à faire en matière de transports publics! «Côté suisse, le mode de financement reste délicat», note Christian Monteil en relevant que les entreprises françaises versent une contribution équivalant au 1% de leur masse salariale pour le financement des transports. « Si les Genevois faisaient de même avec les entreprises employant des frontaliers, le projet d'agglomération gagnerait environ 30 autres millions d'euros par an pour organiser les déplacements dans la couronne de l'agglomération», comme cela se fait à Annecy, Grenoble ou Lyon. La question des institutions, de moins en moins adaptées aux changements, est vivement débattue dans toute la France. Alors qu'Hervé Gaymard, Président du Conseil régional de Savoie, milite pour la fusion de son département avec la Haute-Savoie, Christian Monteil préfère une démarche plus évolutive, qui commencerait par un renforcement des prérogatives de l'Assemblée des Pays de Savoie que partagent déjà les deux départements. Quoi qu'il en soit, pour la Haute-Savoie, le sens de l'histoire s'écoule toujours plus rapidement vers le Léman.DANIEL AUDÉTAT
Christian Monteil. Président du Conseil général de la Haute-Savoie, 62 ans.
Jean Liermier
Une saison en passion
Jean Liermier est un être ardent. Même quand il court, surtout quand il parle, il donne l'impression de ne jamais faire les choses à moitié. Et cela dans le seul but de servir ce théâtre dont il dit et répète: «C'est ma vie, mon moteur.» De ce ravissement né dans l'enfance, ce Franco-Genevois a déjà exploré, à 38 ans, de multiples facettes. Après avoir été acteur, metteur en scène et enseignant, il dirige depuis juillet dernier le Théâtre de Carouge. Une institution qui s'était un peu assoupie et dont il a redéfini l'identité dans le paysage culturel genevois, notamment en articulant sa programmation autour des classiques. Près d'un an après, il se dit toujours aussi enthousiaste, même s'il a dû s'habituer à «faire des heures de bureau» et dépasser la culpabilité de prendre du temps pour soi, de se ménager la rêverie nécessaire à la création de ses propres mises en scène.
Avec 30% d'abonnements en plus pour 2008-2009 et un taux de fréquentation de 93% sur deux salles, les résultats sont réjouissants. Le public est venu, il est revenu. Et la prochaine saison s'annonce pleine de découvertes avec six spectacles, dont cinq créations. A l'affiche, deux Shakespeare, Bérénice de Racine, Platonov de Tchekhov, une Ecole des femmes qu'il mettra lui-même en scène et Philoctète adapté de Sophocle avec Laurent Terzieff. «Le désir est au cÅ“ur de cette programmation», résume-t-il avec panache. Pour lui, c'est aussi l'occasion de rappeler que, en temps de crise, le théâtre a plus que jamais un rôle: celui de donner un sens à la viaMIREILLE DESCOMBES
Directeur du Théâtre de Carouge. 38 ans.
Annie Genevard
Le miracle de la frontière
Ça en jette toujours. Annie Genevard vient d'être élevée au grade de chevalier de la Légion d'honneur.
C'est que Madame le maire de Morteau se consacre à la vie publique depuis une bonne trentaine d'années. Ses vues portent bien au-delà de sa commune, d'où le Doubs s'écoule pour faire frontière entre la Franche-Comté et les Montagnes neuchâteloises. Cette ligne de partage, Annie Genevard ne cherche pas à l'effacer. «C'est un facteur de diversité, donc un atout.» Parce qu'elle conduit Français et Suisses à se trouver réciproquement exotiques, ce qui est propice au développement des activités touristiques. Madame le maire sait se servir des difficultés pour rebondir. Mais elle a une conviction: «Jurassiens français et suisses sont liés par le même destin. Le territoire qui nous rassemble est un petit miracle de savoir-faire et d'intelligence économique.» Bien sûr, la relation reste déséquilibrée: sur Neuchâtel, un outil industriel performant; dans le Val-de-Morteau, des sous-traitants dépendants. «Chez nous, ceux qui veulent stigmatiser la situation disent que la France forme la main-d'Å“uvre qui fait la fortune de la Suisse.» Annie Genevard pense autrement. «La prospérité se nourrit de la circulation.» Pour l'avenir, deux scénarios. «Le scénario catastrophe, selon lequel les Suisses opteraient pour le repli en imposant un label Swiss Mode destructeur pour les entreprises franc-comtoises. Et le scénario idéal, qui verrait la création d'un espace régional de libre-échange où le même Swiss Mode serait mis en commun.» Ce n'est pas de la théorie. Morteau fait déjà partie du Réseau urbain neuchâtelois en devenir.DANIEL AUDÉTAT
Maire de Morteau, conseillère régionale de Franche-Comté, 52 ans.
Caroline Schum
Le 2e pilier en vert
SABINE E. BAERLOCHER ACTIVE RELOCATION (SWITZERLAND) SA
Les actions de Caroline Schum sont depuis toujours un reflet de son engagement pour la Terre. Représentante du parti des Verts au conseil d'administration des SIG, elle siège également au conseil d'administration de la Banque Alternative. Cette ancienne conseillère municipale de la Ville de Genève démontre chaque jour que l'économie est la clé du développement durable et de notre futur. Après avoir Å“uvré pendant sept ans à la Fondation Ethos en tant qu'analyste environnementale et sociale, elle est aujourd'hui responsable pour la Suisse romande de NEST, la caisse de pension écologique et éthique. Le résultat est là: le modèle progressiste de NEST attire un nombre sans cesse croissant de PME ayant décidé de lui confier leur 2e pilier, démontrant ainsi l'attrait de nos sociétés pour un modèle basé sur une vision consciente, globale et éthique de la prévoyance. Caroline Schum est également membre de plusieurs comités et associations pour le développement durable et l'écoéconomie. Ingénieur EPFL en génie rural, spécialisation environnement, elle défend avec cÅ“ur l'amour de la nature que lui ont transmis, dès le berceau, des grands-parents agriculteurs et gardes forestiers. Pour Caroline Schum, chaque nouveau jour qui se lève est une opportunité de plus d'agir dans le sens de ses valeurs.
Responsable romande de NEST, 38 ans.
Jamal Bencheikh
Une aventure réussie
DOMINIQUE FREYMOND PARTNER MAS MANAGEMENT & ADVISORY SERVICES LTD.
Ilem SA est une société de services en ingénierie informatique. Au cÅ“ur de ce succès, la personnalité de Jamal Bencheikh. Parti du Maroc pour faire ses études d'ingénieur en France en 1982, Jamal Bencheikh possède une maîtrise en sciences et technique et un master en génie logiciel de l'Ecole des mines de Saint-Etienne. Il entame sa carrière comme consultant chez Cominfor, puis chez Digital Equipment Corporation en France. Avant de rejoindre la filiale suisse. Il y est notamment chargé d'accompagner la fusion des départements informatique de Migros Genève et Migros Vaud. Une opération délicate, sur le plan tant technique que social.
La démarche aboutit en novembre 2001: Migros crée Ilem SA avec l'adhésion d'une forte majorité des collaborateurs concernés et prend l'engagement de les accompagner, tout en se désengageant progressivement du capital. Pari réussi: Ilem SA a aujourd'hui tenu ses engage ments et gagné son indépendance. Le chiffre d'affaires global de 16,5 millions de francs comporte plus de la moitié de clients hors Migros. Ilem SA constitue une force de 125 collaborateurs répartis entre la Suisse, le Maroc et la France. Jamal Bencheikh vit l'aventure d'Ilem SA comme une réussite économique, mais avant tout comme une incroyable aventure sociale, partie d'une poignée de collaborateurs menacés par un plan social.
Des discussions sont en cours avec le deuxième plus grand groupe marocain en vue de réaliser ensemble des projets importants en Suisse romande et au Maroc...
Directeur général d'Ilem, 45 ans.
Roland Decorvet, directeur général, Nestlé Suisse
«Les valeurs chères au Swiss made d' être méritent detre cultivées»
Quel est à votre avis l'état de santé de l'économie romande?
De retour d'Asie après y avoir séjourné plus de dix-sept ans, j'ai été frappé par le développement économique de la Romandie, en particulier par le dynamisme de l'arc lémanique. Son développement autour de cluster avec un renforcement des services à haute valeur ajoutées et un tissu d'entreprises high-tech me semble être un atout pour cette région. Sa bonne tenue en dépit de sa dépendance vis-à-vis de l'exportation et ceci malgré la crise, montre que le business modèle tient la route, même s'il est perfectible. Cela montre aussi que les valeurs chères au Swiss made méritent d'être cultivées.
Qu'est-ce qui unit, qu'est-ce qui divise les Romands?
Le fort cantonalisme que j'ai connu du temps de ma jeunesse me semble s'estomper face aux défis actuels. Cela montre que les choses ont bien évolué dans l'esprit des gens qui pensent de plus en plus région face aux enjeux. L'engagement commun des cantons de Vaud et de Genève pour un préfinancement de la troisième voie CFF Lausanne-Genève en est une bonne illustration.
Pourquoi Nestlé s'engage-t-elle dans le soutien au Forum des 100?
En tant que société suisse, nous avons une responsabilité dans le développement de la région. Le Forum des 100, lequel vise, année après année, à mettre au centre des discussions des problématiques vitales pour le développement de la Romandie est une bonne manière de faire avancer les choses. C'est pourquoi nous le soutenons.
Nestle
www.nestle.ch
François Thiébaud, président, Tissot
«La Suisse romande a des atouts et un savoir-faire»
Quel est à votre avis l'état de santé de l'économie romande?
Je pense que l'économie romande a un état de santé qui doit être proche de celui de l'économie suisse. Cependant, la Suisse romande a des atouts et un savoir-faire qui prévalent dans de nombreux secteurs comme celui de l'agroalimentaire, le médical, l'horlogerie, l'hôtellerie, les institutions financières et les institutions internationales. Ces compétences lui permettront de sortir plus vite de la conjoncture actuelle.
Qu'est-ce qui unit, qu'est-ce qui divise les Romands?
La langue française est un lien qui unit, de même qu'une fierté d'appartenir à la Romandie. Des divisions subsistent dans des domaines comme la fiscalité, les droits de succession, l'enseignement et dans l'implantation du tissu industriel. De même des divisions existent au niveau du réseau routier et ferroviaire.
Pourquoi Tissot s'engage dans le soutien au Forum des 100?
Notre soutien au Forum des 100 n'est pas différent du soutien que Tissot ou les autres sociétés de Swatch Group apportent dans le domaine sportif, comme les jeux olympiques ou différents championnats du monde. Etre partenaire d'un événement sportif ou du Forum des 100 permet d'avoir des échanges avec des personnalités du monde économique, politique, des intellectuels et des entrepreneurs. Ces échanges, particulièrement dans la conjoncture actuelle, créent une émulation et ne peuvent être que bénéfiques.
TISSOT
www.tissot.ch
Antonio Rubino, CEO, Switcher
«L'économie durable n'est pas qu'une question de production de T-shirts»
Quel est à votre avis l'état de santé de l'économie romande?
Elle est plus affectée que celle de la Suisse alémanique. Mais ce regard limité à notre seule région francophone n'est pas suffisant; c'est l'état de santé de l'économie suisse tout entière qui doit nous préoccuper. La prévision de plus de 50 000 jeunes sans emploi en 2010 est dramatique. Et la situation dans laquelle nous ont placés l'isolation européenne et le comportement d'une partie de la place financière porte préjudice au moteur économique composé de milliers de PME comme la nôtre. Nous voyons aujourd'hui que la notion d'économie durable n'est pas qu'une simple question de production de T-shirts... Nous constatons également une mauvaise posture des finances publiques.
Qu'est-ce qui unit, qu'est-ce qui divise les Romands?
L'union est marquée par la langue et la culture latines. Mais chaque «sous-région» a ses propres rapports au reste de la Suisse et à l'Europe qui nous entoure; son propre profil économique et sociodémographique également. Prenez la métropole lémanique et l'arc jurassien: pas grand-chose à voir! La Romandie n'existe pas!
Pourquoi Switcher s'engage dans le soutien au Forum des 100?
Parce que l'échange d'idées et le débat de valeurs, c'est au cÅ“ur de notre culture d'entreprise.
switcher
made with respect
www.switcher.com
Jean-Luc Moner-Banet, directeur général, Loterie Romande
«Ne pas négliger les régions périphériques»
Quel est à votre avis l'état de santé de l'économie romande?
La Suisse romande a su atteindre deux objectifs: la diversification et la création de pôles d'excellence. Pour y parvenir, l'économie romande a pu compter sur l'esprit d'innovation et de créativité de nombreux patrons de PME. D'autre part, dans la création de pôles d'excellence (nanotechnologies, etc.), l'EPFL a joué un rôle clé en formant une génération de chercheurs et en travaillant avec des entrepreneurs à qui l'esprit d'initiative ne fait pas peur. En clair, le dynamisme et l'innovation sont devenus les maîtres mots de nombreuses entreprises romandes.
Qu'est-ce qui unit, qu'est ce qui divise les Romands?
Les Romands ont pris conscience qu'ils doivent collaborer davantage pour faire contrepoids au «triangle d'or» Berne-Bâle-Zurich car cela génère une meilleure efficacité de leurs revendications. Ce qui pourrait gravement diviser les Romands, c'est que l'arc lémanique ait tendance à oublier le Nord vaudois, le Valais, Fribourg et, surtout, l'arc jurassien. Ce serait dangereux, surtout en période de crise: dans ces moments-là, il est important que les régions moins centrées ne se sentent pas négligées.
Pourquoi la Loterie Romande s'engage-t-elle dans le soutien au Forum des 100?
Le Forum des 100 est une instance incontournable dans la mesure où elle rassemble les principaux acteurs romands sur les plans économique et politique. C'est une occasion d'échanger des points de vue, de créer des contacts et de démontrer que la Suisse romande n'a pas peur d'ouvrir ses horizons vers l'Europe en innovant, en mettant en valeur sa créativité et son dynamisme.
Loterie Romande
www.loterie.ch
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